Freud_1885

 

À la soirée du 27 mars 2012, dix personnes sur 11 étaient présentes. Chacun a pris la parole.

Alain Liégeon a témoigné de son travail de traducteur depuis de nombreuses années. Il a participé à la traduction du chapitre III de L’Esquisse de Sigmund Freud. Il a choisi de parler du travail de traduction de L’Entwurf aux Konstruktionen en tant qu’il met en jeu les figures de la remémoration, de la réminiscence, de la répétition. Se remémorer, c’est montrer que l’acte de traduire change avec le nombre, avec la façon dont cela se noue autour du texte, donc en fonction des signifiants fondamentaux des textes traduits : frayage et partage par exemple. La remémoration du traducteur doit s’effacer devant le signifiant de remémoration en tant qu’il constitue la trame même des textes choisis. Ce choix ne doit rien au hasard.

On peut dire que les Konstruktionen sont une réminiscence de l’Entwurf. Les Konstruktionen récapitulent ce qui y aura toujours été là du savoir freudien : la question de la remémoration, elle-même, de l’hallucination, des représentations hyperintenses…  Dans l’Entwurf, la réminiscence est encore platonicienne, dans les Konstruktionen elle n’est plus ce qui aura toujours été déjà là dans la pensée. Niels Adjiman nous dit que le collectif est d’abord gouverné  par  la  volonté de lire le texte freudien. Certes, cet effort aboutit à un acte de traduction. Nous avons mis en suspens les traductions existantes qui font écran à la lecture. La traduction s’effectue selon le principe de la signifiance tel qu’il est énoncé par Lacan. « L’interprète (l’analyste) est créateur », « oser dire, ne pas être écrasé par l‘idée de l’exactitude », écrit Jacques-Alain Miller dans son article « Le mot qui blesse ». (Revue La cause Freudienne, n° 72, page 133) au sujet de l’interprétation analytique. Pour traduire il faut oser autant, le traducteur est créateur comme le psychanalyste.

N. Adjiman a choisi le terme de mitteilen et Mitteilung, mis en réalité décisive dans l’article sur le Konstruktionen. Ce signifiant est habituellement traduit par communication, alors qu’il s’agit de diviser avec. Le fait même que la communication est devenue une clef dans notre civilisation actuelle est une tentative d’ignorer la division du sujet, donc la psychanalyse. Mitteilen est aussi faire part, il faut éviter le terme de communiquer avec fermeté.

Dominique Bentata-Hollard transcrit chaque fois les phrases que nous avons traduites, transcrites en soulignant les difficultés que nous avons rencontrées lors d’une séance de travail.

Après ces deux courts exposés, il y  a eu une vive discussion entre les membres du collectif et la salle.

En travaillant entre quatre langues – l’allemand, le français, l’espagnol et l’italien, parfois nous évoquons le latin et le grec – nous risquons  de  tomber  dans le trou du réel, il y a des moments où le sujet n’y est plus, où il ne sait plus quelle langue il parle, dans quel pays il se trouve. Un instant du Unheimlich, d’étrange familiarité. Il est nécessaire de trouver le signifiant juste en français pour pouvoir se redresser, se mettre debout. Ce travail avec le signifiant mord sur le corps. Un exemple : Sträuben gegen die Weiblichkeit – Hérissement   contre   la féminité.  Hérissement – le  son qui passe dans le corps, qui pique au vif. Plusieurs membres du collectif ne connaissent pas du tout la langue allemande. Il a été dit : « je ne peux pas lire Freud en français ». L’accès au texte freudien passe pour quelques-uns par cette lecture-traduction. Un exposé a clos la soirée, exposé qui n’était pas annoncé. Elise Clément a témoigné de façon tout-à-fait authentique de son entrée dans cette équipe. Elle avait pensé qu’il s’agis- sait d’un travail comparé à partir des traductions existantes, qu’il fallait se munir de gros dictionnaires. Elle a vite compris qu’il ne s’agissait pas de cela. En effet, le travail est un travail de création à-partir du texte de Freud. Nous ne nous remplissons pas la tête des traductions qui existent déjà. Elle a rendu compte de moments de joie du travail entre les langues, de la jouissance du signifiant. Nous continuons et terminons « Die Konstruktionen in der Analyse » et lirons ensuite « Trauer und Melancholie » – Deuil et mélancolie – texte écrit par Freud en 1919, à la sortie de la Première Guerre Mondiale.

Susanne Hommel

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