Collège freudien

Sept stages de 6 jours sur tout ce qui concerne la psychanalyse : concepts, histoire, technique, pratique, structures cliniques, connexions.

L’enseignement au Collège freudien pour la formation permanente a-t-il quelque chose de spécifique ? Il a de spécifique ce qui est particulier à l’enseignement de la psychanalyse. Au Collège, comme ailleurs dans le Champ freudien, domine un désir de transmission, avec ce paradoxe propre à l’enseignement de la psychanalyse d’être à cheval entre le discours de l’Université et le discours de l’Analyste.

Cet enseignement inclut en lui-même un facteur majeur et insaisissable : le rapport de l’enseignant à l’inconscient. Aussi se compose-t-il d’un assemblage entre les nécessités de la pédagogie et l’impact de l’inconscient. Si le nouage est réussi, alors seulement l’inconscient de l’enseigné aura une chance d’être touché, et on pourra parler de transmission de la psychanalyse.
Depuis sa création, le Collège freudien a été inscrit dans le cadre public, celui de la Formation permanente. Il était un précurseur, revendiquant la place de la psychanalyse dans la formation professionnelle, à côté des formations techniques. Il fut un des paris de Lacan, celui d’introduire la psychanalyse là où on ne l’attendait pas, ce que celui-ci avait déjà fait cinq ans plus tôt, en 1974, en refondant le Département de psychanalyse, puis en créant sa Section clinique pour débattre avec la psychiatrie. Il sortait la psychanalyse de la sphère privée dans laquelle on l’avait cantonnée depuis toujours. Il l’imposait dans l’université, dans l’hôpital psychiatrique et dans la formation permanente, pour aller à la rencontre de ceux qui voulaient savoir.
Désigné clairement comme étant un collège d’enseignement, le Collège freudien propose aux travailleurs de la Santé mentale de suivre une semaine entière des conférences sur un seul thème. Un groupe d’enseignants permanents en assure l’armature pédagogique, à laquelle des intervenants s’associent à chaque session. Une quinzaine d’interventions se succèdent en six jours et, pourtant, une véritable unité se dégage. Cela tient à l’orientation décidée du Collège pour l’œuvre de Freud et l’enseignement de Lacan, ainsi qu’à l’adhésion des enseignants au Champ freudien et, en particulier, à l’Ecole de la Cause freudienne.
Cette position du Collège freudien n’est pas doctrinale, pas même théorique, pas non plus militante – elle est éthique. Ceux qui acceptent d’y enseigner le font par conviction. Les témoignages des stagiaires sont constants, notant que chaque enseignant semble parler avant tout à partir de ses préoccupations théoriques, de ses découvertes, de ses embarras, voire de ses impasses. Ici aussi,  » on y enseigne à ses risques « . Les intervenants ont leur libre arbitre, ce qui étonne parfois certains stagiaires, qui aimeraient voir les concepts introduits progressivement, conférence après conférence, de façon à former un tout coordonné. Mais si nous ne procédons pas ainsi, ce n’est pas par goût pour les choses compliquées. L’objet de notre étude est un furet qui se dérobe quand notre théorie cherche à l’emprisonner. On croit le saisir ici, on le retrouve là : l’inconscient n’est pas un animal domestique. Ce faisant, cela donne lieu à un florilège de points de vue appréciés pour leur rigueur, mais aussi pour leur diversité, leur foisonnement et leur esprit d’invention.
On ne recule pas pour autant au Collège freudien devant la pédagogie : nous avons à faire connaître les concepts fondamentaux de la psychanalyse. Pour ce faire, nous nous heurtons à la particularité de la psychanalyse d’être une théorie basée sur une pratique. Elle fonde ses concepts sur la clinique ordinaire du psychanalyste, et c’est d’ailleurs pour cette raison que Lacan a eu l’idée de s’adresser aux cliniciens de la Santé mentale. Ceux-ci ont besoin de vérifier que leur propre pratique peut se fonder. Ainsi, le Collège est l’offre que des psychanalystes font d’éclairer la pratique de la maladie mentale en institution à partir de leur propre clinique analytique.
De plus en plus, ce projet initial devient un enjeu, pour nous tous. Ce qui se fait au Collège freudien intéresse l’ensemble des  » praticiens de la parole « , psychiatres, psychologues, psychothérapeutes, et psychanalystes bien sûr. Il doit faire la preuve que la psychanalyse sait y faire avec le symptôme. C’est pourquoi l’accent est toujours mis sur les exemples cliniques. La pédagogie s’en trouve subvertie. On y voit que la psychanalyse n’est pas une doctrine. La clinique est une affaire d’interprétation, au sens fort du terme : elle est toujours susceptible de remettre en cause les notions classiques. Le cas interroge le concept, lui retire sa valeur universelle. Il s’ensuit un réajustement parfois heureux, parfois forcé, parfois déconcertant.
L’enseignement, au Collège met en évidence l’écart entre théorie et pratique, mais aussi bien leur solidarité indispensable. Aujourd’hui plus qu’hier, le Collège freudien anime une réflexion d’autant plus cruciale qu’elle est devenue rare dans les institutions. Chaque praticien peut y découvrir que son acte s’éclaire de son rapport à l’inconscient et au savoir. L’empirisme de son expérience nécessite la rigueur de sa référence.

Dominique Miller

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