Psynéma, « De l’ombre à la lettre »

 

Prochaine réunion, le 8 décembre 2018 à 15h, chez Carole Herrmann. Nous regarderons le film en question plan par plan afin de préparer au mieux notre ciné-débat qui aura lieu le 19 janvier 2019 au Patronage Laïques Jules Vallès à 14H. Le film sera projeté dans son intégralité et suivi d’un débat jusqu’à 18h.

De l’ombre à la lettre

La dernière séance de Psynéma a été consacrée au film Shadow of a Doubt d’Alfred Hitchcock. Notre débat s’est noué pour l’essentiel – à partir de références textuelles très précises – autour de l’ombre et de la lettre comme objet a. Dans son écrit sur La lettre volée Lacan parle en effet de « la proie de l’ombre » projetée par la lettre, ombre que devient le sujet dès qu’il la possède – avec ce renversement topologique qu’il en est possédé. Ce que Freud formulait à sa façon en disant que le sujet, dans la répétition, est comme assujetti à une sorte de « malédiction » en s’aveuglant dans sa propre lumière, oubliant qu’il s’est forgé son propre destin. Cette question de l’ombre de l’objet on la retrouve dans l’enseignement de Lacan de façon récurrente : par exemple dans Le Séminaire VI Le désir et son interprétation, avec Hamlet, dans Le Séminaire VIII Le transfert, avec Pindare, dans Le Séminaire XVIII D’un discours qui ne serait pas du semblant, avec un retour décisif sur la lettre volée. Dans les Autres écrits il y a quelques passages importants sur l’ombre, la lettre et l’objet comme déchet, dans les textes Lituraterre et La méprise du sujet supposé savoir : la lumière, transfixant le sujet à sa jouissance, vient à masquer l’ombre de l’objet dont le sujet est la proie ; le psychanalyste comme objet a opère à cet égard une coupure maximale entre le a et le I de l’Idéal d’une jouissance unaire, supposée unifiante entre Dieu le Père et sa créature – coupure à contre-pente des utopies modernes promouvant un sacrifice de nouvel aloi liant religion et science. Lacan a donc relu le texte de Freud Deuil et Mélancolie, où il est question en effet de l’ombre, de l’objet et du sacrifice, en lui donnant des inflexions topologiques remarquables. Hitchcock nous transporte au coeur de cette problématique. Karim Bordeau