l'Envers de Paris https://enversdeparis.org Site de l'Association de l'Envers de Paris Fri, 17 Jan 2020 10:40:50 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.13 https://enversdeparis.org/wp-content/uploads/2017/10/cropped-Logo-lenvers-bleu-0000ff-carre-32x32.png l'Envers de Paris https://enversdeparis.org 32 32 Lalalangue, prenez et mangez-en tous https://enversdeparis.org/2020/01/14/lalalangue/ Tue, 14 Jan 2020 10:16:18 +0000 https://enversdeparis.org/?p=12961

Frédérique Voruz est comédienne. Lalalangue est son œuvre dont Ariane Mnouchkine, fondatrice du Théâtre du Soleil qui l’accueille, a nommé « Une confession héroïque ». C’est un seule en scène autobiographique, le récit d’une analyse sous forme de spectacle, l’exposé d’un trauma et des symptômes d’une enfant qui se reconstruit grâce à la psychanalyse, et surtout grâce au personnage de la psychanalyste, qui fait irruption tout au long du spectacle pour le ponctuer de ses saisissantes interprétations. Il y est parlé du langage familial et du poids des mots. 

 Le collectif Théâtre et psychanalyse de L’Envers de Paris vous invite à une rencontre à l’issue de la représentation de Lalalangue le dimanche 9 février à 16h avec Frédérique Voruz et Nathalie Jaudel, psychanalyste, membre de l’ECF.

 Informations de réservation sur l’affiche. Philippe Benichou

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Usage du rêve Usage du sinthome https://enversdeparis.org/2020/01/12/usage-du-reve-usage-du-sinthome/ Sun, 12 Jan 2020 10:12:57 +0000 https://enversdeparis.org/?p=12936
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Le corps pas sans la psychanalyse… https://enversdeparis.org/2020/01/12/le-corps-pas-sans-la-psychanalyse-4/ Sun, 12 Jan 2020 09:51:40 +0000 https://enversdeparis.org/?p=12928

La femme Paul B. Preciado
par Maro Rumen-Doucoure 

C’est par analogie avec la façon dont il habite le monde que Paul B. Preciado expose la façon dont il habite son corps. Il indique qu’il lui est « difficile de décider d’un lieu où vivre dans le monde »(1). Son rapport à l’errance dans le voyage pointe une dimension volatile de son être : le changement d’état n’est qu’à un pas. Cette volatilité est soulignée par sa recherche d’un appartement sur Uranus, une planète gazeuse … elle s’articule à la contingence de l’être de façon éminemment subjective chez lui : il avance : « Vous êtes peut-être ceci mais […] vous pouvez aussi bien être tout autre chose »(2). Il donne de la consistance à son expression corps vivant en tentant de le lester par un tourbillon de sensations, à défaut de pouvoir faire consister le sujet volatil, et ainsi de déterminer quel est son être. Dans cette perspective, il insiste sur la contingence du lien entre le sexe et la personne, et rejette la « machine baroque administrative qui produit la vérité du sexe »(3). Ce n’est ni dans son nom ni dans son sexe qu’il fonde son identité subjective.

Il a un « corps trans », selon son expression, mais qu’est-il ? A l’image de son rapport au lieu où vivre, la maison et le corps sont des moyens : avoir un corps est ici un moyen d’être. La problématique de l’incarnation du corps lui permet de déterminer ce qui pour lui fait ancrage, comme bouchon du manque à être. Preciado ancre son corps en niant la différence des sexes telle qu’elle est acceptée par la société contemporaine. Selon lui, son corps n’est ni homme ni femme, il fait ainsi consister corporellement, dans le réel, sa subjectivité et son être.

Quand il avance qu’il n’a ni âme ni corps, la radicalité de ses propos met en lumière l’impossible rencontre des corps, qu’il élude par la mise en exergue de l’évanescence de son corps à lui, et au delà il encourage les autres à faire de même. Il se nomme fugitif de la sexualité, il tente de s’échapper, d’échapper à l’impossible de la rencontre. Ce ni homme ni femme désigne, chez lui, ce qui peut faire exister le rapport sexuel.

Preciado dit s’être construit en dehors de la binarité sexuelle : sa négation de la différence des sexes est basée sur une théorisation du pouvoir et du capitalisme. Ainsi la dialectique homme-femme est selon lui un moyen de dire et d’organiser les rapports de pouvoir, et il fait de son corps le lieu de sa lutte, en étant ni homme ni femme. « Les hommes et les femmes ne sont rien d’autre que les fictions politiques qui résultent de cette asymétrie »(4). Pour cette raison, la distinction homme-femme ne serait pas pertinente, et son corps trans – il ne parle pas de transsexualité le concernant – est le moyen de dire son engagement dans cette lutte contre ces rapports de pouvoir.

