L’Envers de Paris vous invite à la projection en avant première de

« Ma plus courte histoire d’amour », de Karin Albou.

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Samedi 19 septembre, de 10h à 13h au Cinéma L’Escurial, 11 Bd du Port Royal, 75013 Paris

Suivi d’un débat avec la réalisatrice et avec Mazarine Pingeot, pour son premier rôle au cinéma, dans le rôle… d’une (sorte de) psychanalyste.

Débat animé par Clotilde Leguil, Stéphanie Lavigne et Romain-Pierre Renou.

La bande-annonce :

Découvrez le trailer ici : https://vimeo.com/131868596

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L’interview de Karin Albou par Philippe Benichou :

Réalisatrice de Ma plus courte histoire d’amour.

Août 2015

PB : Karin Albou, vous allez nous présenter en avant-première votre nouveau film, pourriez-vous nous dire un mot sur vos deux premiers longs métrages ?

KA : Le premier, La petite Jérusalem, fait en 2005 était le portrait d’une jeune fille, Laura, juive orthodoxe, qui habitait dans le quartier de Sarcelles surnommé la petite Jérusalem. Le film la montre partagée entre ses émotions et ses exigences intellectuelles, entre le monde religieux d’où elle venait et le monde de la philosophie. C’était l’histoire d’une émancipation. C’est un film qui a été à Cannes et a été nominé aux Césars 2006 dans la catégorie « meilleur premier film ». Ensuite j’ai réalisé Le chant des mariées en 2008, qui se passe en Tunisie. C’est l’histoire de l’amitié entre une jeune fille juive et une jeune fille musulmane pendant l’occupation allemande et les événements politiques vont les séparer. J’ai aussi fait des courts métrages, des documentaires et un roman, La grande fête. Avec Ma plus courte histoire d‘amour, je romps avec ce que j’avais fait de plus sérieux. C’est une comédie, une comédie intimiste et intellectuelle.

PB : Vous avez choisi quelque chose d’original car vous êtes l’actrice et vous êtes enceinte pendant le tournage. Comment avez-vous abordé cela ?

KA : C’est un scénario que j’ai mis longtemps à écrire. Dans la toute première version, le personnage n’était pas enceinte et ensuite comme un hommage à La maman et la putain, j’ai voulu qu’elle incarne la mater dolorosa, et aussi pour mettre un enjeu concret dans le couple qui soit autre que l’amour et qui les pousse à rester ensemble. J’avais envie de jouer le rôle et comme nous avons opté pour une réalisation « pirate », sans faire appel aux cercles économiques classiques, cela m’a donné la liberté de me choisir. Au départ c’est une fiction et j’ai été amené à incarner physiquement cette femme.

PB : Ce qui est original également, c’est la place de la sexualité, même si ce n’est pas Love ! Vous mettez surtout en avant leur non rencontre sur ce point et la place du langage dans cette affaire.

KA : J’ai construit ce couple sur l’idée qu’ils ne parlent pas le même langage, notamment au niveau de leurs fantasmes, ce qui est souvent le cas entre un homme et une femme. Ce sont deux fantasmes qui n’arrivent pas à s’emboiter.

PB : Et il y a l’autre versant, celui de l’amour, l’homme étant parti à la recherche de l’héroïne, l’ayant connu des années auparavant.

KA : ce que je trouve intéressant c’est ce retournement dans le film, que ce soit lui qui devienne le personnage romantique de l’histoire, à la fin, même s’il ne l’exprime pas. Le schéma narratif permet une révélation des personnages, dans la confrontation à l’autre, au désir, au fantasme. Chacun se révèle à soi-même, ce à quoi sert la rencontre avec l’autre. Il est le vrai amoureux du film, alors que la femme, elle, témoigne d’une certaine indifférence. Quand il s’en rend compte, il est profondément atteint.

PB : le mot d’indifférence est très juste, on ne saisit pas toujours ce qui se passe pour elle, elle semble absente parfois à cette histoire.

KA : Oui et c’est également un personnage féminin qui ne fait aucun compromis.

PB : Il y a également un « psy » très drôle dans le film, joué par Mazarine Pingeot, qu’est-ce qui vous a inspiré ce personnage ? Vous avez eu de mauvaises expériences ?

KA : Non, au contraire ! Je voulais que cette confidente permette au personnage d’exprimer ses doutes et que cela soit amusant par son usage inconsidéré du diagnostic ! Tout y passe alors que c’est beaucoup plus simple que ça. J’avais rencontré Mazarine Pingeot dans un jury il y a quelques années et nous sommes devenues amies. J’avais envie de la faire jouer depuis longtemps. C’est son premier rôle. Et il y a cet écart comique entre son sérieux et son discours à côté à chaque fois.

PB : Votre film traite de la question du couple aujourd’hui, comme les journées de l’ECF. Qu’est-ce qui vous a amené à choisir ce thème ?

KA : Je me suis dit que la question du sexe dans le couple n’était pas traitée au cinéma ou sur un mode souvent idéalisé. Dans la vie c’est plus compliqué ! Il y a des ratés, des malentendus, et on en parle jamais au cinéma. J’ai voulu faire un film qui parle de ce problème de cette rencontre physique qui ne va pas de soi. J’en ai eu la confirmation par des amies « psy » et j’aime cette idée du contact avec une réalité intime. Le cinéma ne reflète pas assez cette réalité et j’ai voulu faire un film qui témoigne de ce qu’on n’a pas l’habitude de voir, que le spectateur découvre une manière originale de montrer le couple.

PB : D’ailleurs vous mettez en avant le lien entre plaisir et langage, la façon dont les deux personnages scénarisent leur sexualité.

KA : C’est ce que je voulais filmer. Je voulais aussi montrer la sexualité d’une femme enceinte, ce qui est inédit, c’est un peu tabou, ce désir-là. Mais avant tout ce que le film montre, c’est, comme elle le dit : « j’ai envie mais pas comme toi » ! Cela pourrait être le sous-titre du film !

PB : Et bien nous conclurons sur cela !

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