pdg

Mercredi 7 janvier 2015 à 21h15

Local de l’ECF – 1 rue Huysmans – Paris 6e

La jouissance chez Freud

Philippe DE GEORGES

Pour cette deuxième séance, nous concentrerons notre effort de lecture sur « L’ Esquisse » (Entwurf einer Psychologie*). Nous lirons avec une attention particulière les chapitres 11 : « L’événement de satisfaction », 12 : « L’événement de douleur » et 17 : « Le remémorer et le juger ». Susanne Hommel nous apportera ses lumières sur le vocabulaire freudien. Nous relèverons tout ce qui témoigne, dans ce texte de 1895, de ce que Lacan nommera jouissance.

* Freud S., Gesammelte Werke, Texte aus den Jahren 1885-1938, Fischer Verlag 1987, p. 387 ; « Esquisse d’une psychologie », La naissance de la psychanalyse, Paris, PUF, 1956, p. 307.

Notre École s’honore de son souci jamais pris en défaut pour l’étude freudienne. C’était déjà le sens de ce que Lacan avait appelé son « retour à Freud »(1), soit le retour « au sens de Freud ». Le principe était simple et le reste : « Se laisser conduire par la lettre de Freud »(2)

La lettre de Freud, donc… mais alors, n’est-il pas mal venu de proposer comme thème pour notre année d’étude freudienne « La jouissance chez Freud » ? Comme concept, celle-ci est bien à mettre, en effet, au compte de Lacan, et d’un Lacan plutôt tardif. Est-ce alors un anachronisme ? Pas vraiment, si l’on veut bien entendre qu’il s’agira de lire dans le texte freudien, depuis  « l’Esquisse » jusqu’à « Analyse avec fin et analyse sans fin » si possible, les étapes et les tâtonnements, autant de pierres d’attente de cette notion pour nous décisive. Jouissance est ainsi un point de capiton.

Car depuis « L’esquisse », les indications foisonnent, qui montrent l’intérêt jamais départi du père de la psychanalyse pour cette dimension de l’existence humaine qui échappe, au moins pour une part, au langage et à la parole. N’est-ce pas ce réel vivant que Freud repère, dans sa répétition et son exigence de satisfaction, et dont il cherche la formule et le nom ? Pulsions, au-delà du principe de plaisir et « ça », sont des jalons de cette quête. La logique de la pensée freudienne est faite tout le long des fils croisés que sont Logos et Anankè.

Avant le concept, il y a le mot de la langue et les expériences vivantes qu’il essaie d’attraper. « Je n’avais ni transports ni désirs auprès d’elle, dit Rousseau de Madame de Warens : j’étais dans un calme ravissant, jouissant sans savoir de quoi. »3 Jean-Jacques n’est pas loin de ce que note Freud à propos de l’Homme aux rats chez qui il perçoit « une expression étrange » qu’il ne peut interpréter autrement que comme « l’horreur d’une jouissance par lui-même ignorée »4.

Il faudra commencer par relever les différents termes utilisés par Freud, pour traduire tantôt l’excès dans le corps, irréductible au plaisir, tantôt la force irrépressible devant laquelle l’effort de dire est impuissant. Car déjà, nous notons que dans la phrase citée, c’est « Lust » qui vient sous la plume de Freud (selbst umbekannten Lust), malgré l’étrangeté, l’inquiétude et l’effroi – au-delà du plaisir – qu’il lit sur le visage de son analysant.

Nous aurons donc à suivre un fil et à nous enseigner des changements et des ruptures.

(1) Lacan J., « La chose freudienne », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 405.
(2) Lacan J., « D’un dessein », Écritsop. cit., p. 364.
(3) Rousseau J.-J., « Les Confessions »Livre III, Œuvres complètes, La pléiade, Tome I, Paris, Gallimard, 1959, p. 107.
(4) Freud S., L’Homme aux rats – Journal d’une analyse, Paris, PUF, 1974, p. 45.

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