Sinthomes et délires avec les toxiques

Nous avons l’habitude, avec Freud, de considérer le délire comme une « tentative de guérison ». Lacan a, quant à lui, généralisé cette « solution » avec son fameux « tout le monde délire ». Mais ce n’est pas parce que tout le monde parle de ce qui n’existe pas, mais plutôt que tout le monde parle autour d’un « vide central », qui « ek-siste » et qui est le réel de la vie. Et puis il y a des génies, des créateurs. Sont-ils des délirants comme les autres ? Certes pas car si tout le monde délire, presque personne ne crée. Le névrosé se prélasse et jouit de son masochisme à l’abri de son fantasme, ledit pervers s’anime dans sa pantomime, tandis que le psychotique n’a d’autre issue, face à l’effondrement du monde et de son corps, que de reconstruire sans relâche le monde : contestataire, objecteur, réformateur, législateur, inventeur, révolutionnaire, artiste… Ou tout cela ensemble. Et c’est ainsi qu’un sujet se réinvente, et s’invente même, lorsqu’il peut ainsi échapper à un destin primitif tragique et s’élever, comme génie, au rang de ceux dont le nom s’inscrit dans l’histoire des siècles. Un nom nouveau, un Nom qui noue le symptôme au social, en l’élevant au rang de symptôme qu’il est, ce que Lacan a conceptualisé comme : le sinthome. Mais s’il n’y a pas d’humanité sans psychose, il n’y a pas non plus d’humanité sans toxiques. Et bien souvent : pas de génie sans toxiques. Folie ou création, délire ou sinthome, ne suffisent souvent pas à prémunir contre les dérivatifs artifciels. Nous en examinerons deux occurrences chez un délirant fumeur de cannabis et chez Marguerite Duras. Pierre Sidon

Fumeur ordinaire, psychose extraordinaire
par Richard Bonnaud

À-partir d’une consultation « ordinaire » d’un fumeur de cannabis comment nous découvrons  une construction délirante  complexe chez un sujet. La question sexuelle est au premier plan.

« Une putain d’elle-même »
par Stéphanie Lavigne

« (…) Le seul avantage qu’un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position (…) c’est de se rappeler avec Freud qu’en sa matière, l’artiste toujours le précède »(…).(1)

C’est donc à partir de cette phrase que nous approcherons la logique de Marguerite Duras. C’est-à-dire comme une œuvre d’art, sans prétendre analyser le sujet Marguerite Donnadieu, car DURAS n’est-elle pas une création de Marguerite Donnadieu ? Comme l’écrit Laure Adler « Elle a édifié elle-même sa propre statue » (2)

(1) Lacan J., « Hommage fait à Marguerite Duras, du ravissement de Lol V. Stein », Autres écrits, Paris, Seuil, coll. Champ Freudien, 2001, p. 192.

(2) Adler L., « Marguerite Duras », Gallimard 1998, p.15