Si la différence des sexes est le marqueur de la castration, cette négation de la différence des sexes, qui est un acte politique pour le sujet, est avant tout un acte psychique, tentative de solution pour le sujet confronté à la castration. Ses théorisations lui permettent de consister par la jouissance de son corps hors sexe.

« Il faut imaginer une sexualité sans hétéros et homos, sans hommes et sans femmes »(5). Il tente de définir les lois d’une nouvelle grammaire du désir sexuel, mais cette nouvelle grammaire régissant les relations entre les sujets reste une fiction. Comme il le soutient, homme et femme sont des fictions politiques, mais le rapport n’existe qu’en fiction, que ce soit celle-ci ou une autre. Son corps trans, dans ce qu’il tente de circonscrire comme réel du corps, n’élude pas pour autant sa dimension de fiction pour le sujet et pour l’autre, n’évide pas les fictions (fantasmes) des sujets qui tentent de se rencontrer pour pallier le rapport sexuel qui n’existe pas.

Ne cessant de bâtir la fiction de son sexe, même s’il le fait par la négative, Preciado adopte une position psychique éminemment féminine de la femme pas-toute. Son corps trans est une figure subjective de la femme, car la femme c’est l’autre sexe ; or ce qu’il revendique est aussi une forme d’autre sexe. Sachant qu’il est impossible d’être la femme, il devient une femme-corps-trans, c’est ainsi qu’il crée sa fiction. Cette dernière doit lui permettre d’échapper aux souvenirs douloureux qu’il lie à son sexe féminin : « je veux me faire opérer de l’embarras, […] je veux me faire opérer du regard inquisiteur de la norme »(6). Toutefois, un changement de sexe le laisse cependant en rapport avec la norme, car il ne peut pas parler de son exil sexuel en dehors des signifiants homme et femme. Il n’échappe pas aux signifiants qui régissent les rapports, et qui parlent le non rapport sexuel.

Il décide de se nommer Paul, mais de conserver en deuxième prénom le B. de Beatriz. D’une femme qu’il a été, au corps trans qu’il est. De Beatriz à Paul. Mais B et P semblent être la même lettre à laquelle une boucle est ajoutée ou retirée. Tentative d’ancrer la castration dans son corps pour pouvoir être, et être en relation ? Paul B. Preciado le dit : « Pour moi un homme trans fait partie de la minorité des femmes »(7).

(1) Chronique Interzone, Libération du 1er juin 2018.

(2) Chronique Interzone, Libération du 23 novembre 2018.

(3) « La destruction fut ma Beatriz », 25 novembre 2016.

(4) Interview, Libération du 20 juillet 2018.

(5) Ibid.

(6) Article Libération du 2 novembre 2018.

(7) Ibid.

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Collectif Théâtre & Psychanalyse https://enversdeparis.org/2020/01/09/collectif-theatre-psychanalyse-4/ Thu, 09 Jan 2020 11:24:12 +0000 https://enversdeparis.org/?p=12913
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Projection / débat Psynéma https://enversdeparis.org/2020/01/07/projection-debat-psynema/ Tue, 07 Jan 2020 00:24:28 +0000 https://enversdeparis.org/?p=12889
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Le Seminario Latino https://enversdeparis.org/2020/01/06/le-seminario-latino/ Mon, 06 Jan 2020 17:50:11 +0000 https://enversdeparis.org/?p=12874

Dans le cadre de son cycle « Science et psychanalyse », le Seminario Latino de Paris propose une soirée, cette fois-ci en espagnol, ouverte au public autour du thème Clínica contemporánea entre la adolescencia y los trastornos alimentarios. Damasia Amadeo de Freda interviendra à propos de « Nuevos síntomas: Bullying, Ni-Ni y cutting en los adolescentes » et Domenico Cosenza parlera sur « La comida y el inconsciente ». Soirée animée par Patrick Almeida> et Soledad Peñafiel. Le mercredi 22 janvier à 21h, à la Maison de l’Amérique Latine, Paris.

