On doit à Philippe Benichou, actuel directeur de l’association l’Envers de Paris, l’initiative de l’organisation de cette première journée de travail du réseau parisien du FIPA qui se déroulera sous le titre : « L’inconscient et le lien social ». Je lui laisserai le soin de vous introduire au thème de cette matinée et pour ma part je m’attacherai à retracer le parcours et les raisons qui ont conduit l’École de la Cause freudienne à cette création, du FIPA, Forum des Institutions de Psychanalyse Appliquée et à son réseau parisien.

photoFIPA

Un peu d’histoire

À l’origine du FIPA, une première création : le CPCT-Paris. En 2003, L’École de la Cause freudienne allait répondre à la vague évaluatrice et scientiste déferlant sur la France et l’Europe entière par une série d’actions et notamment, par la mise en place d’un Centre Psychanalytique de Consultations et de Traitements (CPCT) ouvert à tout public, proposant un traitement psychanalytique gratuit, de durée limitée. Il s’agissait de défendre en acte l’efficacité de la psychanalyse en prise directe sur le malaise contemporain et son abord incomparable du symptôme que le dit malaise répercute.

En effet, le traitement psychanalytique s’inscrit en tout point contre la logique managériale. Il ne vise pas l’éradication du symptôme que commande la standardisation des conduites humaines au service de la rentabilité mais s’inscrit dans une visée pragmatique consistant à savoir y faire avec ce qui ne marche pas, avec ce qui cloche, ce qui rate, se répète… et ceci à moindre frais, entendez pour l’économie subjective, celle qui reste marquée par la souffrance humaine voire par la déréliction.

En créant le CPCT, il s’agissait de rendre ses lettres de noblesse à la découverte de l’inconscient freudien et de faire exister son hypothèse dans le social en facilitant l’accessibilité de la rencontre avec un psychanalyste. Aux psychanalystes revenaient alors la tâche, à condition qu’ils soient rigoureusement formés, de savoir faire émerger un savoir insu sur lequel le sujet peut parier, d’entériner, restaurer ou réajuster un savoir y faire déjà là qu’il s’agit de s’approprier. Ce savoir inconscient, dans certains cas à ciel ouvert, peut effectivement servir de véritable tremplin, offrant au sujet désarrimé la possibilité de construire un nouveau mode de nouage ou de lien social minimal. Mais la rencontre avec un psychanalyste peut aussi déboucher pour d’autres sur un vouloir en savoir plus. Ils se feront sujets d’une nouvelle élaboration de ce savoir inédit. Nous n’entrerons pas ici dans le détail de la variété des opérations psychanalytiques qui ont été récemment débattues lors de la Journée organisée par le CPCT-Paris le 13 septembre dernier sous le titre «  Ce qui opère ». Soulignons ceci, comme Jacques-Alain Miller l’avait déjà fait valoir : les psychanalystes qui exercent dans ce type de lieux sont en prise directe sur le social en tant qu’ils incarnent comme tels le social et restituent le lien social pour les sujets qu’ils accueillent puisqu’ils opèrent à partir du champ de la parole et du langage au fondement même du lien social.

Cette expérience menée bénévolement par des psychanalystes, qui eux-mêmes sont le produit de leur propre analyse, en contrôle régulier de leur pratique et rompus aux concepts psychanalytiques, s’est ensuite répandue rapidement sur le territoire français et européen donnant naissance à d’autres CPCT. Une douzaine de ces lieux se sont créés grâce à l’initiative des membres de l’ECF, dans les différentes régions françaises et belges sans qu’aucune directive n’en soit donnée. La pertinence de la psychanalyse appliquée et ses effets sur la déprise subjective, dénommée plus couramment « désinsertion sociale », retentissait au-delà, mais aussi à l’intérieur des murs de la capitale française Ainsi, une diversité d’associations inspirées par le modèle du traitement court et gratuit du CPCT allait voir le jour à Paris, trouvant des arrangements divers avec les instances publiques et s’implantant durablement dans le tissu social. En 2012, quatre ans après le rééquilibrage nécessaire de l’expérience, le Conseil de l’École de la Cause freudienne fit le constat que ce modèle s’était répandu, qu’il avait été adapté, modifié, qu’il s’était renouvelé. À l’origine des réussites les plus remarquables, on trouve l’initiative individuelle, l’engagement personnel, le désir décidé d’un ou plusieurs de nos collègues, faisant preuve de pragmatisme voire même d’esprit d’entreprise. L’impact de l’existence de telles structures, véritable maillage national, proliférant et non centralisé, allait amener les instances de l’ECF à s’intéresser de plus près à ce réseau des institutions lacaniennes existant de fait. Plusieurs Conversations, animées par

