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C’est à partir de 1971, avec « Lituraterre » que J. Lacan sépare la lettre du signifiant et en fait ce qui unit par un « bord » les deux antinomies radicales que sont le signifiant et la jouissance. C’est en reprenant son « Séminaire sur  la lettre volé » qu’il affirme : « Voilà le compte bien rendu de ce qui distingue la lettre du signifiant même qu’elle emporte. En quoi ce n’est pas faire métaphore de l’épistole. Puisque le conte consiste en ce qu’y passe comme muscade le message dont la lettre y fait péripétie sans lui. »[1] D’un coté, il distingue la lettre du signifiant et de l’autre, il souligne que la lettre reste attachée au signifiant, mais en tant que ce signifiant est sans signification. Prélevée sur un signifiant sans signifié, la lettre ignore le sens et se place radicalement du coté du hors-sens de la jouissance. La Lettre appartient à la fois au champ du signifiant/savoir et au champ de la jouissance.

« La lettre n’est-elle pas …littorale plus proprement, soit figurant qu’un domaine tout entier fait pour l’autre frontière, de ce qu’ils sont étrangers, jusqu’à n’être pas réciproques ? Le bord du trou dans le savoir, voilà-t-il pas ce qu’elle dessine. »[2]

Revenant sur l’équivoque de J. Joyce « a letter, a litter, une lettre, une ordure »[3] , qu’il a déjà cité dans son Séminaire de 55 sur « La lettre volée », J. Lacan fait de la lettre un déchet en tant qu’elle est ce qui recueille la jouissance, tout en étant liée au signifiant. Entre le signifiant s’articulant pour produire du sens et l’émotion de jouissance, il y a la lettre et son effet de jouissance. C’est en rompant le signifiant et en le composant autrement que la lettre produit une satisfaction de jouer avec les mots.

Pour mettre en évidence cet effet de jouissance de la lettre, J. Lacan revient sur les deux discours qui dominent notre époque et y dénonce ce qu’ils ignorent et les effets de ce qu’ils ignorent:

Mettant en évidence que le Discours de la Science, inauguré avec Descartes, est un Discours qui se veut sans reste, il pointe les tonnes de déchets que ce discours produit : « La civilisation, […], c’est l’égout. »[4] De même, renversant le Discours Universitaire et son affirmation, via les critiques littéraires, que « la littérature soit accommodation des restes », il ramène radicalement la thèse universitaire de l’écriture littéraire comme étant originairement la transcription d’un mythe oral, à l’effet de jouissance que cette transcription produit.

En 71, avec « Lituraterre », J. Lacan pose à nouveau la question de l’ajustement du sens articulable avec la jouissance qui fait trou dans ce savoir articulé et c’est en s’enseignant de la littérature qu’il promeut la lettre comme mettant le « Savoir en échec » ce qui « ne veut pas dire échec du savoir »[5].

Nous poursuivrons notre recherche sur la lettre le Mercredi 14 Octobre à 20h30.

 

[1] J. Lacan, « Lituraterre », 1971, « Autres écrits », Ed. Seuil, 2001, p. 12.

[2] J. Lacan, « Lituraterre », Idem, p. 14.

[3] J. Lacan, « Le séminaire sur la lettre volée », 1955, « Ecrits », 1966, Ed. Seuil, p. 25.

[4] J. Lacan, « Lituraterre », Idem, p. 11.

[5] J. Lacan, « Lituraterre », Idem, p. 13.

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