 

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Vecteur Lectures Freudiennes https://enversdeparis.org/2020/01/03/vecteur-lectures-freudiennes/ Fri, 03 Jan 2020 11:39:09 +0000 https://enversdeparis.org/?p=12855

Nous poursuivons la lecture et la traduction du texte de Sigmund Freud Psychologische Ergänzung zur Traumlehre –  Complément métapsychologique à la doctrine du rêve -, rédigé en 1916.

La question posée dans le paragraphe que nous avons élaboré le 3 décembre est celle de l’intérieur et de l’extérieur. Dans le système de la conscience, Cs (P) l’investissement vient normalement de l’extérieur. S’il vient de l’intérieur une action musculaire ne fait pas disparaître la perception, elle n’est pas réelle. Elle est hallucinée. Une perception qu’une action musculaire fait disparaître est une perception extérieure. Ceci est  l’épreuve de réalité.

Notre prochaine rencontre aura lieu le 6 janvier 2020 à 21 heures chez Susanne Hommel>

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Littérature & psychanalyse https://enversdeparis.org/2019/12/26/litterature-psychanalyse-4/ Thu, 26 Dec 2019 11:20:15 +0000 https://enversdeparis.org/?p=12827

Nina Bouraoui : des pensées pas-folles-du-tout
par Marie-Christine Baillehache

 « Je viens vous voir parce que j’ai des mauvaises pensées. […] Les mauvaises pensées se fixent aux corps des gens que j’aime, ou aux corps des gens que je désire, je me dis que l’histoire des tueurs commence ainsi […], j’ai si peur que mon crime arrive ainsi, dans un demi-songe, dans un état où je ne contrôlerais plus rien. »(1)

C’est avec ces mots qui lient l’amour, le désir et une jouissance de mort irrépressible et débordante que Nina Bouraoui commence son roman Mes mauvaises pensées. Ecrivain confirmé par déjà sept romans et deux Prix littéraires, elle y écrit le parcours de sa cure analytique et de ses effets sur son écriture littéraire. Consentant, dans sa cure, à se faire docile à l’énigme du silence de son analyste, elle retrouve « la spirale des mots »(2) dans le même temps où elle empreinte la voie de son désir qui n’est pas « juste un désir du corps mais aussi un désir de vivre. »(3)

Ce nouveau rapport à sa parole où se sont introduits un silence énigmatique et un mouvement vivant  « Vous êtes silencieuse », dit-elle à son analyste, « c’est vers ce silence que je dois aller »(4), écrit-elle – renouvelle radicalement son écriture littéraire. Elle abandonne l’ « écriture blanche »(5) de la belle forme impersonnelle et se voulant sans faille qui jusque là défendait sa « peur de déstructurer [son] langage »(6) et engage son écriture sur la voie métonymique. Son roman de 2005 Mes mauvaises pensées, en mettant à l’œuvre la forme littéraire métonymique appropriée à sa parole associative sous transfert effectue ce tournant décisif dans son écriture en l’obligeant, désormais,  à s’y « tenir au plus près »(7) du réel.

« Pour être » 

« Je souffre d’écrire sur la mort, je ne peux pas écrire sur la sexualité, les deux sujets me semblent tenir sur la même ligne. Je n’ai pas honte de la sexualité, j’ai peut-être honte de la jouissance. »(8)

C’est  sa propre jouissance de mort que N. Bouraoui vient questionner dans sa cure. Au-delà de son symptôme de honte qui la satisfait et l’interdit, cette jouissance en trop la renvoie à sa question, peut-être, sur son être, sur son peu d’être. Parce qu’elle n’y répond pas, elle en appelle à la parole associative sous transfert. Elle y trouve la métonymie mettant en jeu ce que Lacan nomme son « pour être »(9). Cet enjeu de la manifestation de son être menacé par sa jouissance de mort, son écriture métonymique la vise et la redouble : « Je n’ai pas honte de ma parole, j’ai toujours écrit. »(10), écrit-elle. Dans sa cure et dans son écriture, cet exercice du glissement métonymique du sens la pousse à produire sans limite du sens jusqu’à ce qu’elle en trouve immanquablement le terme au point « où le sujet ne peut se nommer »(11). En ce point, elle rencontre une béance où ça cesse de parler et où ça ne cesse pas de ne pas s’écrire. Là, son être n’est qu’indiqué sans être nommé. C’est en ce point où l’Autre du sens lui fait défaut que N. Bouraoui se confronte au désir de cet Autre qui « l’aspire littéralement et [la] laisse sans recours »(12). Son corps, d’y être trop impliqué, fait disparaitre son sujet de la parole et son être.

