Marie-Christine Baillehache

Notre réunion de travail a porté sur quelques points du Séminaire de J. Lacan « la lettre volée ». Dans « La lettre volée », J. Lacan, à partir du conte d’E. Poe, met en avant que le texte de la lettre volée à la reine n’a aucune importance. Ce n’est pas son sens qui importe et le conte ne dévoile pas son contenu textuel. Ce qui importe, c’est sa matérialité. Dans le conte d’E. Poe, c’est dans sa matérialité que la lettre se déplace et en se déplaçant de personnage en personnage, elle provoque des subjectivations singulières et des déplacements symboliques. À chacun de ses déplacements, la lettre construit des drames sans paroles. Ce sans parole de la lettre, à la fois écarte la signification et en même temps met l’accent sur cette signification laissée en souffrance, proprement « volée ».

  • C’est en plein contexte structuraliste qu’avec ce séminaire de 1955, J. Lacan détache la lettre du signifiant. D’un côté, il distingue la lettre du signifiant, mais d’un autre coté, il l’en fait procéder. D’un coté, il démontre que pour qu’il y ait de la lettre, il faut d’abord qu’il y ait du signifiant. La lettre est une conséquence du langage. D’un autre coté, il distingue le signifiant comme produit du sens de la lettre comme matérialité.
  • Dans le conte d’E. Poe, il y a une lettre, une lettre d’amour envoyée à la reine par son amant. Cette lettre subit plusieurs détours, passe de main en main. A chaque détour et pour chaque possesseur, la lettre produit un effet que J. Lacan nomme « féminisation ». Cette lettre dont le sens reste ignoré et énigmatique s’avère être une réserve de jouissance qui a des effets sur celui qui la détient. Elle déclenche sa jouissance. Ainsi, elle ridiculise l’homme d’action qu’est le policier.
  • Si le signifiant produit du sens, la lettre est la matérialité de cette production de sens. Cette matérialité est une matérialité jouissante. la lettre est ce qui associe cette matérialité jouissante au sens du signifiant.
  • Dans son Séminaire de 1955 « La lettre volée », J. Lacan distingue la part de jouissance du texte de sa part de signification ordonnée par l’enchainement des signifiants. Il fait de la lettre cette part de la signification qui ne fait pas sens et qui n’est pas à lire. Elle est du signifiant détaché de sa valeur de sens, de signification, de signifié.

La visée littéraire de N. Sarraute cherche à articuler le sens et le hors-sens de la jouissance.

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C’est avec l’usage de la ponctuation dans l’enchainement signifiant qu’elle parvient à loger la jouissance, qui ne cesse pas de ne pas s’écrire, dans les significations de la langue. Sa recherche littéraire est affine avec ce que M. Duras déclare :

« Ecrire, c’est le contraire d’avoir quelque chose à dire. », « Dans un livre, il faut qu’il y ait plus à lire et que l’on doive se résigner à ne pas savoir quoi. »

Lors de notre prochaine réunion du 17 Décembre, nous poursuivrons notre étude du Séminaire de J. Lacan «  La lettre volée »  et l’articulerons plus précisément à l’écriture de N. Sarraute.

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