Jacques_Lacan_040-2

Laurence Hemmler et Marie-Claude Sureau

Publié initialement dans La Lettre Mensuelle, n°329, juin 2014, ECF.

Depuis deux ans, l’Envers de Paris propose un cours mensuel gratuit d’introduction à la clinique d’orientation lacanienne. Ce cours s’adresse aux néophytes dans la lecture de Lacan : étudiants, internes en psychiatrie, enseignants,   neurologues… qui   n’ont     eu encore aucun contact avec l’École de la Cause freudienne. Les   étudiants en   psychologie, qui souvent déplorent l’absence de cours sur l’enseignement de Lacan dans leur université, en ont reçu l’annonce par mail et également par le bouche-à-oreille. La proposition qui leur fut faite de parler de leurs propres stages de terrain fit tomber certaines préventions sur la prétendue illisibilité des séminaires. Aurélie, très jeune étudiante en psychologie, nous a dit :

« Je pensais que ce serait très dur, mais plus ça va, moins je nage. Et cela me permet de faire des liens avec mon stage ».

La spécificité de ce cours est de rendre Lacan accessible. Comment ? Nous énonçons à deux voix : à chaque cours, l’une prépare et expose en son nom, et la seconde reformule à chaud certains points théoriques, ou apporte des repérages cliniques qui suscitent un effet de compréhension. Cette façon de procéder tient les étudiants en éveil et leur permet de nous interrompre pour poser leurs questions : « Ça nous met au travail, surtout quand vous n’êtes pas d’accord ».

Dans cet enseignement fait sous forme de dialogue, la position magistrale se trouve entamée. Il s’y produit un écart par rapport au discours universitaire : c’est à cela que les étudiants sont sensibles, ils ne sont plus confrontés à un savoir compact ni programmé et osent exprimer leurs incompréhensions. Ce fonctionnement suppose que chacune de nous deux supporte de se laisser décompléter par les remarques de l’autre ou par les questions des auditeurs. Le Lacan « incompréhensible » fait alors place à un Lacan intelligible, sans que soit ravalée la subtilité de son enseignement. C’est notre façon de préserver un trou dans la théorie, à l’instar de la façon dont Lacan définit l’objet a dans La Troisième (1).

Cette année 2013-2014, nous avons essentiellement travaillé sur le Séminaire R.S.I. (2) à-partir de la conférence de 1953, Le symbolique, l’imaginaire et le réel (3). Nous avons ensuite abordé certains   passages des   Écrits, puis l’étude de mathèmes, ensuite ce fut L’homme aux loups (4) et Hamlet relus par Lacan. Nous nous sommes attardées sur la métaphore paternelle. Nous avons ensuite étudié le cas du Président Schreber (5) et la métaphore délirante. Il n’y a pas, cependant, de programme annuel préétabli car nous répondons plutôt aux interrogations qui apparaissent, quitte à revenir sur ce qui reste opaque. Notre cours n’est pas progressif mais tente d’éclairer chaque fois un point précis.

La différence avec les Sections cliniques apparaît dans l’investissement des auditeurs qui ne s’engagent pas dans la continuité : nous devons porter le fait d’accueillir à chaque cours de nouveaux arrivants. Comme tous les savoirs aujourd’hui, la psychanalyse est prise dans un certain consumérisme où nous acceptons de nous inclure avec souplesse en nous faisant partenaires de ce symptôme actuel. Nous présentons également le travail de l’École de la Cause freudienne : Congrès, Journées d’études, ainsi que le travail de Jacques-Alain Miller et la transmission qu’il nous a faite de l’enseignement Lacan.

Les interventions de stagiaires psychologues nous incitent à traiter des questions d’actualité, sur les prises en charge de l’autisme, par exemple. Nous nous efforçons de transmettre l’enseignement de Lacan de façon vivante, et la présence de jeunes étrangers parmi nos auditeurs nous amène souvent à retracer pour tous l’histoire spécifique de la psychanalyse en France.

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1 Lacan J., La Cause freudienne, Paris, Navarin Éditeur, n° 79, p. 15.

2 Lacan J., Le Séminaire, livre XXII, « R.S.I. », inédit.

3 Lacan J., Des noms-du-père, Paris, Seuil, 2005.

4 Freud S., « L’homme aux loups », Cinq psychanalyses, Paris, PUF, 1954.

5 Freud S., « Remarques psychanalytiques sur l’autobiographie d’un cas de paranoïa », op. cit.

 

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