Compte-rendu de la soirée du 16 mars 2012 avec François Ansermet et René Frydman

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Vendredi 16 mars dernier, dans le cadre du séminaire « Les Enfants de la Science » organisé par Nouria Gründler, le Pr René Frydman et François Ansermet nous ont offert une très belle discussion sur le thème de « faire naître un enfant ». Nouria Gründler dans sa présentation nous a tout d’abord rappelé que Lacan nous offre un matériel de travail inédit, face aux nouveaux modes de procréation et nous éclaire sur les directions de travail que suscite le séminaire « Les Enfants de la Science ». C’est par une citation de Lacan qu’elle a introduit la parole des conférenciers : « Vous êtes surgis de cette chose fabuleuse, totalement impossible qu’est la lignée génératrice, vous êtes nés de deux germes qui n’avaient aucune raison de se conjuguer, si ce n’est cette sorte de loufoquerie qu’on est convenu d’appeler “amour“ ».(1) François  Ansermet a commencé en revenant sur ce que les techniques scientifiques de la procréation médicalement assistée avaient pu faire émerger comme questionnements dans sa pratique analytique. En  effet, selon  lui, « l’art médical participe à produire des énigmes qui conduisent aux  frontières de l’irreprésentable. » Il a rappelé que les biotech- nologies, que certains critiquent de façon trop conservatrice à son goût, car elles mettraient en crise le symbolique, révèleraient plutôt, selon lui, le défaut du symbolique et non sa crise.

 

L’image de l’origine n’existe  pas

Il  y a effectivement une transgression de la science à tenter de rendre visible l’invisible. Et cependant, bien que le réel de la science produise de nouvelles images, ces images  ne permettent pas d’atteindre au réel de chacun, qui demeure impossible à penser dans sa dimension sexuelle.

Ces images engendrent plutôt de nouveaux questionnements, dignes  des « théories sexuelles infantiles » ou des « romans familiaux » freudiens, chez ces enfants nés de la science (comme  en témoignèrent certains praticiens). C’est là que se situe la   psychanalyse, selon François Ansermet, du côté de l’invention de nouvelles formes de symbolisation pour ces sujets, au un par un,  inventions  propres  à indexer le réel,  né de la modernité scientifique. Bonne nouvelle donc, puisque  l’imagerie  scientifique,  qui cerne au plus prêt  la  «  procréation  », n’épuise pas la question singulière de chacun, face à  la  contingence  absolue de son existence. En effet, comme l’a dit François Ansermet ce soir là, en citant  Pascal  Quignard  : « Je n’étais pas là la nuit où j’ai été conçu. Une image manque dans l’âme. On appelle cette image qui manque «l’origine». Nous cherchons cette image inexistante derrière tout ce qu’on voit. » On s’en serait douté d’un point de vue psychanalytique, mais la bonne  nouvelle  c’est que ce sont les scientifiques eux-mêmes qui nous le disent.

L’éthique de la possibilité et le travail « avec le temps »

En effet, comme nous l’a dit René Frydman lui-même, en répondant à une question sur le fait qu’il serait le « maître » de ces procréations  qu’il  assiste,  il  ne se  situe absolument  pas à cette place de maître, mais bien plus en tant qu’acteur du « choix d’une possibilité ». Cette « maîtrise » qui conduirait à pouvoir choisir le devenir d’un être (son sexe, la couleur de ses yeux, etc.) est, au contraire, une frontière indépassable qui oriente l’éthique de l’ensemble de ses actes de praticien.

Prenant l’image des ovocytes  qui existent dès sa naissance chez toute femme, le Pr René Frydman s’est présenté comme quelqu’un qui travaille « avec le temps ». D’une certaine façon, tous les frères et sœurs sont  potentiellement  déjà là, il faut travailler à faire advenir ce qui existe déjà, à « mettre en jeu le présent dans un instant décisif où tout va changer ».

Ainsi, au-delà de la procréation, qu’elle soit « assistée » ou non, le passage fulgurant d’un petit être d’in utero à ex utero est  la plus  pure « définition du présent », selon lui et l’énigme de toute naissance ne s’épuise jamais. François  Ansermet a ensuite  su faire saillir le lien entre cet acte porteur de potentialités, défini par René Frydman, et « l’acte analytique ».

Cette rencontre était la première d’une série entre François Ansermet et René Frydman… A suivrre !

Edwige Shaki 

1 – Lacan J., « le phénomène lacanien » (30 novembre 1974), Les Cahiers cliniques

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