Geneviève Mordant

Dans la plupart des nouveautés du dispositif social contemporain on trouve une place de plus en plus importante faite au corps.

De par son extérieur on lui fait dépasser les usages de la mode, qui faisait seulement du corps un porte-manteaux ou un mannequin vivant, pour l’affranchir de ses limites physiques en bardant ces enveloppes de tissu de batteries de capteurs, de stimulateurs et d’amplificateurs qui conduisent à « l’homme augmenté » ou encore au « post – humain ». On corporifie les gadgets dans la publicité : « La nouvelle Renault Twingo : Agile de Corps et d’Esprit ». On invente des techniques de bien – être ou on les réinvente, quitte à aller puiser dans l’arsenal d’approches plus ou moins ésotériques si possible extrême – orientales et à les adapter à des fins consuméristes : la « méditation pleine conscience ».

 

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La méditation pleine conscience

 

De par son intérieur, les avancées de la science dans la miniaturisation et l’exploration fonctionnelle ne laissent plus beaucoup de régions du corps obscures ou échappant aux investigations : on ouvre des enveloppes de plus en plus intimes, on décortique et classifie les messages organiques, on suit à la trace les signaux de la chair, on prétend même voir bientôt se dérouler en live les processus de la pensée…. On accumule du savoir, on est tout près de cerner La Vérité du corps.

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Quand l’activité de notre cerveau révèle nos émotions

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Le robot à l’effigie de la femme de Martine Rothblatt

Se pose alors quant au corps – parlant la question de la butée, de l’impossible. C’est l’impossible que le corps rencontre dans les relations offertes par le nouveau monde virtuel : voir les films « Denise au téléphone » ou plus récemment « Her », voir aussi les cyber- ou game – addictions totalement aliénantes, jusqu’à être enmurantes. C’est l’impossible que le corps rencontre, ou que la science lui permet de contourner – mais à quel prix ? -, dans la relation homosexuelle quand elle s’associe à un désir d’enfantement.

Dans l’art théâtral c’est de la mise sur une scène de l’impossible de la butée du corps sur la mort qu’il s’agit en direct dans la tragédie, sur le mode de la dérision dans la comédie. Dans la performance on a affaire à la butée réelle du corps sur la mort.

C’est enfin de l’impossible du corps qu’on vient parler en analyse, quand la jouissance obscure du symptôme encombre le sujet au point de l’étouffer : il s’agit alors de se construire une fiction qui vienne compenser cette part de jouissance à céder pour pouvoir « faire avec » son reste.

C’est cet axe de l’impossible que nous explorerons cette année.

 

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