Rodolphe Adam_DxO

Compte-rendu et remarques à la suite de la Conversation avec Rodolphe Adam et Luis Iriarte Pérez du 13 avril 2015
Pierre Sidon
Rodolphe Adam a présenté aux participants à la Conversation le cas d’un joueur qu’il a eu l’occasion de suivre pendant une année. Luis Iriarte nous a conviés à une lecture de joueur de Dostoëvski : « trois lectures du Joueur de Dostoïevski », texte que l’on peut lire sur ce site.
Luis Iriarte Perez
La conversation embraye sur des chapeaux de roue par un vif débat sur la certitude : après une première remarque de Rodolphe Adam sur une première différence entre l’incertitude du jeu et la certitude du produit toxique (Freud ne dit-il pas dans sa psychologie du buveur qu’il n’y a pas d’incertitude du côté du buveur ?), Pierre Sidon s’interroge : cette certitude de jouissance est-elle si réelle du côté de la substance ? Et n’y a-t-il pas, dans le jeu, au fond, derrière l’apparente incertitude qui permet de jouer, une certitude de perte ? Dans les deux cas, il lui semble que la question de la certitude de jouissance est une question fondamentale. Roger Caillois, répond Rodolphe Adam, évoque cette certitude du gain chez le joueur. Elle apparaît bien aussi, ajoute Luis Iriarte, chez le joueur – Dostoïevski -, du moins avant qu’il ne revienne, régulièrement ruiné, de la table de jeu.
On notera, quant à nous, que Roger Caillois, référence de Lacan qui loue les éclairs de sa pensée en 1949[1], et l’auteur en 1958 de l’ouvrage Le jeu et les hommes, n’était pas psychanalyste mais sociologue. La référence aux idéations des joueurs est, aujourd’hui la bouteille à l’encre non plus seulement des sociologues mais aussi des rééducateurs de la pensée et du comportement qui croient pouvoir « restructurer » les « cognitions erronées et l’« activité cognitive irrationnelle » du joueur comme on voudrait éteindre l’incendie en jetant de l’eau sur les flammes. Mais qu’est-ce d’autre qu’un psychanalyste sinon celui qui sait se méfier desdites cognitions, de l’opinion, du Moi du sujet ? Car il en « connaît la cuisine », pour paraphraser Sartre à propos de la politique. Faut-il vraiment être si suggestible avec le patient (ou tenir tant à la théorie de l’ordalie ?) pour affirmer comme Valleur & Bucher sans sourciller avec les cognitivo-comportementalistes qu’ « il y a une détermination absolument aléatoire de l’issue du jeu »[2] alors que chacun sait qu’il n’y en a d’autre que la ruine, sûre, constante et absolue perspective du joueur. L’épistémologie des uns et des autres ici diffère. Et celle du sociologue comme du philosophe doit rentre les armes devant la méthode du psychanalyste. Même si celle-ci certes est certes rendue plus difficile dans des cas comme celui-ci où rien de ce qui ne motive le patient ne lui est accessible, ni par la pensée, ni par quelque trébuchement de l’inconscient, bien souvent forclos, rejeté, impensable. Dans ces cas là, il faut déduire directement le désir qui anime le sujet, quelles que soient ses croyances, du résultat par lui constamment obtenu : c’est un désir de ruine. Plus même : faute de s’articuler dans la parole, pas même dans des pensées inconscientes, il faut en déduire qu’il ne s’agit pas d’un véritable désir mais bien d’une identification sans médiation à l’objet obtenu, soit un déchet.

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