« il y a toujours ce moment dans ma vie où je me laisse faire, où je m’abandonne, où l’on pourrait tout faire de moi, où on pourrait tout faire de mon corps »(13).

Si, confrontée à sa propre disparition d’être, elle met tous ses efforts à soutenir sa présence dans le symbolique en prenant appui sur ses intervalles métonymiques, elle se heurte à ce reste de jouissance de mort inentamée à laquelle elle abandonne son corps. Son art littéraire cherche à faire avec ce reste et la maintient dans un équilibre fragile toujours menacé par une jouissance de mort. « j’ai toujours vécu dans la magie du roman. J’ai négocié avec la vie […], et aussi avec la mort. Mes livres sont des paravents »(14).

Par son déplacement métonymique où se loge son être et par sa coupure signifiante où se mobilise l’objet (a) cause de son désir, son écriture voile et révèle, pare au réel de sa jouissance mortelle à s’effacer derrière un « corps envahissant »(15).

Le ravissement du corps 

Ce corps envahissant le désir de l’Autre, N. Bouraoui le situe dans son lien d’amour à sa mère.

« Ma peur est la peur du lien avec ma mère, ma peur est la peur de cet amour, ma peur est la peur de ma mère qui ne sait pas séparer son corps de mon corps »(16).

Cet amour maternel dont le trop de corps alarme est la « forteresse » dont il lui faut « trouver la sortie »(17) pour que son corps cesse de lui être ravi.

« il y a dans l’amour une déconnexion de soi, je me suis toujours fondue au corps de l’autre, il y a toujours cette forme d’évanouissement »(18).

Au-delà du désir de la mère, il y a une jouissance non limitée qui relève de l’irreprésentable de la jouissance féminine. Cette absence de limite, N. Bouraoui l’entrevoie le jour où, enfant, elle entend sa mère dire à son propre père qui vient d’humilier son mari par une injure raciste : « Pas devant mes filles. Tu peux tout me faire, mais pas devant mes filles »(19). Ces mots « Tu peux tout me faire » la frappent  par ce qu’ils révèlent du sans limite des concessions que sa mère est prête à faire pour son propre père. Prise dans  cette autre jouissance de sa mère que la fonction paternelle ne limite pas, elle se voie dépossédée de sa place dans l’Autre symbolique du désir et réduite à son corps. Sa mère « s’avère être une ravisseuse de corps »(20). « mon angoisse est là. Après j’ai conscience de ma nudité […] J’ai un corps envahissant »(21). Ce qui s’évanouit, se ravit, dans cette jouissance non limitée par la fonction phallique, c’est le voile imaginaire phallique. Le corps devient trop réel et touche à l’être.

« Cette impression de manquer de moi-même, de ne pas faire le tour de ce que je suis »(22).

Son sentiment d’impuissance qui englouti son être en présence « de cette totalité sous la forme du corps maternel [dont elle]  doit constater qu’elle ne lui obéit pas »(23), la renvoie au ravage du « ravissement »(24) de son corps par sa mère dont l’amour insatiable écrase le désir. Au-delà du manque qui caractérise le désir et l’ordre symbolique, N. Bouraoui se confronte au « trou béant de la tête de Méduse »(25).

Ecrire au bord du trou 

C’est en emboitant le pas de sa propre parole en spirale que N. Bouraoui rencontre cet énoncé essentiel qui la marque de son poids de réel : Tu peux tout me faire. Ce poids de réel est cette jouissance d’un amour sans limite qui ravit son être et son corps et ne cesse pas de ne pas s’écrire. L’écriture de son roman Mes mauvaises pensées met en scène son investissement transférentiel de sa parole métonymique et donne forme à ce réel de la jouissance féminine au moment où elle se sépare du signifiant. A la recherche d’un terme  qui limiterait  cet amour fusionnel  lui ravissant son corps, N. Bouraoui prend appui sur le procédé littéraire de la métonymie pour s’assurer que rien de réel ne peut lui arriver. Par la métonymie signifiante, ce dont elle parle et qu’elle écrit a l’air d’être quelque chose mais n’est rien de réel. Par son acte d’écrire, dont elle dit qu’il lui vient de son père, et par sa technique littéraire, elle fait bord au trou du ravage maternel et crée un intervalle où la cause insaisissable de son désir est toujours reportée dans le « mouvement de la vie »(26).

« il y a de la sexualité dans l’acte d’écrire, il y a de l’exposition et de l’intime »(27).

