pipol copy

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Depuis Freud, le traumatisme est au cœur de la doctrine psychanalytique. À contrario, la condition de victime, signifiant nouveau, ne semble pas être facilement intégrable dans nos élaborations cliniques. Pourtant, le mot est là, il organise le champ social, la façon de se plaindre et de revendiquer. Les tribunaux sont mobilisés dans ce cadre pour obtenir réparation et justice. Tout cela conditionne, modèle, modifie l’adresse à l’Autre. Ce serait donc une erreur de négliger ce phénomène car, comme le dit notre invité dans son livre, il ne relève pas « d’une simple “mode” péjorativement qualifié de “victimisation” : il traduit une forme de gouvernement des hommes et des femmes qui met la souffrance au cœur du politique »[1]. Nouvelle forme de malaise dans la civilisation qui convoque de nouvelles figures d’organisation politique et sociale.

Dans leur ouvrage, Didier Fassin et Richard Rechtman tracent l’histoire des événements et des discours qui ont été le soubassement de l’émergence de la question victimaire.

Pour notre soirée préparatoire à PIPOL 7, dont le titre cette année est « Victime », proposer à Richard Rechtman[2] de débattre de cette question avec des psychanalystes s’est imposé comme une évidence.

Nous pourrons essayer de cerner, dans notre conversation avec l’auteur, cette condition de victime qui semble se forger à partir de discours très divers, au point que Jean-Daniel Matet, dans son texte de présentation pour PIPOL 7, dit qu’il s’agit « d’un signifiant à tout faire de la société consumériste ». Nous essaierons alors de décliner tous les glissements sémantiques et questions en jeu. Nous connaissons l’opposition classique : « Victime ou bourreau ? » Mais R. Rechtman montre qu’à partir de la catégorie DSM de trouble de stress post-traumatique, l’un et l’autre peuvent se revendiquer comme des victimes. Qu’en est-il de la question éthique alors, la question d’une nouvelle « économie morale du traumatisme », comme le dit l’auteur dans son livre ?

Qu’est-ce que le psychanalyste a à accueillir, à reconnaître, à subvertir quand un sujet venant à lui se plaint d’être la victime de l’Autre ? Question assez classique pour le psychanalyste, mais nous entendons que dans le passage qui va du traumatisme à la question de la victime, il y a aussi du nouveau. Nous vous proposons ainsi d’en débattre.

[1] Fassin D., Rechtman R., L’empire du traumatisme – Enquête sur la condition de victime, Paris, Flammarion, 2007, page 3734 version Kindle.

[2] R. Rechtman est psychiatre des hôpitaux et anthropologue, il est directeur d’études à l’EHESS et rédacteur en chef de la revue L’Évolution psychiatrique.

Partages 0