iVictrola-Gramophone-ipod

Notre dernière séance fut consacrée dans un premier temps à la lecture des pages 185-190 du séminaire XVII, L’envers de la psychanalyse, où Lacan s’emploie à introduire de façon, nous allons le voir amusante et instructive, un nouvel « objet » : la lathouse à laquelle sont liés nos petits gadgets nous tombant du ciel. Nous avons tenté de serrer en quoi cette lathouse est intiment liée à l’objet-voix comme objet petit a. Du reste, quelques films ne sont pas sans le montrer comme Rencontres du troisième type (1978) de Steven Spielberg qui reconsidère à cette occasion de façon frappante le passage biblique où Moïse reçoit les Tables de la Loi : à la place de la voix du Buisson ardent, Spielberg met précisément ces fameuses lathouses ? qu’on songe à cette séquence du film où des récepteurs paraboliques d’ondes sonores ou autres, sont tournés vers l’espace des lathouses pour recevoir des messages d’êtres étranges faits de bruits et de murmures…

Et puis le film de Brian de Palma Blow Out (1981) n’est pas sans l’évoquer aussi puisque le héros Jack Terry enregistre de façon compulsive des sons sur des bandes en se branchant sur des ondes avec un petit micro. Plus récent, l’énigmatique A Serious Man (2009) des Frères Coen où cette question de la voix et de la science est de façon si subtile, non sans un effet angoisse, posée. Angoisse qui signale que se mettre réellement en rapport avec la la lathouse ça peut être angoissant !

Dans quel espace se situe en effet les lathouses comme « créations » de la science ? Tout d’abord il ne s’agit pas d’objets relatifs à un sujet de la connaissance en harmonie avec un monde ou un cosmos conçu comme partenaire sexué, puisque la science pour naître comme telle efface en quelque sorte toute perception, tout idée de connaissance, en opérant avec des petites lettres et un pur jeu formel et combinatoire quant à la vérité : « Par le seul jeu d’une vérité, formule Lacan, non pas abstraite mais purement logique, par le seul jeu d’une combinatoire stricte […], par le seul jeu d’une vérité formalisée ? voilà que se construit une science qui n’a plus rien à faire avec les présupposés que depuis toujours impliquait l’idée de connaissance ». Si bien que l’espace des créations de la science, à différencier du lieu de l’Autre, est qualifié par Lacan de « l’insubstance, de l’achose. Fait qui change du tout au tout le sens de notre matérialisme, nous dit -il.» La science, dans ses opérations sur les nombres, à défaut de percevoir ou de connaître quoi que ce soit, « operçoit ».

aseriousman

Dans le vide ou dans ce trou créé par une manipulation réglée du nombre réel qui ne doit plus rien à une quelconque intuition imaginaire ou psychologique, se situent les ondes (il y en a des tas, de toutes sortes), transports d’énergie sans matière, objets « créés » par la science. Lacan propose de nommer ce lieu, où se baladent ces ondes ? qui ne pouvaient voir le jour dans la physique moderne sans une réduction littérale, un pur jeu d’écriture hors-sens ?, l’alétosphère. « Ne perdons pas les pédales, rappelle Lacan. L’aléthosphère, cela s’enregistre. Si vous avez ici un petit micro, vous vous branchez sur l’aléthosphère. […] L’ aléthosphère, c’est beau à dire. […] Mais au niveau de l’opéré, de ce qui se promène, la vérité n’est pas du tout dévoilée. La preuve en est que la voix humaine, avec son effet de vous soutenir le périnée […] ne dévoile pas du tout sa vérité.» Lacan propose alors, à partir des termes grecs ousia (étance) et alèthéia (vérité comme voilement), de nommer cet opéré de la science ? c’est à dire les objets se baladant dans l’aléthosphère ? du terme de lathouses : « Et pour les menus objets petit a que vous allez rencontrer en sortant, là sur le pavé à tous les coins de rues, derrières toutes les vitrines, dans ce foisonnement de ces objets faits pour causer votre désir, pour autant que c’est la science maintenant qui les gouverne, pensez-les comme lathouses. […] [Cela] rime avec ventouse. Il y du vent dedans, beaucoup de vent, le vent de la voix humaine. » Lacan conclut alors qu’il est impossible de tenir la position de la lathouse, notamment pour le psychanalyste, dans la mesure où le discours analytique n’est pas celui de la science, même si la science lui fournit un certain matériel. En tout cas, faut-il penser la lathouse comme un objet en quelque sorte créé (une certaine dimension créationniste est ici inéliminable) par un jeu d’écriture propre à la science et à la logique qui lui est sous-jacente, c’est pourquoi l’objet voix est impliqué dans cette affaire. Le film A serious man évoqué plus haut ne nous le montre-t-il pas ? Ce sera à voir.

La deuxième partie de notre séance a été consacrée au visionnage de quelques séquences de Schining (1980) de Stanley Kubrick et de Barton Fink (1991) des Frères Coen, dont nous aurons à reparler : pour le premier film il s’agit de la voix et de l’effacement de la trace, et pour l’autre de la voix et de l’écriture dans la création. Nous aurons à développer cela plus finement.

Notre prochaine séance est le 11 mai, 16H, 17 rue Baudoin. Nous lirons les pp. 114 et 115 de Encore avec les pages 531-541 des Ecrits, sur la fonction plurivalente des voix dans le délire de Shreber.

Karim Bordeau

Partages 0