Pour l’année 2012 – 2013 nous nous proposons de baliser un certain nombre de notions et de concepts qui ont trait à la faute et qui se déclinent sous les noms de honte, culpabilité, responsabilité, innocence. La recherche du coupable est une des formes majeures de la pensée causaliste, les techniques du châtiment corporel, religieux ou moral ont cédé progressivement le pas à la pénitence, puis au droit et à la pénologie. Il  a fallu l’avènement de la clinique, en particulier psychanalytique, pour que les déterminations subjectives soient prises en considération. L’acte criminel, tant son champ couvre la totalité des conduites humaines, se trouve, du coup, humanisé par la prise en considération de l’univers de la faute et de sa place symbolique : « si la psychanalyse irréalise le crime, elle ne déshumanise pas le criminel », écrivait Lacan. En ce sens, le crime démasque quelque chose de propre à la nature humaine. De cette voie ainsi ouverte, la clinique interrogera les multiples causalités des actes, plus précisément le conflit entre ces deux versants que sont la loi et la jouissance.

Reprenant le terme juridique de responsabilité, qui s’appliquait à la « capacité juridique », la clinique qui s’intéresse au passage à l’acte fera une place à « l’assentiment subjectif » requis dans la signification de responsabilité, présente même lorsque la causalité semble échapper dans son opacité : « il y a quelque chose d’insondable, d’insensé dans la décision subjective du délinquant et du criminel » ; du coup, rien n’est plus humain qu’un délire passionnel ; la compréhension, puis le déchiffrage de l’acte impliquent la responsabilité  et du coup l’irresponsable peut devenir responsable ; car l’implication du sujet, « l’imputation » dans son acte est un élément essentiel même lorsqu’il y a délire. Mais, prendre la faute sur soi, n’est pas toujours aisé pour le sujet qui peine parfois à dire ; parfois le sujet biaise, dénie la valeur de ses actes ; d’autres voies s’ouvrent : la honte, le sentiment de culpabilité, la persécution, l’innocence du paranoïaque. L’instant de la honte est d’abord une affaire de regard. La honte est un affect, un embarras, en tant que le sujet ne sait plus que faire de lui et s’en éprouve de « trop » sur scène, « il meurt de honte ». Il nous introduit dans une temporalité ontologique, que l’on peut résumer ainsi : à l’instant de la honte, le sujet est embarrassé de son être, nu devant l’Autre, réduit à être l’objet a, face au tribunal de l’Autre, il veut quitter la scène. Au fond, l’aveu qui laisse coi, qui  empourpre le visage, et qui blesse son image,  est la réduction soudaine et forcée du sujet à ce qu’il est au fond de son image,  comme corps parlant, affecté par le langage, instant de vérité, en-deçà de la culpabilité, en-deçà d’un savoir. Le pari de la clinique serait de faire un « bon usage de la honte » et de soutenir le déplacement de la vérité au savoir, d’oser savoir, sans rougir.

Le  temps de la culpabilité. La culpabilité se présente généralement comme affect, et l’affect est trompeur s’il n’est pas l’angoisse. Tout se passe comme si dans certaines conduites délinquantes le sujet cherchait à échouer, d’où la notion d’un « besoin de punition », qui se réfère à un « sentiment inconscient de culpabilité ». Finalement, tout cela atteste du fait que le sujet ne veut pas seulement  son bien, mais qu’il a « consenti » à une jouissance qui le captive et qui se répète malgré lui. La culpabilité      inconsciente, au fond, n’est pas tant un sentiment qu’une position du sujet qui accepte de se tenir responsable de ce qui lui arrive.

Mais il arrive que le sujet fasse appel à l’Autre. Le travail consisterait à soutenir le réglage de la jouissance : comment faire de cette jouissance, un symptôme pour le sujet ? C’est sur quoi porte la demande d’analyse : si au début il s’agit de la rejeter sur « c’est la faute au symptôme », pour que la psychanalyse ait un impact sur la culpabilité, elle ne peut arriver à ses fins que si le sujet décide à « faire son devoir »,  c’est-à-dire à la prendre en charge, à l’assumer.

En somme, en forçant un peu le trait, on pourrait articuler une temporalité logique : l’instant de la honte, le temps pour   comprendre, le temps de la culpabilité, et enfin, le moment de conclure, ou l’avènement de la responsabilité du sujet.

Dario Morales, pour le Vecteur Criminologie lacanienne

Partages 0