Séminaire de Francois Ansermet. À l’hôpital Bichat le 18 avril 2012

Plutôt que de s’opposer en symétrie avec ceux qui attaquent la psychanalyse à partir de l’autisme, il s’agirait de trouver une voie différente pour accueillir l’autisme dans la psychanalyse. La clinique de l’autisme pourrait être revue à partir de la question spécifique de l’émergence du sujet qui pourrait être revisitée dans cette situation particulière  où  l’on  pourrait admettre la possibilité d’une contrainte biologique spécifique qu’on est peut-être en train – pourquoi pas – d’isoler aujourd’hui autour de l’autisme.

Il y aurait ainsi une leçon à tirer à partir de l’autisme sur l’émergence du sujet, qui  serait  du  même  coup l’occasion de revisiter la question de la place du vivant dans la psychanalyse en dialectique avec la question de l’origine.

La confrontation entre un point de vue biologique et un point de vue psychanalytique se trouve subvertie dès lors que l’on prend comme point de vue la question du sujet. Qu’un organisme soit atteint, qu’un fonctionnement mental soit différent, qu’une position sociale soit autre, n’enlève pas la question de l’émergence du sujet et des coordonnées différentes dans lesquelles celle-ci se produit. Qu’un organisme soit atteint ne dit pas quel sujet s’en déduit.

Il faut être attentif à la singularité y-compris dans l’autisme,  quel  que soit son origine. Ceci d’autant plus qu’elle est devenue aujourd’hui  centrale dans la biologie autant que dans la psychanalyse. C’est un point de butée commun entre ces deux champs, comme le démontre l’exemple de la plasticité neuronale qui implique un appel  à  la  psychanalyse à-partir de  l’irréductible de la singularité qui surgit de façon inattendue et inédite dans le champ des neurosciences,  de  même que dans celui de la génétique à travers l’évidence des phénomènes épigénétiques qui participent à la production de l’unique et du différent.

La  psychanalyse  trouve une place centrale dans ce questionnement dès lors qu’on ne se place pas dans le débat causal mais qu’on cherche au contraire à s’orienter à partir de l’émergence du sujet dans sa réponse chaque fois unique aux problèmes que lui pose son organisme autant que le monde dans lequel il est advenu.

Francois Ansermet

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