Dubrunquez4Huge

Poesiae

123 rue d’Aligre Paris XIIème

Jusqu’à dimanche

Au commencement il y a cet écran, la toile, supposée vierge. Des images s’y posent, instables images qui peinent à en prendre la mesure, hésitent à l’approche de ses bords, s’inquiètent de rencontrer la vie qui s’agite au dehors, préférant la laisser venir en réserve.

Il y eut une époque où les images évoquaient un monde idéal, séjour des dieux plus que des hommes, puis une autre où, se voulant réalistes, elles se posèrent en rival du nôtre, une autre encore, où le procès fait à leur défaut d’être fit croître un iconoclasme qu’on a vite (trop vite ?) voulu moderne.

Et c’est vrai qu’on a de plus en plus de mal aujourd’hui à s’assurer de ce qu’on voit, et de cela même qui s’expose le plus immédiatement au regard : la vérité nue d’un visage, quand, à sa défiguration issue des tragédies du siècle passé, est venue s’ajouter sa manipulation sans frein par des procédés de synthèse. Et comment le rendre avec des moyens de peinture, de simples moyens de peinture, s’interroge le peintre. Il n’est qu’un peintre, on le sait, pour éveiller chez un autre le désir de peindre ce qu’il a vu. Les peintres, ils n’ont jamais cessé de se copier, de se poser devant les œuvres des autres comme devant le motif à leurs yeux, leurs yeux de peintre, le plus naturel ; les disposant sous une lumière, des couleurs, des lignes de force toujours nouvelles.

C’est là le pas que je fais, celui de qui s’en retourne au musée, ouvre des livres, des monographies, des catalogues, prenant motif de ces images dont fut prodigue un art qu’on a considéré majeur. Abordant leurs sujets (mythologiques ou religieux) d’un œil que je voudrais sauvage, inculte, en proie au seul désir d’exprimer, et enfouie sous leur rhétorique muette, leur teneur, leur pure teneur de peinture.

Tant d’images errantes, et qui hantent ma toile, privées de corps, ce corps de peinture qu’elles appellent et qu’elles n’ont toujours pas trouvé. Sauf à les peindre sur un mode mineur, les réduisant à cette mesure de peinture que pour se fixer il leur faut, cherchant à figurer moins le drame ténébreux de vivre que celui de formes luttant pour demeurer debout sous le regard : moins des visages que des masques, moins des figures héroïques que des épouvantails dans le vent. Ne travaillant qu’à l’échelle de modèles réduits, comme font les enfants qui ne retiennent rien des objets dont leur instinct d’imitation s’empare, que l’esquisse nerveuse où leur vérité se concentre.

Images à croiser d’un regard furtif, à situer dans la distance et sous une lumière oblique, mais telles que puisse s’y épanouir leur juste pouvoir d’apparition.

Pierre Dubrunquez

 

Je choisis quelques lignes parmi celles que le nom de Pierre Dubrunquez suscite sur google :

Vingt ans durant Pierre Dubrunquez refusa de montrer son travail. Seul dans son atelier, il travaillait. Ne cherchez pas la moindre exposition même collective, rien.

Depuis peu, quelques amis ont eu le droit de voir…Bien qu’il lui semble peindre depuis toujours, il n’a commencé à montrer son travail que depuis une dizaine d’années.

 

C’est à notre ami commun écrivain et traducteur de Freud et de poésie Fernand Cambon (1943-2012), qui eut aussi une galerie de peinture, La Toupie, où il exposa ses œuvres, que je dois la chance d’avoir l’avoir rencontré.

Les tableaux de Pierre condensent l’énergie des éléments domptés et la grâce des savoirs qui les traversent comme des fantômes.

Il installe en nous le rêve d’une renaissance de la renaissance.

Voyez : http://www.7octobre.com/blog/?page_id=106

NGL

Partages 0