La Fondation Cartier présente jusqu’au 18 mars 2012 Un Dépaysement soudain, une exposition qui a déjà fait couler beaucoup d’encre. De l’aveu-même de ses organisateurs, l’entreprise « se propose d’offrir à tous des fragments de splendeur mathématique à la faveur d’une conjonction géométrique, algébrique, artistique et cinématographique ». L’éclat est sollicité à tous les niveaux, celui du « fragment » comme celui de la « splendeur ».

Pourtant, la frustration et l’ennui nous gagnent. Notamment devant le film signé Raymond Depardon et Claudine Nougaret, qui, projeté au sous-sol, fait défiler en boucle le portrait de neuf mathématiciens évoquant la passion qui les anime. L’image est belle, son grain parfait, mais elle ne parvient à dissiper l’incommunicabilité de ces chercheurs.

Répéter que la formule mathématique est élégante, parer les Ergo-robots de l’INRIA de masques à la E.T, filmer, comme le fait Jean-Michel Alberola, un Cedric Villani recouvrant son tableau noir de formules, n’éclaire rien pour le spectateur. L’exposition est un rendez-vous manqué, aucun des artistes sollicités n’ayant eu l’occasion d’attraper quelque chose du mystère mathématique. Notez, en toute justice, que ce n’est pas ce qu’on leur avait demandé, les organisateurs de l’exposition s’étant bornés à une conception de l’art comme cosmétique, au ras de l’imaginaire.

France Jaigu et Philip Metz, février 2012

Partages 0