Pour Lacan, le silence est ce qui présentifie paradoxalement le mieux l’objet-voix. La voix du chant lyrique est-elle une des modalités qui met en jeu l’impossible présence de cet objet cause du désir ?

L’opéra conçu comme une fête sensible et sensuelle est une invention du 18° siècle et Mozart excelle à y affirmer que « la parole doit être vraiment la fille obéissante de la musique ». Dans tous ses opéras, Mozart soumet l’incarnation musicale de la vérité des sentiments et des émotions à son invention de la structure « classique ». En rupture avec les contraintes strictement réglées et toutes tournées vers l’au-delà divin de l’art musicale du 17° Siècle, il libère l’action dramatique par une montée musicale progressive vers une tension dont le point d’orgue appelle sa résolution.

Avec cette innovation de sa structure musicale, Mozart participe de son Siècle des Lumières qui inaugure dans sa pensée et dans sa création littéraire, le désir de savoir et de donner forme à l’inconnu. Il donne son écho à la tension de sa société où les pouvoirs monarchiques et religieux perdent de leur « absolu » sous l’effet de la libre circulation de courants d’idées nouvelles et diverses. Mozart lui-même a beaucoup voyagé dans toute l’Europe, rencontrant, assimilant et maitrisant divers styles et langues musicales.

A la fois subtile et charnel, son opéra « Les noces de Figaro » allie la vivacité populaire et la distinction aristocratique et fait toute sa place au « désaccordé ». S’il y contrebalance le couple de Figaro et Suzanne par le couple du Comte et de la Comtesse, c’est le couple des valets qu’il met au premier plan. Figaro et Suzanne usent tour à tour de leur vitalité et de leur ruse pour desserrer le pouvoir absolu que le Comte veut exercer sur leur corps et leur parole. Cette primeur donnée aux valets et à leur lutte est une innovation inouïe dans l’opéra. Et la structure musicale classique donne à ces deux figures « inconvenantes » des valets, toute sa portée de sexualité joyeuse. Musicien avant tout, Mozart reconsidère dans chacun de ses opéras le lien entre la parole et la musique et dans « Les noces de Figaro » il livre les mots à la tension de la jouissance UNE de sa musique.

Dans la scène 1 de l’Acte I, lorsque Suzanne affirme à Figaro incrédule que le Comte la désire et lance son « Perche non voglio », Mozart donne toute sa tension musicale à ce moment dramatique. Il fait taire le violon et le clavecin qui accompagnaient jusque là la réplique de  Suzanne,  au moment  où  celle-ci  prononce  son  : « voglio ». Un silence se fait entendre et détache dans le même temps et le « vouloir » et la voix féminine. L’accompagnement musical et le silence marqué révèlent et accentuent la division de Suzanne face au désir du Comte. Face au désir de l’Autre monarchique, Suzanne, Mozart, tout l’art du 18° Siècle, veut et ne veut pas.

La « subversion » classique Mozartienne, à la fois rompt avec le Discours de l’Autre et pointe vers l’énigme d’un réel. Dans « La leçon de musique » (p. 26, Ed. Gallimard », Pascal Quignard écrit : « Il faut alors supposer une espèce de son étouffé qui est comme le sexe dérobé. »

« Les noces de Figaro » touche infiniment au cœur des choses. Notre prochaine réunion  de travail rue de Navarin aura lieu le 6 novembre.

 

Contact : baillehache.mariechristine@9business.fr

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