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Lacan considérait que le rôle de la mère, qui intéresse tant les psychanalystes, correspond au désir de la mère. Cette conception se démarque d’autres courants en psychanalyse qui placent au centre de l’attention l’amour de la mère, son attachement ou son peu d’attachement. La formalisation de l’œdipe freudien par l’écriture de la métaphore paternelle fait du désir de la mère un signifiant qui s’éloigne des caricatures qui en ont été souvent faites. Le désir de la mère n’est pas seulement l’autre nom du caprice maternel, il est battement symbolique premier de la présence et de l’absence, élément originel sur lequel opère la fonction paternelle. L’appareillage du Nom-du-Père et du phallus appréhende le désir de la mère comme l’énigme de la jouissance de la mère.

Mais Lacan ne s’en est pas tenu à la suprématie de l’ordre symbolique où le Nom-du-Père vient barrer le désir de la mère en produisant la signification phallique. Les traitements de la jouissance qui se situent au-delà d’une solution par l’universel du Nom-du-Père doivent être pris en considération. Ce dépassement a permis de ne plus penser l’homosexualité en termes de mauvaise issue du complexe d’œdipe. Dans le séminaire RSI, la mère n’est plus un élément symbolique, un signifiant. En tant que femme, elle est cause du désir d’un homme. La père-version livre l’autre version de l’interdit de la jouissance entre la mère et l’enfant car l’interdit s’y situe dans la dépendance d’un désir. C’est parce qu’un homme désire une femme que celle-ci ne peut faire de l’enfant l’objet unique de son désir. A partir de ce point,l’orientation du désir du père, son amour ou son défaut d’amour pour une femme, sa croyance en elle et le défaut de cette croyance, s’avèrent décisifs. Jacques-Alain Miller estime cependant que la père-version est un Witz lacanien. Il s’agit d’une dérision de l’œdipe : « La voie œdipienne, ce n’est que se tourner vers le père en tant qu’il s’occupe d’une femme, pour la barrer, et aussi bien pour s’en encombrer[1] » explique-t-il.

Ainsi, l’on peut aller plus loin avec Lacan lorsque celui-ci définit, dans l’Etourdit, l’hétérosexuel comme celui qui aime les femmes, quelque soit son sexe propre. Comme Eric Laurent l’a pointé, cette indication fait d’une femme un objet qui se présente sans nom et ouvre un large champ à l’équivoque du côté hétéro [2]. La perspective de la mère hétérosexuelle, de la mère qui aime les femmes, serait l’une des voies ouvertes par cette équivoque. Ces différentes approches du désir de la mère auraient-elles des conséquences dans la façon dont nous pouvons appréhender les homosexualités et le désir d’enfant en ce début du XXI siècle ? Qu’en est-il de l’incidence du désir de la mère dans la cure des femmes homosexuelles aujourd’hui ?

Du côté des homoanalysants, terme mis en valeur par Hervé Castanet à partir d’une proposition de Jacques-Alain Miller, la père-version offre-t-elle de nouvelles perspectives pour penser l’homosexualité masculine au-delà de la norme œdipienne ? L’impossible rapport à la mère est-il un invariant chez les homosexuels en analyse ? Le désir de la mère de l’homosexuel est-il toujours hors-la-loi ? Ne s’agit-il pas du reflet de ce qu’il y a d’illégal dans le désir lui-même ?

Enfin, les possibilités nouvelles de procréation, les homoparentalités, le détachement de plus en plus marqué des fonctions biologiques du père et de la mère, donnent-elles lieu à des inventions toujours singulières ou peut-on, dans l’analyse, retrouver des données structurales déjà connues ?

Ces questions feront l’objet d’une discussion avec les auteurs des deux ouvrages récents sur les homosexualités.

Cette soirée de la Bibliothèque est ouverte à tous

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

École de la Cause freudienne

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1, rue Huysmans 75006 Paris

Tél : 01 45 49 02 68

 

[1]     Jacques-Alain Miller, « Des gays en analyse ? Intervention conclusive au Colloque franco-italien de Nice sur ce thème ». La Cause freudienne, n°55, octobre 2003, p.88.

[2]     Eric Laurent, « Ni ganymède, ni made in gay », ibid., p. 52.

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