Bordeaux

Karim Bordeau

En préambule : nous avons décidé de nommer notre groupe de travail : Psycéma.

Dans notre dernière séance, Carole Herrmann, en partant du renversant Killer Joe de Friedkin (2012), nous a présenté  La maison dans l’ombre (On dangerous ground, 1950) de Nicolas Ray ; film relatant une rencontre amoureuse singulière entre un homme et une femme aveugle, s’inscrivant dans ce style savoureux  du début des années 50. Dans cet esprit fut évoqué deux autres films : Laura (1944) d’Otto Preminger, puis Un roi sans divertissement (1963) de François  Leterrier, où il s’agit  là  aussi de rencontres amoureuses sur fond  d’enquête policière suite à la disparition d’une jeune femme. Carole Herrmann nous a alors  rappelé en quoi les analyses de Lacan concernant la trilogie de Claudel pouvait ici servir, puisqu’il s’agit dans celle-ci de héros  qui  d’une certaine façon n’ont même plus de destin, au sens antique du terme. Ce qui complexifie ce que G. Bataille appelait  lui « l’amour d’un être mortel ».

Occasion alors de nous rappeler l’énigmatique Birds (1963) d’Hitchcock où il y est question d’une telle rencontre sur fond d’un réel déchainé.

Puis un large débat fut consacré à l’énigmatique Her de Spike Jonze ( 2014) relatant les relations amoureuses d’un homme avec… son computer. Comment alors ne pas nous souvenir ici du trop oublié THX 1138 de G. Lucas sorti en 1971 : film de science fiction remarquable relatant une histoire d’amour dans un monde où l’émergence d’un quelconque affect est contrôlé par une police implacable.

Dans cette veine a été évoqué le film de Park  Chan-Wook  Je suis un cyborg (2006) ; d’autres films de la même  teneur vont en effet  dans ce sens où le héros  s’identifie à une machine, s’empêchant ainsi une rencontre amoureuse dans la mesure où  celle-ci met en jeu un événement de corps incarnant un heteros hors discours établi.

Tout le monde connait à cet égard l’adage lacanien quant à cette rencontre, quand en effet  elle se fait : « Comment un homme aime-t-il une femme ? Par hasard… L’amour ce n’est rien de plus qu’un dire, un dire en tant qu’événement, un dire sans bavures. » (leçon du 18 décembre 1973, Les non-dupes errent).  Ce dire, s’adressant à un « noeud d’être »,  n’implique ainsi aucune espèce de connaissance de l’être aimé, ni non plus aucune existence de l’Autre. Il s’agit alors de situer l’amour topologiquement entre événement de corps, contingence d’un dire et inconscient comme trou dans le Symbolique.

De ce point de vue, comment aujourd?’hui ? dans un monde hypermoderne dominé par la logique des marchés, la science, et les religions  ? se problématise la rencontre amoureuse ? Le cinéma contemporain nous apporte-t-il pas à cet égard un matériel précieux?

C’est autour de ce noeud : amour-contingence-dire, que le vecteur Psycéma va travailler dans les semaines à venir.

Prochaine séance le 7 juin à 18H, au 17 rue  Baudoin. 

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