Champ-Contrechamp-Hors champ

Du mépris à la méprise du regard

Samedi 22 octobre 2016
à 11h

Projection & Débats
à propos du film « Le mépris » de Jean-Luc Godard.
Laurent Dupont, psychanalyste membre de l’École de la Cause freudienne sera notre invité.
Rencontre animée par Nouria Gründler & Camilo Ramirez.

« Dans notre rapport aux choses, tel qu’il est constitué par la voie de la vision, et ordonné dans les figures de la représentation, quelque chose glisse, passe, se transmet, d’étage en étage, pour y être toujours à quelque degré éludé – c’est ça qui s’appelle le regard. », nous indique Jacques Lacan dans son Séminaire XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse (p. 70). Cette matinée organisée par le Vecteur Champ-Contrechamp avec le participation de Laurent Dupont, directeur des 46es Journées de l’École de la cause freudienne, sera l’occasion de préciser, d’élucider ce que nous nommons après lui l’objet regard, à partir du cinéma de Jean-Luc Godard. Le son et l’image forment le couple sur lequel le cinéaste fonde son art. Il bouleverse dans ses films tous les codes du cinéma, ses cent-trois films et ses écrits en témoignent.

Nous pouvons schématiquement résumer ainsi son travail de l’image : créer l’invisible dans le visible.

Pour lui, scénario et vision sont du côté des simulacres, des corps, des objets, des artefacts ; son art naît là où les idées font défaut aux images. Et c’est là qu’émerge le regard.

Si la trame du roman éponyme d’Alberto Moravia laisse place à l’idée d’un scénario qui suivrait une psychologie des personnages, la distance qui s’introduit entre les deux partenaires d’un couple, les interrogations du partenaire masculin, face à une femme qui semble ne pas s’interroger, vivre simplement les choses, le film Le Mépris ne nous donne pas à comprendre l’histoire de ce couple, il n’interroge pas les coordonnées de cette distance qui s’instaure.

En agrandissant presque au rythme ou à la vitesse d’un battement de paupières un point, un petit espace entre un homme et une femme, en ciselant avec génie l’image entre deux plans, J.-L. Godard introduit une disjonction presque imperceptible entre œil et regard, et un renversement des sentiments se produit, de la méprise au mépris

Le Mépris s’ouvre sur une phrase attribuée par Godard à André Bazin : « Le cinéma substitue à nos regards un monde qui s’accorde à nos désirs. » Cette citation est en réalité de Michel Mourlet dans un article intitulé « Sur un art ignoré » paru en 1959 dans les Cahiers du cinéma n° 98 et elle est légèrement différente : « Le cinéma est un regard qui se substitue au nôtre pour nous donner un monde accordé à nos désirs. » Nous pourrons la mettre en tension avec cette affirmation de Jacques-Alain Miller citant le Séminaire de Lacan L’Éthique de la psychanalyse : « Dans la phrase “Ce que je regarde n’est jamais ce que je veux voir”, le verbe “regarder” est en fait du côté de l’œil, et le regard du côté de ce que je veux voir. Il s’agit d’un œil animé du désir de percer le voile. »

Objet regard, manque, désir – désirs –, voile, donc. Mais il y a un autre personnage dans le film, une sorte de Plus-Un dans cette représentation singulière d’un cartel, Fritz Lang s’incarnant lui-même avec lequel l’un des protagonistes masculins converse au sujet d’Ulysse. Ici s’introduit peut-être une autre dimension, morale ou éthique, à laquelle nous nous devrons d’être attentifs.

Nouria Gründler & Thérèse Petitpierre

Cinéma Le SAINT-ANDRÉ DES ARTS
30, Rue Saint-André des Arts, 75006 Paris

CINÉMA LE SAINT-ANDRÉ DES ARTS

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