Psynéma

1 Avr 2016 | 0 commentaires

Compte rendu de la séance du
19 Mars 2016.

Lors de la séance du 19 mars dernier, le Vecteur Psynéma a poursuivi son « exploration » autour de la question du corps chez Lacan, qui est le thème mis au travail pour l’année 2016 par ce Vecteur. Nous nous sommes appuyés, lors de notre réunion, sur ce qu’en dit Lacan dans le Séminaire livre IX, L’Identification.

Le Vecteur a donc exploré la séance du 28 février 1962 et nous pouvons dire que le terme « exploration », qui n’est pas sans évoquer en tout un chacun des images aventureuses voire intergalactiques, par ailleurs très présentes dans le cinéma contemporain, tombe vraiment ab hoc !

En effet, après avoir introduit la question du corps à partir de la fonction de la douleur et avoir mis en opposition l’esthétique kantienne avec ce qu’en dit Freud, Lacan donc s’arrête sur un fait d’actualité de ces années ’60 : les premiers vols de l’Homme dans l’espace. Un astronaute américain, Glenn, se trouve contraint de sortir de sa navette spatiale, en avarie, pour effectuer une réparation manuelle. Le voilà donc, cet héros des temps modernes, suspendu dans le vide sidéral, effectuer sa manœuvre et y parvenir à bien grâce à son lien maintenu avec la voix de l’Autre qui le guide (les scientifiques) ainsi que les appareillages de la science mis à l’œuvre pour l’occasion.

Karim Bordeau, qui en a donné une lecture éclairante et détaillée, a montré les anticipations lacaniennes du séminaire IX concernant la fonction de l’objet a, prélude au développement de l’année suivante, dans son séminaire sur L’angoisse. Ce qui est en jeu ici, n’est plus l’image du corps mais cet objet extérieur et non spéculaire : l’objet a.

Lacan précise :
“Voici donc ce corps devenu si je puis dire, une sorte de mollusque, mais arraché à son implantation végétative. Cette carapace devient une garantie si dominante du maintien de cette solidarité, de cette unité, qu’on n’est pas loin de saisir que c’est en elle en fin de compte qu’elle consiste, qu’on voit là, en une sorte de relation extériorisée de la fonction de cette unité, comme véritable contenant de ce qu’on peut appeler la pulpe vivante.”

Le corps de Glenn flottant dans l’espace mais relié à l’icelle, tel un corps détaché du vaisseau constitue pour Lacan l’objet détaché du corps. C’est ça qui fait corps pour lui. Le corps, il l’extériorise. Ce n’est pas l’image du corps justement. Donc son corps consiste dans ce qui l’enveloppe quasiment. C’est l’appareillage symbolique qui autour de lui le maintient dans sa consistance corporelle. Dans cette leçon Lacan introduit ainsi le corps non plus comme image mais comme tore.

Cela nous a conduit à parler d’une série de films illustrant merveilleusement cela, comme Drive de Nicolas W. Refn, sorti en 2011 (pour le Driver, c’est sa voiture qui fait corps, car fond amentalement il n’en a pas) ou encore Christine, de John Carpenter. Dans ce film, petite perle des années 80, une Plymouth Fury de 1958, rouge sang, bien déglinguée, tape dans l’œil du jeune Arnie Cunningham, adolescent renfermé et peu curieux de l’autre sexe. Décidé, il acquiert “la ex-rutilante bagnole”, quasi une épave et il s’acharne sur elle pour lui redonne de son ancienne splendeur. Le bolide rouge renaît de ses cendres pour une sorte de mariage exclusif car la belle ne peut supporter aucune rivale, surtout si la fille est charmante et “bien roulée”.

Karim Bordeau a souligné un trait essentiel de ce film: Christine n’est pas un objet phallique, c’est un objet a ; produit de l’industrie de Detroit, elle a un côté objet a tout à fait singulier. Elle est vivante et le metteur en scène, loin de faire de la psychologie à deux sous, nous laisse là-dessus sans explications. Dans les années 80 on a tous ces films nouveaux où il y a plein d’objets, les uns plus maléfiques que les autres, vivants presque et tout à fait autonomes.

Lors de la prochaine séance, nous poursuivrons la lecture du Séminaire IX (séances du 7 et 14 mars 1962), sur le tore et le corps. Pourquoi Lacan en vient-il à représenter le corps, sa consistance mentale, à l’aide du tore ?

Nous regarderons également des extraits de films : Predator (1987) de J. McTiernan et Christine (1983) de J. Carpenter, dont on a déjà amplement parlé dans la séance du mois de mars.

Le programme est riche ! Tous ceux qui sont intéressés par le travail du vecteur peuvent se joindre à nous. Il suffit de contacter l’un des deux responsables du vecteur Psynéma :
Karim Bordeau
tél : 06 07 23 39 29 – karimbordeau@orange.fr
Elisabetta MILAN
tél : 06 82 46 00 97 – elisabetta.milan@yahoo.fr

N’hésitez pas à nous appeler directement pour tout renseignement.

Prochaine rencontre
samedi 9 avril 2016
à 17h

au 17 rue Baudoin
Paris 13e

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