Une fois n’est pas coutume, les Eclats de Paris profitent des vacances scolaires pour voyager et s’intéressent à la très belle exposition Fenêtres, de la Renaissance à nos jours, Dürer, Monet, Magritte… que présente la Fondation de l’Hermitage à Lausanne depuis le 25 janvier et jusqu’au 20 mai 2013.

L’accrochage, conçu selon un axe chronologique et thématique, propose un parcours à travers 500 ans d’histoire, de Dürer à Rothko, en passant par Monet, Mondrian, Matisse, Duchamp, et bien d’autres encore. L’exposition s’attache à montrer combien la fenêtre, à la fois métaphore et instrument théorique, fascine les artistes depuis toujours. A la Renaissance, Alberti assimile le tableau à une fenêtre ouverte sur le monde dans son De Pictura. Au XVIIème, Rembrandt utilisera la fenêtre, qui laisse filtrer la lumière, comme une métaphore de la présence divine. Plus tard, chez Monet ou Vuillard, la fenêtre se mue en instrument capable de brouiller la distinction entre le monde intérieur (domestique et intime) et le monde extérieur (source à la fois de fascination et d’inquiétude). Au cours du XXème, enfin, la fenêtre se transforme en motif abstrait autonome qu’explorent des artistes tels que Mondrian ou Albers.

Nous incitons ceux qui choisiraient de se rendre à l’exposition de la Fondation de l’Hermitage, de le faire en compagnie de l’ouvrage que Gérard Wajcman consacra en 2004 à la fenêtre. Il y démontre combien la psychanalyse ne saurait rester insensible à un motif indissociable de la question de l’intime. Dans ses Chroniques du regard et de l’intime, Wajcman(1), à la fois historien de l’art et psychanalyste, milite, en notre époque de transparence indécente, en faveur de l’obscur et du secret qui seuls garantissent l’existence du sujet.

La lecture de l’ouvrage de Wajcman complète avec finesse le travail de la Fondation de l’Hermitage et permet d’établir une heureuse correspondance entre Paris et Lausanne.

France Jaigu, avril 2013

 

1 – Gérard Wajcman, Fenêtre, chroniques du regard et de l’intime, Lagrasse, Editions

Verdier, 2004

Peinture : Antoine Duclaux, La reine Hortense à Aix-les-Bains, 1813, huile sur toile, 35,3 x

25,2 cm, Musée Napoléon Thurgovie, Salenstein, photo Musée Napoléon Thurgovie

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