reyna

Au cours de nos deux rencontres des 13 décembre 2012 et 25 janvier 2013, nous avons poursuivi nos travaux d’une part à partir d’un cas clinique présenté par Sophie Becker, et d’autre part, suite à un spectacle réalisé et mis en scène par Guido Reyna à Agitakt « The show must go home » dans lequel il avait mis le texte à l’épreuve du corps, à partir d’un texte proposé par le même sur « Le lieu du corps dans le travail du comédien ». Pour le patient de Sophie Becker la prévalence de la fonction phallique, entre sexe et pouvoir, se révèle par la force de sa voix, d’autant plus forte qu’il parle de son sexe – « la grosse voix » -, essayant par là de combler le trou du réel qu’il donne aussi à voir en montrant les trous de ses vêtements, qu’il porte seulement chez lui et pour aller chez sa psy. L’apaisement trouve à s’effectuer dans les paroles prononcées en séance : ce qui fait tenir le sujet c’est sa présence (son corps) aux séances et le discours qu’il y développe.

Le texte de Guido Reyna a permis de mettre en situation à la fois le corps du sujet-comédien dans le registre de l’imaginaire, en tant que porteur des signifiants de l’Autre – l’auteur et le metteur en scène – dans le registre du symbolique, et bien entendu en tant que substance désirante  et  jouissante dans le registre du réel, réel qui englobe aussi bien le corps désirant et jouissant du spectateur venu le voir « en chair et en os ». Si le travail du comédien est construit, autour du personnage en tant que son double logique, par le croisement entre le contenu symbolique apporté par l’Autre et le contenant physique de son propre corps, il reste cependant une place pour la singularité de l’acteur – déjà relevée par Diderot dans son Paradoxe sur le comédien – dans la « discordance nécessaire » entre lui et son personnage : c’est dans ce discord que peut se loger le sujet. C’est cette béance que des auteurs modernes comme Valère Novarina ou Pippo Delbono viennent titiller, en jouant le premier sur le symbolique du langage par de longues logorrhées ne faisant pas appel au sens, le second sur le corps, en incorporant dans sa troupe un trisomique, un SDF et un sourd-muet qui a passé 50 ans de sa vie dans un hôpital psychiatrique. C’est aussi à ce joint que l’on peut placer la ponctuation de Lacan affirmant que la différence entre les bons et les mauvais acteurs se trouve dans la compatibilité entre leur inconscient et « le prêt de leur marionnette ».

Dans ce work in progress notre objectif est de montrer par différentes approches un peu en biais pourquoi, dans notre monde contemporain envahi par le discours de la science, par le même pour tous et par le virtuel, on ne peut pas faire sans la psychanalyse pour qu’il y ait encore du vivant dans le corps, lieu des pulsions du fait qu’il y a un dire.

Geneviève Mordant

Partages 0