Philippe doucet et Marie-Christine Baillehache

Au chapitre VII « Une lettre d’amour » de son Séminaire XX « Encore », J. Lacan interroge pour chaque sexe, les rapports entre le désir, la jouissance et l’amour et situe la fonction de la Lettre en tant que Lettre d’âmour.

 

Le coté homme. Le coté femme :

« Qui que ce soit de l’être parlant s’inscrit d’un coté ou de l’autre. »[1]

Pour la part homme de l’être parlant :

C’est par la fonction phallique que l’homme se définit comme Tout, mais cette fonction se trouve limitée par l’existence d’un x par quoi la fonction ?x est niée. Cette négation du tout phallique, « C’est là ce qu’on appelle la fonction du père »[2] en tant que cette fonction fait reposer ce tout phallique sur ce qui s’en excepte.

Pour la part femme de l’être parlant :

Si la femme peut s’inscrire comme être parlant dans cette fonction phallique, elle peut aussi s’inscrire comme « pas-tout » dans cette fonction phallique. « S’il s’y inscrit, il ne permettra aucune universalité, il sera ce pas-tout, en tant qu’il a le choix de se poser dans le ?x ou bien de n’en pas être. »[3]

Ces deux définitions de l’être sexué sont les seules définitions possibles pour les êtres parlants, homme et femme, qui au-delà de la différenciation biologique homme/femme, les positionnent dans leur part homme ou dans leur part femme.

Le Non Rapport Sexuel :

A partir de ce tableau de la sexuation, J. Lacan interroge le rapport entre les sexes et en fait un non rapport.

Placé du côté de $ et de ? qui le supporte comme signifiant mais aussi du coté du S1, c’est-à-dire de l’échec du sens, l’homme n’a jamais affaire dans sa partenaire femme qu’à l’objet a. « Il ne lui est donné d’atteindre son partenaire sexuel, qui est l’Autre, que par l’intermédiaire de ceci qu’il est la cause de son désir. »[4] Il ne rencontre que son fantasme. Sa rencontre avec une femme en est marquée d’un impossible, soit d’un Réel. ? est chez l’homme ce qui supporte la jouissance phallique que J. Lacan nomme « la jouissance de l’idiot »[5] puisqu’il est la dupe d’un non-sens qu’il croit fermement maîtriser.

Du côté femme, Lacan met en évidence le rapport du La/ (La barré) de La femme avec le signifiant grand A/ (A barré) : il n’y a pas d’universel de La/ femme puisqu’elle est soumise au pas-tout de ?x et a rapport avec grand A/. «  Ce champ est celui de tous les êtres qui assument le statut de la femme »[6] en tant que la femme, comme « moitié des êtres parlants »[7], se réfère à cet Autre radicalement Autre. « Rien ne peut se dire de la femme »[8] et rien ne peut s’en écrire non plus. Ainsi, si la part femme de l’être parlant a rapport avec l’Autre comme articulation du signifiant, elle a rapport avec l’Autre qui « ne peut rester que toujours Autre »[9].

Ainsi, si la part homme de l’être parlant est du coté de la jouissance phallique, du tout et de l’exception et si la part femme de l’être parlant est du coté de l’Autre satisfaction, le dialogue entre les sexes est marqué d’un impossible et matérialise le non rapport Sexuel.

Ainsi, en faisant de la part homme et de la part femme de l’être parlant des façons différentes « d’habiter le langage »[10] et en indiquant que la femme se dédouble entre la fonction phallique et le A/, J. Lacan soutient que la femme a des affinités avec cette Autre satisfaction qu’est la satisfaction de la parole par laquelle s’éprouve qu’il n’existe pas de dernier mot.

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C’est à partir de la parole d’amour comme ce qui est « en soi une jouissance »[11] que nous poursuivrons notre travail en cherchant à articuler la fonction de l’âmour et de la Lettre d’âm our.

Notre prochaine réunion aura lieu le Mercredi 17 Juin à 20h30.

 

[1] J. Lacan, Séminaire XX « Encore », 1972-1973, Ed. Seuil, 1975, p. 74.

[2] Idem, p. 74.

[3] Idem, p. 74.

[4] Idem, p. 75.

[5] Idem, p. 75.

[6] Idem, p. 75.

[7] Idem, p. 75.

[8] Idem, p. 75.

[9] Idem, p. 75.

[10] Idem, p. 74.

[11] Idem, p. 77.

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