Éclats de Paris

Ludwig un roi sur la lune

par Ariane Chottin

Mise en scène Madeleine Louarn, texte Frédéric Vossier, collaboration artistique Jean-François Auguste, dramaturgie Pierre Chevallier, chorégraphie Loïc Touzé & Agnieszka Ryszkiewicz, musique Rodolphe Burger, avec Julien Perraudeau et les comédiens de l’atelier Catalyse.

À l’heure de la mobilisation qui nous rassemble se donne au Théâtre Gérard Philippe de St Denis, Ludwig un roi sur la lune. Et ce spectacle nous regarde.

Ce spectacle rassemble des musiciens et des acteurs hors du commun. Hors du commun c’est l’expression consacrée pour dire l’exceptionnel. Ce qu’ils sont. Mais plus encore ici, l’hors du commun désigne un espace où création musicale et création théâtrale dans la rencontre des corps, des voix, des notes nous invitent au sens fort à une re-présentation. Car chacune des représentations de cette pièce jouée l’été passé à Avignon est une première fois. L’atelier Catalyse fondé par Madeleine Louarn en 1984 réunit des acteurs handicapés mentaux et autistes qui ont déjà interprété Shakespeare, Beckett, Lewis Caroll, Daniil Harms, Ribemont-Dessaignes, Armand Robin, Luzel, Aristophane…

et ce sont eux qui jouent pour nous Ludwig, un roi sur la lune.

La pièce repend des fragments de l’histoire de Louis II de Bavière, un roi romantique et fou, enfantin, « sur la lune », épris d’art et de Wagner.

De l’écriture, de la danse, de la musique, mais encore des costumes, des fleurs, des chapeaux, des rythmes, des ombres, des riens, les comédiens de Catalyse s’emparent jour après jour. Et sur scène, leur jeu nous emporte vers une autre scène. Une scène d’inventions vibrantes que d’aucuns voudraient en ce moment faire taire, une scène habitée de leurs présences qui nous réveillent, une scène où se borde le déséquilibre quand il tend vers la chute sans jamais y tomber, la fragilité quand elle tend vers le bris sans jamais se rompre, la voix quand elle fond dans la bouche sans disparaître, les gestes quand ils défont le tracé des mouvements.

Leur jeu nous entraîne un pas plus loin, loin des syntaxes pauvres de ce qui serait en place. Madeleine Louarn sait veiller à ce que la mise en scène fasse place justement à la chose connue quand elle est excédée par l’inconnu qui s’y trouve, au sens quand il est traversé d’un hors sens qui l’illumine. Et c’est ce pas plus loin que la musique de Rodolphe Burger épouse chaque soir. Ce qui exige d’être là. Là pour eux, à chaque re-présentation. Pas d’enregistrement. La musique jouée ouvre ses plis aux corps des comédiens et de la comédienne qui jouent avec elle. Car ici s’il y a un nécessaire réglage technique (si fin) – du plateau, des décors, des entrées et sorties, des lumières, du son, des instruments– tout est emporté par ce dé-réglage du vivant dont la persistance émeut qui sait être à son rendez-vous.

[Y viendrez-vous M Fasquelle?]
La pièce sera jouée à Fouesnant, Orléans, Grenoble, Morlaix Grenoble et Brest.

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Ludwig, un roi sur la lune

Ariane Chottin

 

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