roylichtenstein

L’exposition Roy Lichtenstein au Centre George Pompidou a fermé ses portes le 4 novembre 2013.

Simple rétrospective consacrée à un artiste gentiment apprécié des foules (séduites depuis des décennies par les couleurs vives, le style et l’humour d’une peinture figurative et donc « facile ») ? Ce serait oublier le pari que fit Léo Castelli, le célèbre galeriste qui découvrit Lichtenstein (comme il avait découvert Warhol et Jasper Johns  avant  lui)  :  promouvoir  un  artiste  qui  opérait un retour à la peinture figurative alors que la scène artistique internationale ne bruissait que des noms des expressionnistes abstraits.

Ce serait oublier aussi que, face à l’inculture tourmentée d’un Pollock dont on célèbrera la peinture prétendument « intellectuelle », Lichtenstein fut, lui, un artiste savant : il avait étudié les toiles des Grands Maîtres anciens, visité les églises, chapelles et musées européens (ce que Pollock ne fit jamais, clamant haut et fort que cela lui serait inutile tant il était habité par un génie proprement américain).

Le grand mérite de l’exposition du Centre Georges Pompidou est de mettre l’accent sur des œuvres moins connues de Lichtenstein. Comme la Mirror Series où l’artiste reflète ses œuvres passées, depuis le célèbre Look Mickey ! aux toiles citations de Matisse, Cézanne ou Picasso… Lichtenstein ne s’était pas contenté d’étudier les œuvres de ses illustres prédécesseurs ; il leur a abondamment rendu hommage.

Citations  d’œuvres  qui  étaient  elles-mêmes  des citations,  reprises  de  reprises  (les  bandes  dessinées de Lichtenstein, entendait-on au début de sa carrière, ne sont que de vulgaires copies de comics strips bon marché), la peinture de Lichtenstein nous ramène à la question de la différence dont Lacan nous rappelle, dans son séminaire sur l’Identification, qu’elle ne se fonde pas sur l’absence (ou non) de ressemblance. Comme le dit Lacan (qui n’était point dépourvu d’humour, une qualité qu’il partageait avec Lichtenstein) : Ca n’est pas simplement parce que Laplanche a les cheveux comme ça et que je les ai comme cela, et qu’il a les yeux d’une certaine façon, et qu’il n’a pas tout à fait le même sourire que moi, qu’il est différent (…) La question n’est pas suffisamment résolue dans le réel.

Roy Lichtenstein simple copiste ? Détrompez-vous ! Certes les œuvres de Roy Lichtenstein se reconnaissent. Et c’est cet aspect « connu » qui attire les foules, les rassure. Mais Lichtenstein a copié et cité tout en faisant du différent. Son œuvre illustre l’opposition qu’établit Lacan entre la différence qualitative et la différence signifiante.

France Jaigu et Philip Metz

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