Psychanalyse et Littérature

4 Mar 2016 | 0 commentaires

Compte rendu de la séance du
3 Février 2016.

C’est à l’occasion de son voyage au Japon que J. Lacan remanie et réinterprète son concept de la Lettre dont il fait un littoral entre le symbolique et le réel. Un vrai voyage, dit-il, est celui qui permet d’approcher le réel, de côtoyer son littoral, de le rencontrer. C’est à la faveur d’une nouvelle route empruntée au-dessus de la Sibérie au retour de ce voyage, qu’il assimile la Lettre à une « sibériéthique », néologisme qui renvoie à l’émergence d’une nouvelle éthique fondée sur la lettre, revivifiant l’ancien concept de l’éthique issue du Séminaire VII et peut-être atteint de glaciation du fait de l’affaiblissement du NdP et de la mise en œuvre croissante de l’automatisation et de l’évaluation.

Attentif à l’art de la calligraphie japonaise, il éprouve face à la lettre tracée ce « juste assez de jouissance », mais pas trop. Mariage de la lettre et du geste pictural singulier du calligraphe, la Lettre, entre sens et jouissance, ouvre le champ de la singularité en permettant l’écrasement de l’universel (c’est-à-dire du signifiant). Lacan note que l’écriture cursive, c’est-à-dire occidentale, élide la singularité du trait. La calligraphie japonaise permet en effet d’habiter (J. Lacan parle de « demansion » qui signifie demeure) le signifiant avec une part de jouissance (a) capable de faire ainsi barrage à l’angoisse que provoquerait le surgissement de la Chose. Quand le sujet n’est plus représenté dans l’Autre, quand il ne peut plus s’y aliéner, il peut prendre appui sur la Lettre comme réservoir de sa part de jouissance (a). C’est dans les nuages du sens, c’est-à-dire dans le signifiant que la lettre fait trou où surgit l’énigme de la jouissance (a) et qu’elle trace un littoral bordant l’effet de sens S2.

Philippe Ain

Avec «Lituraterre », Lacan établit la Lettre comme littoral qui sépare les deux domaines radicalement hétérogènes du sens et de la jouissance. La lettre n’a pas le pouvoir d’équivoque et de polyphonie du signifiant. Elle ne signifie pas. Elle exclut le signifiant et son sens. Elle y fait trou, trou où elle accueille l’objet plus-de-jouir (a). La Lettre distingue cette part de jouissance (a) et l’effet de sens du signifiant articulé. Elle trace un bord entre les deux. Elle est cette opération d’une trace qui ne signifie pas mais loge un peu de libido qui permet de supporter le trou dans l’Autre qui angoisse. La Lettre accueille la jouissance, devient trace de jouissance sans signifié et protège de l’angoisse de ne pas être représenté dans l’Autre. Avec l’opération de la Lettre et son usage, se constitue un littoral entre le sens et la jouissance propre à faire barrage à l’angoisse d’une jouissance sans limite.

Marie-Christine Baillehache

Prochaine rencontre
mercredi 6 avril 2016

Dessin de Valère Novarina, « Mac Norton ». Ce dessin est tiré de l’exposition « 2587 Personnages et 311 définitions de Dieu. », 1983, La Rochelles. « Le Nom du personnage impulse le trait du personnage. », citation de Valère Novarina.

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