A partir du XVIè  siècle, les plans-reliefs ont présenté des « portraits en relief » de nos villes françaises. Ils permettaient au Roi et à son état-major d’appréhender les faiblesses des fortifications du royaume, d’améliorer les ouvrages militaires et de préparer les opérations de siège. Géographes, topographes, menuisiers modeleurs, maquettistes, ont œuvré à une reconstitution minutieuse du paysage français. C’est à cette équipe fournie que nous devons la réalisation des plans-reliefs que nous avons pu admirer du 18 janvier au 17 février 2012 sous la verrière du Grand Palais. L’originalité de ceux-ci tient à ce qu’ils ne sont en rien comparables aux images Google Maps dont on nous rebat les oreilles (et les yeux). Ces maquettes que l’on regarde, aujourd’hui, du dessus comme si nous étions en l’air, ont été entièrement réalisées vues du sol par des équipes d’ingénieurs militaires. Ce que nous découvrons n’est justement pas une vue aérienne. Cette « image panoramique » est composée d’une multitude de petits regards rassemblés sur une même surface. Le plan-relief tient davantage du regard isolé du promeneur solitaire découvrant une ville que d’une quelconque toute-puissance observant du ciel nos pauvres âmes égarées. Véritables œuvres d’art qui ont le pouvoir de nous happer, les plans- reliefs nous enferment peu à peu dans leurs enceintes fortifiées. Y a-t-il seulement une « vue du ciel » ? Pas sûr. Dans le ciel, nous sommes perdus. Les longues-vues disposées au bord des maquettes au Grand Palais nous incitaient à la modération. Il y aurait un certain danger à prendre de la hauteur, à vouloir rejoindre la toute puissance et son cortège de satellites de surveillance.

Samuel Card, Philip Metz et Fabrice Bourlez, mars 2012

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