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Des projets de loi se multiplient afin de donner une réponse à des sujets qui revendiquent avoir les mêmes droits que l’ensemble des citoyens : le mariage homo- sexuel, le transsexualisme, l’adoption par des parents homosexuels, etc. D’autres réclament une loi réglementant le droit à disposer librement de leur propre corps : procréation médicalement assistée,  prostitution, euthanasie, etc. Cette thématique intéresse au plus haut point la psychanalyse, car cette dernière n’a de cesse d’interroger l’articulation entre un désir, toujours singulier, avec ce qui fait le fondement des relations sociales, à savoir : le droit. Quelles conséquences  subjectives au moment où le désir devient un droit ? Quel statut donner à ces revendications pour répondre à un désir singulier : un symptôme, un malaise, un droit ?

Jusqu’à la Révolution française,  le droit qui régit les relations  humaines  et sociales était corrélé à Dieu. Le siècle des Lumières et la logique kantienne ont introduit dans le droit la dimension de l’universel. L’exception qui ordonnait la jouissance de tous s’est transformée en une logique du « pour tous », que représentent aujourd’hui les Droits de l’Homme.

Jacques Lacan, dans les années soixante, en référence à Saint-Paul,  lie le désir avec la loi. L’interdit que pose la loi sur la jouissance est une condition pour qu’émerge le désir, qui en est une subversion. Mais, cette loi est celle du langage, qui rend impossible toute tentative de rendre compte parfaitement du réel de la sexualité et de la mort. Dans cette opération il y a un reste, un mode de jouir, qui oriente le désir de chacun.  Le droit certes légifère sur les « objets désirés » mais la psychanalyse nous a déjà appris que c’est l’« objet cause » qui est au fondement du désir.

Alors, qu’en est-il  de cette tension entre désir et droit ? Entre objets-cause et objets désirés ? Qu’advient-il du désir lorsqu’il devient un droit ? Ne risque-t-il  pas de se trouver prisonnier  d’une voix surmoïque qui le transformerait en devoir ? Le désir comporte toujours une dimension d’acte ; la mutation de ce désir en droit en retire une partie. Le droit touche à la dimension subversive du désir et fait passer une solution singulière à un principe universel. Or, cet universel ne vise pas un « pour tous » ou une égalité quelconque mais une inclusion dans un ensemble commun des Uns de la différence. Lacan l’épingle dans son séminaire …Ou pire, sous la formule : « Y’a d’l’Un ». Les symptômes contemporains peuvent ainsi prendre la forme d’une revendication.

Ces remaniements s’inscrivent dans un contexte où le discours capitaliste  prend la place du discours du maître, et le discours de la science, la place du discours de l’université. Or, Le type de discours  dans  lequel se fondent les droits a toute son importance car la place du désir s’en trouve changée. La puissance du discours capitaliste tient au fait qu’il peut transformer les désirs en marchandises. Les désirs sont encouragés à condition qu’ils nourrissent le discours capitaliste,  particulièrement vorace. Cette logique consommatrice suppose des droits sur des objets pris comme des biens propres : l’enfant, l’identité de genre, le corps, la mort. Que devient l’objet-cause dans cette logique ? En est-il pour autant  modifié ?

La nature, la biologie, ou les petites lettres mathématiques, qui peut nous dire comment disposer de son corps ? Avec la formule « il n’y a pas de rapport sexuel », Lacan nous indique que le langage  en tant que discours dénature le rapport de chacun à son corps.  Il n’y a plus d’instinct, ni de savoir sur le sexe et le corps. Le désir se fait réponse à cet énigme, bricolage entre contingence et histoire.

Cette journée s’organisera en deux temps : le matin, sous la forme d’une conversation, des cas cliniques seront discutés par des psychanalystes ; l’après-midi deux invités d’autres disciplines seront conviés à débattre avec des psychanalystes de l’ECF.

Carolina Koretzky et Bénédicte Jullien

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