Affiche AM SC 2015

« Le phénomène élémentaire est à la psychose ce que la formation de l’inconscient est à la névrose » 1. Sur un point apparemment « réduit », cette remarque de Jacques – Alain Miller donne en vérité une appréhension bien plus large de ce qui est en jeu dans notre approche de la pratique avec la psychose. C’est pourquoi la clinique des phénomènes élémentaires livre des indications précieuses sur le lien qui peut être fait entre une perspective structurale et, dans notre accueil de la parole, le souci d’y repérer et d’en « traiter » sa dimension transférentielle.

A l’égal de Freud, d’une façon différente certes, Lacan considère que le délire est un discours articulé. Aussi, les phénomènes que l’on peut qualifier d’élémentaires résultent d’une combinaison, toujours singulière, de ces « éléments premiers » ; « minimes, et plus ou moins discrets, à partir desquels le délire se construit » 2

En reprenant la notion de perception telle que Lacan la « déconstruit » magistralement dans sa « Question préliminaire », nous aurons l’occasion d’étudier comment notre clinique doit être orientée par « l’écoute » du phénomène élémentaire, c’est-à-dire par ce qui « l’extrait » d’une réalité et l’informe très utilement : nous pourrons alors en deviner l’adresse et y « mesurer » dans la psychose l’importance de la « signification personnelle ». Dans son séminaire « Les psychoses » Lacan indique que :

« … contrairement au sujet normal pour qui la réalité vient dans son assiette », le sujet psychotique « a une certitude, qui est que ce dont il s’agit – de l’hallucination à l’interprétation – le concerne. Ce n’est pas de réalité qu’il s’agit chez lui mais de certitude

(…), voilà, poursuit Lacan, ce qui constitue ce qu’on appelle, à tort ou à raison le phénomène élémentaire… »3

Mais un peu avant, en reprenant l’avancée de son Séminaire précèdent, celui consacré au moi, Lacan propose quelque chose de très simple et de frappant dans la saisie de ce qui est en jeu dans la psychose ; à savoir « …certains phénomènes élémentaires, et spécialement l’hallucination qui en est la forme la plus caractéristique, nous montrent le sujet complètement identifié à son moi avec lequel il parle, ou le moi totalement assumé sur le mode instrumental » 4.

Le phénomène élémentaire serait défini tel un paradigme du rapport que le sujet entretient avec son moi ; nous l’étudierons précisément lors de cette nouvelle année d’enseignement dans le cadre de la Section Clinique de Paris Ile-de-France.

Beatriz Vindret

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1 Miller J-A, « L’invention du délire », Le rapport sexuel au XXI siècle, La Cause freudienne, n° 70, Navarin Editeur, 2008, p. 84.

2 Miller J-A, L’invention du délire, La Cause freudienne N°70.

3 Lacan Jacques, Le Séminaire, livre III, Les psychoses, Seuil Paris, 1981, p. 88.

4 Idem, p. 23.

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