Rencontre entre un écrivain et une psychanalyste…

Sans point à la ligne !
Par Stéphanie Lavigne

Après avoir fait des études littéraires en hypokhâgne et khâgne, Joseph Ponthus choisit le métier d’éducateur spécialisé qu’il exercera en région parisienne pendant plusieurs années. L’écriture lui tient au corps et il publiera dès 2012 Nous la cité(1), résultat d’un atelier d’écriture.

Lorsque l’amour le percute, il part en Bretagne. Il rencontre alors l’usine où il travaille comme ouvrier à ligne. Les bulots, les langoustes, le tofu, puis les abattoirs deviendront ses partenaires.

Le premier roman de J. Ponthus, A la ligne, feuillets d’usine(2), n’est-il pas un livre sur le corps de l’être parlant(3) ? A la rencontre du réel, il est question de la chair, des viscères de bœuf, de la douleur du corps, de l’épuisement, de l’angoisse, de la solitude – aussi bien la sienne que celle des ouvriers d’usine. « Tirer tracter trier porter soulever peser ranger »(4). Gestes automatiques, répétés maintes fois à la ligne. L’usine replonge l’auteur dans l’écriture, elle se rappelle à lui, elle le rattrape. De ces morceaux, de ces déchets, Ponthus effectue une transformation artistique.

« A la ligne », c’est surtout le choix d’écriture de J. Ponthus. Sa non ponctuation donne le rythme de lecture, les phrases sont tranchées, coupées. Il hache la langue et crée une singularité de forme incomparable. Il ne s’agit pas d’un témoignage, mais d’une littérature poétique qui permet de cerner des bouts de réel.

L’Envers de Paris vous invite à une conversation avec Joseph Ponthus et Bénédicte Jullien, psychanalyste membre de l’École de La Cause freudienne. Cette rencontre aura lieu le mercredi 11 décembre 2019 à 20h, librairie Les Arpenteurs, 9 rue Choron, 75009 Paris.

 

(1) Ben Bella R., Érambert S., Lakhéchène R., Philibert A., Ponthus J., Nous… la cité. On est partis de rien et on a fait un livre. Paris, La Découverte, 2012, coll. « Zones ».

(2) Ponthus J., A la ligne, feuillets d’usine, Paris, La table ronde, 2019.

(3) « Le réel, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient. » in Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, Paris, Le Seuil, 1974, p. 118.

(4) Ponthus J., A la ligne, feuillets d’usine, Paris, La table ronde, 2019, p.16.