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Urs Fischer aux Beaux Arts de Paris 13 septembre / 3 novembre 2012

En cette rentrée, la vie culturelle parisienne étincelle. Nombre d’expositions en cours méritent que l’on s’y attarde, une cependant mérite que l’on se hâte d’y passer ! Lacan nous a appris à ne pas confondre l’urgence avec la hâte. S’il faut prendre le temps de traiter l’urgence pour que puisse se dire la singularité du sujet, la hâte apparaît, quant  à  elle,  au  moment où  la compréhension,  en un éclair de suspens, nous aide à conclure. Urs Fischer est un artiste Suisse et figure parmi les invités du Festival d’Automne. Récemment exposé, à Venise, au Palazzo Grassi, il pratique un art aux formes élastiques, aux angles arrondis, aux poids indéfinis. Ses sculptures jouent sur les séductions propres à l’imaginaire : elles sont issues d’un rêve où la dureté du monde, en un éclat de rire, viendrait s’affaisser, s’amollir. Dans une exposition au New Museum de New-York, en 2009, l’artiste avait  littéralement tiré la langue aux sérieux spectateurs de l’art contemporain, en installant une bouche moqueuse à même les murs du musée. Aujourd’hui, son onirisme comique s’installe au cœur de  la Chapelle des Petits-Augustin de l’Ecole Nationale  Supérieure  des Beaux-Arts où l’artiste a installé …  l’un de ses lits ! La blancheur éclatante de l’objet répond aux nombreux moulages qui décorent richement l’endroit. Cependant, l’artiste y a fait couler nonchalamment un tas de béton, de la taille d’un corps. Inerte, l’amas ronfle de toute sa lourde masse et déforme irrespectueusement la couche immaculée. Face au moulage  d’une statue équestre de Verrocchio et devant une reproduction du jugement dernier de Michel-Ange, l’œuvre de Fischer, dans sa pesante authenticité, invite moins au recueillement qu’à l’affaissement. Confronté à l’immuable sacralité des lieux et des copies qui l’habitent, autant creuser son lit comme on creuserait une tombe. Et l’artiste de préciser qu’il en va du rapport de l’art avec l’histoire de l’art comme de la poule avec l’œuf… Mais, si plus rien ne bouge à trop courber l’échine, pourquoi diable  faudrait-il se précipiter devant les irrévérences malicieuses de Fischer ? C’est que l’artiste n’a pas seulement  laissé son lit dans la chapelle, il s’y est représenté lui- même, grandeur nature, en gardien du temple. Fischer vous  attend  attablé,  juste à l’entrée  de  l’exposition et, assis sur un fauteuil, dans la dite Chapelle des Louanges. Ici, toute pérennité s’efface : les statues à l’effigie du maître ne sont que  d’énormes bougies qui se consument depuis le premier jour de l’exposition. L’œuvre est lentement vouée à la disparition et le feu de la sublimation ne vise plus qu’à faire le vide. L’artiste avait déjà présenté le même dispositif à la Biennale de Venise en 2012, en allumant, le temps de la manifestation, une colossale bougie ressemblant, trait pour trait, à une statue de Jean De Bologne. Cette fois, l’aura des lieux renforce la puissance du geste de l’artiste qui, en une flamme tout à la fois joyeuse et désespérée, parvient à saisir la lutte, à la vie à la mort, en jeu dans tout acte de création. Avec cette simplicité humoristique,  dans  la  fulgurance de la lumière, s’entrelacent alors « l’instant du regard, le temps pour comprendre et le moment de conclure ».

Fabrice Bourlez

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