J.-A. Miller, furent organisées par le Directoire de l’ECF avec l’ensemble des responsables de toutes les associations de psychanalyse appliquée fonctionnant sur le modèle du CPCT ou s’en inspirant. En 2013, à l’issue de ces réunions, le Forum des Institutions de Psychanalyse Appliquée regroupant les CPCT et les autres associations assimilées de France et de Belgique fut créé et, à l’intérieur de celui-ci, le réseau parisien de ces institutions.

Aujourd’hui

Concernant le réseau parisien de ces associations, nous avons remarqué lors d’un échange d’expériences, qu’elles étaient avant tout très diversifiées, et bien implantées dans le tissu social. À ce titre, elles constituent l’interface de notre École de psychanalyse avec la société civile et la classe politique puisque bon nombre d’entre elles travaillent en collaboration avec d’autres partenaires des instances publiques telles que les établissements scolaires, les services sociaux, les hôpitaux… Elles entretiennent aussi des liens entre elles, s’adressent des patients selon des problématiques spécifiques ou la localisation du lieu d’accueil. Réparties dans la ville, chacune a également son point d’insertion géographique propre.

Le réseau parisien est actuellement composé de onze institutions de psychanalyse appliquée : le CPCT-Paris, lieu de consultation et de traitement psychanalytique destiné au tout venant ; « La Conversation thérapeutique » qui s’adresse à des sujets en situation de précarité matérielle ; « Paradoxes », lieu de consultation, de traitement et de formation pour adolescents ; « CLAP-Le Passage des tout-petits », lieu d’accueil destiné aux familles ; « Intervalle-CAP » destiné aux personnes les plus démunies en situation de grande précarité et dans l’errance ; « L’EPOC », de plain-pied sur la rue ; « Souffrances au Travail », fonctionnant à partir des cabinets privés des analystes ; « Kirikou », centre de consultations et lieu culturel surtout pour les enfants et adolescents également ouvert aux adultes ;  « Lien POPI-CDMC » , centre de consultations extime au champ médical de la périnatalité ; le CMP de Bagnolet, résolument orienté par la psychanalyse lacanienne et, ajoutons à cette liste, « l’Association Accueil psy en Val-d’Oise ».

Si ces associations travaillent pour la plupart selon les principes de gratuité du traitement, limitation temporelle et bénévolat des praticiens, elles se distinguent pourtant de l’assistance sociale, du soin médical ou psychologique par l’orientation psychanalytique qui y prévaut. Comme a déjà pu le formuler J.-A. Miller, ces lieux, dénommés Alpha sont distincts des lieux d’écoute habituels, car ils ont le souci de se constituer en lieux de réponse pour chacun, où « le bavardage prend la tournure de la question et la question elle-même la tournure de la réponse » [1]. Cette mutation du bavardage en savoir, grâce à l’opération du transfert et son pivot essentiel, le désir de l’analyste, demande à être sévèrement contrôlée, comme le rappelle encore J.-A. Miller, le pouvoir de l’interprétation pouvant aussi mettre le feu à toute la plaine !

[1] Miller J.-A., « Vers PIPOL IV », Mental, n° 20, Paris-NLS, février 2008, p. 186-187.

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