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Petit OVNI tombé du ciel, ce court-métrage fluet signé Sophie Letourneur fait grand bruit et vient rafraîchir nos assiettes dépitées. L’enfance aux basques de deux trentenaires adulescentes en goguette. Leurs voix off refont le film à mesure qu’il se déroule : Sophie est séparée d’un homme avec lequel elle partage la garde d’un enfant ; Laeticia est hantée par le souvenir d’un flirt sans lendemain avec un garçon du lycée – le marin masqué – qui bien entendu refera surface pour l’occasion et chamboulera les cœurs.

Noir et blanc, irisation de l’image, Words don’t come easy version karaoké en musique additionnelle, post- synchronisation outrageante, … un traitement de choc pour un script ultra-prosaïque, composé pour l’es- sentiel de dialogues néo-rohmeriens. Les bruitages, désynchronisés jusqu’au grotesque, maintiennent constamment l’image isolée de son pouvoir de vrai- semblance, tandis que l’identité des voix off avec celles, également désynchronisées, des personnages en action, plonge le spectateur dans un état de confusion temporelle.

Le pire aurait dû sortir d’une telle ostentation, et c’eût été le cas si l’ironie avait été aux commandes. Mais chez Sophie Letourneur, point d’ironie, juste cette pointe de nostalgie pour le monde disparu des fantaisies de l’enfance. Comme ses premiers personnages- des collégiennes qui jouaient à l’amour avec des figu- rines de papier découpé – Sophie Letourneur joue à l’amour avec de petits bouts de pellicule traficotés. En découle un petit film au charme désarmant.

Samuel Card

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