Shame : L’Un et le féminin

Fabian Fajnwaks 

Shame met en scène le rapport d’un sujet avec l’Un tout seul de la jouissance. Il aborde la tension si contemporaine entre l’Un tout seul de la jouissance autoérotique et l’effraction dans son circuit que produit la rencontre avec deux personnages féminins. Cette rencontre avec l’Hétéros nous semble développée de manière paradigmatique. Quelques articles dans notre milieu, notamment dans Lacan Quotidien ont déjà commenté ce film lors de sa sortie en 2011 : nous souhaitons simplement nous focaliser sur l’abord de cette tension entre l’Un et l’ouverture à ce circuit autoérotique que suppose la rencontre avec l’Hétéros, avec l’altérité, représenté dans le film par le discours féminin.

Le titre d’abord, Shame, n’est pas sans évoquer, de manière diffuse et par extension, la hontologie lacanienne, correctement orthographiée, comme le proposait Jacques Lacan avec un « h » au début du mot, pour introduire la dimension de la jouissance que celle-ci véhicule dans son rapport à l’être au niveau de la honte. Si Sartre a su dévoiler la honte en tant qu’index de l’être, Lacan avancera que ce que l’être n’arrive pas à signifier, c’est la jouissance. C’est pour cette raison qu’il est impossible de « mourir de honte », car ce qui l’empêche est justement la jouissance qui y est en jeu. La « mort » viendrait quelque part libérer le sujet de son rapport à la jouissance.

D’ailleurs Lacan renvoyait aux jeunes de mai ’68 : « Regardez-les jouir… ». Comme s’il prévoyait par là que la seule manière de réintroduire une division subjective, et avec elle alors l’Inconscient, était de chercher à faire honte à ceux qui affichent leur jouissance. C’est donc une question d’actualité, car comme l’affirmait Jacques-Alain Miller il y a quelques années dans son cours, si un sentiment manquera certainement à ce XXIe siècle, c’est justement la honte, car nous vivons dans une époque caractérisée par le pousse au jouir sous toutes ses formes. Or ce sentiment de honte est absent chez le personnage principal du film – ceci au delà de toute considération diagnostique que nous laisserons délibérément de côté par rapport au personnage de Brandon.

Dans cette fiction donc, Brandon fait un métier proche du trading dans une moyenne entreprise à Manhattan. Il est présenté come un sex addict, un hypersexuel selon la nouvelle classification du DSM-5 qui a choisi de ne pas retenir le syntagme d’ « addiction au sexe » : visite de sites pornographiques, masturbation compulsive, commerce sexuel avec des prostituées, ou de manière ponctuelle avec des femmes qu’il abandonne aussi rapidement qu’il les a séduites. Quelques-unes le rappelleront, et ses messages s’accumuleront dans son répondeur, sans réponse de part. Un premier plan d’une dizaine de secondes ouvre le film, où l’on voit Brandon allongé sur son lit, sans cligner des yeux : on ne sait pas s’il est vivant ou mort. Cette scène nous introduit, dès le départ, au vide profond qui habite ce sujet.

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