Susanne Hommel

Nous continuons le travail à partir du texte de Freud «    Deuil et Mélancolie    », écrit en 1917,

pendant la Première Guerre Mondiale.

Dès le début de cet texte essaie de préciser ce qui distingue le deuil de le mélancolie.

Freud propose que das Gewissen, la conscience morale, fait partie des grandes institutions du Ich. Gewissen est ce qui a été su, gewusst. Ce qui a été su juge le sujet, constitue le surmoi.

Chaque fois que nous rencontrons le Ich en allemand il y a discussion. Il est difficile, pour ne pas dire impossible de trouver la traduction juste. Le sujet, le moi, ou le Ich. Nous ferons un cartel séparé du collectif pour travailler cette question. Lacan reprend la question tout au long de son enseignement. Die Ichspaltung, il propose parfois la refente, parfois la division du sujet, alors que la traduction classique est «    Le clivage du moi    ».

Le tableau clinique du mélancolique montre tout d’abord un déplaisir du Ich avant toutes les manifestations symptomatiques    : la déchéance physique, la laideur, la faiblesse. En l’écoutant on saisit que les multiples auto-accusations ne s’adressent pas à lui mais plutôt à une personne que le malade aime ou a aimé ou devrait aimer. Nous entendons la férocité du surmoi. Une personne qu’il devrait aimer. «    Aime      » Les accusations qui s’adressent à un objet d’amour sont gewälzt sur le Ich propre. Wälzen évoque le rouleau compresseur, c’est lourd et écrasant. Le Ich, ici nous disons le sujet est anéanti par ce qu’il reproche à l’objet aimé.

Nous avons continué la lecture, les commentaires et la traduction de «    Trauer und Melancholie    ». Freud dit que la femme qui se plaint sans cesse de l’incapacité, de la faiblesse, de la lâcheté de son mari lui reproche au fond d’avoir choisi une femme aussi méprisable qu’elle. Mais au lieu de se comporter avec modestie et humilité, comme devrait le faire une femme aussi indigne, elle est quérulante et se dit blessée comme si une grande injustice lui avait été infligée. Ceci n’est possible que parce que tout ce qu’elle fait trouve son origine dans la constellation psychique du refus, de la révolte. Et cette constellation a été transférée par un certain processus vers cette contrition mélancolique. Le mot allemand est Zerknirschung. C    »est comme le papier chiffonné, froissé. Le dictionnaire dit contrition, je propose plutôt écrasement, qui résonne dans le corps. La contrition est un déssèchement.

Nous nous sommes rencontrés le 6 mai 2014. Dans le paragraphe que nous avons travaillé Freud parle du Schatten, de l’ombre de l’objet qui tombe sur le Ich. Pour le mélancolique, une blessure ou une déception venant de la personne aimée, de l’objet aimé, le pousse à s’identifier à l’objet perdu. C’est ainsi que la perte d’objet s’est transformée en une perte du Ich,  le conflit entre le Ich et la personne aimée est devenu un Zwiespalt, un litige entre la critique  du Ich et le Ich transformé par identification. Les conséquences sont graves pour le sujet concerné, le Ich est investi narcissiquement, le suicide devient une visée possible.

Dans le paragraphe, suivant Freud évoque les travaux de Otto Rank, de Karl Landauer et de Karl Abraham concernant les dangers de l’identification narcissique à l’objet aimé. Abraham traite le rapport de la pulsion orale à la mélancolie. Ainsi le sujet mélancolique refuse-t-il l’accueil de la nourriture, ce qui peut avoir des conséquences graves, voir il peut se laisser mourir de faim. Toute séparation lui est impossible, insupportable, l’objet ne peut être ailleurs qu’en lui. Ainsi il va jusqu’à le dévorer.

Nous nous sommes rencontrés le 2 juillet et le 3 octobre 2014.

Freud observe que certains analystes disent que, dans la mélancolie, l’identification narcissique du choix d’objet est prédominant, pourtant dans les névroses de transfert l’identification à’objet n’est pas rare non plus, surtout dans l’hystérie. Il y a pourtant une différence entre l’identification narcissique et l’identification hystérique.

Dans le paragraphe qui suit Freud écrit que la mélancolie se constitue plus facilement dans la névrose obsessionnelle parce que la perte d’objet est une bonne occasion de faire apparaître l’ambivalence des relations d’amour. L’obsessionnel se rend alors responsable de la disparition de l’objet. Le sujet abandonne l’objet mais pas l’amour. Il s’identifie narcissiquement à l’objet perdu, et exerce auprès de cet objet de substitut la haine, l’humiliation, ce qui produit une satisfaction sadique.

Nous nous sommes réunis le 8 octobre 2014. Le sadisme se retourne contre le sujet.  L’autoflagellation jouissive de la mélancolie ainsi que ce même trait dans la névrose obsessionnelle s’adresse nécessairement à un objet, ce que le sujet ne peut subjectiver. Alors il retourne cette haine contre lui-même. Son état de maladie et de détresse tourmente également son entourage. C’est une manière indirecte de lui manifester son hostilité.

Ainsi la pulsion sadique se dirige vers l’autre et lui-même, ce qui rend la vie insupportable. Ce sadisme  résout l’énigme de l’inclination au suicide. Première étape   : le sujet se tue et satisfait ainsi sa pulsion sadique, deuxième étape   : les survivants en souffrent et se font des reproches. Le sujet mélancolique a fait coup double   . C’est sa jouissance mortifère.    

Nous nous rencontrerons le 6 novembre 2014 à 21 heures chez

Susanne Hommel

9 rue de Grenelle

75007 Paris, code 2647, esc. A dans la cour à gauche, 3ème étage.

01 42 84 10 26 ou 06 16 45 42 96

Textes de Freud que nous avons travaillés et traduiits   :  «    Ichspaltung im Abwehrvorgang    » et «    Konstruktionen in der Analyse    », tous les deux écrits en 1937.

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