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L’Institut néerlandais (121 rue de Lille, Paris VIIème) invite depuis quelques années déjà, les collections privées à exposer leurs œuvres dans ses salles élégantes, à deux encablures de l’Assemblée nationale.

Du  3  septembre au 4 novembre, la Rabobank a dévoilé quelques-uns des joyaux d’une collection qui a vu le jour il y a presque 25 ans. Si, au départ, cette banque s’était intéressée exclusivement aux artistes néerlandais de l’après-guerre, elle  s’est  tournée  depuis 2009 vers des artistes internationaux d’envergure. Et, comme le note Valérie  Duponchelle  dans le Figaroscope, cette Rabo Art Collection « pourrait donner des leçons aux entreprises françaises qui se piquent d’art ». Le résultat, un ensemble original et varié si on en juge par ce qui se trouve exposé actuellement à l’Institut néerlandais : photographie,  sculpture,  vidéo, céramique… à chaque fois une œuvre originale qui interroge, « Through an Open Window », notre relation au monde.

Philip Metz a sélectionné pour les Éclats de Paris une vidéo de Fernando Sanchez Castillo ; « Pegasus Dance » ou l’histoire du balletto de deux camions arroseurs… Il était une fois deux camions arroseurs munis de canons à eau leur servant à disperser les manifestants. Leur penchant policier garant de l’ordre établi commençait à les ennuyer. Sur un parking, en dehors de toute manifestation, ils se rencontrèrent,  firent  connaissance, et se livrèrent à une sorte de ballet  sensuel auréolé de la splendeur de leurs jets. Un air de valse se mit à rythmer  le mouvement de leurs bras aquatiques, une chorégraphie inattendue s’installa, transformant comme par miracle des camions blindés en danseuses fragiles. La fascination  exercée  par ces envolées aériennes parvint à son comble quand un magnifique bateau pompier, lui aussi arroseur, fit irruption un peu plus loin en mer, croisant nos deux danseurs un peu stupéfaits devant tant de panache. Le bateau se présenta dans une parade si majestueuse que seul l’un des deux camions danseurs réussit à relever le défi. Il fit aussitôt feu de mille jets tant et si bien que le ballet reprit mais cette fois entre lui et le bateau. Devant pareil étalage de puissance, la compagne du camion arroseur se sentit quelque peu démunie ; bien que pareillement équipée, elle ne se reconnaissait pas dans cette démonstration de force ! (Nous n’irons pas jusqu’à nous demander ce que veut la compagne du camion arroseur ni évoquer ce que Freud nous dit de l’érotisme du stade urétral ou urinaire se combinant avec le stade phallique. À vous de voir !)

Fernando Sánchez Castillo prend position sur un certain nombre de concepts abstraits comme le pouvoir, le groupe face à l’individu, le sens du pouvoir dans une dictature. Ayant vécu dans son enfance le crépuscule de l’ère franquiste, l’artiste exprime au travers de cette vidéo le rapport et les changements toujours possibles de la place du  maitre dans la société, de l’autoritarisme à l’autorité, du camion militaire servant la dictature à la chorégraphie réglant le ballet dénonçant les dérives du politique.

Philip Metz

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