Pour faire advenir ce mouvement vital, N. Bouraoui en passe par une double colère.  Sa colère qui libère son corps d’un ravissement mortel infini.

« Et moi, un jour, je dis à ma mère :  » Je ne veux plus que tu m’embrasses ; plus comme cela, plus comme une louve qui nettoie son petit. Je ne peux plus. » Ma mère a doublé ses baisers sur moi pour remplacer les baisers de sa mère qui manquaient. Ma mère s’est embrassée par moi, mon corps a été le support de son corps »(28).

Sa colère qui libère son être de ses identifications aux signifiants phalliques qui lui viennent du lien de sa mère à son propre père et qui la retiennent dans l’imaginaire d’être le phallus de l’Autre, ce fétiche comblant le désir de l’Autre maternel.

« Ma colère revient et ouvre mon ventre, elle revient parce que je ne suis pas à ma place, […] je ne sais pas faire la petite-fille de mon grand-père, […] je ne sais plus faire la fille de la fille qui finira mal »(29).

Dans son élan vital redoublé, sa colère la libère du trop de réel de l’amour maternel et la déleste des identifications qui mortifient son corps. Prise entre la violence du tout-phallique et la violence du pas-tout de la féminité, N. Bouraoui  trouve une échappée dans l’incessant déplacement de l’objet métonymique de son écriture littéraire. Sa solution est créative. Elle invente un nouveau symptôme qui la sépare du tout-phallique et de l’infini de la jouissance féminine et de son ravage. Par ce nouveau symptôme, elle se donne un Autre dont le corps cesse de jouir de l’effacement de son corps et trouve à se contenter d’un plus de jouir vivant. Cessant de servir l’Autre avec tout son corps, elle se sert de l’Autre « comme moyen de jouissance »(30). Par son écriture métonymique, le signifiant ne la mortifie plus mais est cause d’une jouissance référée à son corps.

En écrivant Mes mauvaises pensées comme le roman de sa cure analytique, N. Bouraoui montre que c’est en se donnant un Autre du désir par sa parole sous transfert qu’elle est parvenue à barrer l’Autre de la jouissance toute-phallique et de la jouissance réelle mortifiant son désir vivant. Elle montre aussi que c’est en maniant cette barre sur l’Autre que son  écriture sait, au-delà de la parole, se faire le support d’une vérité « qui se met en garde d’aller jusqu’à l’aveu, qui serait le pire, la vérité qui se met en garde dès la cause du désir »(31).

Avant de quitter son analyste, elle lui déclare : « Je n’ai pas peur des traces de ce travail, je ne me sens plus folle, je sais aussi que je ne l’ai jamais été »(32).

Notre Vecteur se réunira le Mardi 7 Janvier 2020 à 21h, au 7 Rue Linné 75005 Paris

Contact : Marie-Christine Baillehache 06 42 23 37 03.

[1] Bouraoui N., Mes mauvaises pensées, Paris, Ed. Stock, 2005, p. 9.
[2] Ibid., p. 79.
[3] Ibid., p. 79-80.
[4] Ibid., p. 11.
[5] Ibid., p. 20.
[6] Ibid., p. 20.
[7] Ibid., p. 51.
[8] Ibid., p. 80.
[9]  Lacan J., Le Séminaire, livre VI, Le désir et son interprétation, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Éditions de La Martinière et Le Champ Freudien Éditeur, 2013, p. 514.
[10] Bouraoui N., Mes mauvaises penséesop. cit., p. 10.
[11] Lacan J., Le Séminaire, livre VI, op. cit., p. 488.
[12] Ibid., p. 508.
[13] Bouraoui N., Mes mauvaises pensées, op. cit., p. 51-52.
[14] Ibid., p. 55.
[15] Ibid., p. 19.
[16] Ibid., p. 50.
[17] Ibid., p. 114-115.
[18] Ibid., p. 50.
[19] Ibid., p. 19.
[20] Brousse M.-H., « Une difficulté dans l’analyse des femmes : le ravage du rapport à la mère », in Ornicar ?,  n° 50, 2002, p. 102.
[21] Bouraoui N., Mes mauvaises pensées, op. cit., p. 19.
[22] Ibid., p. 159.
[23] Lacan J., Le Séminaire, livre IV, La relation d’objet, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1994, p. 185.
[24] Brousse M-H, « Une difficulté dans l’analyse des femmes : le ravage du rapport à la mère », op. cit., p. 104.
[25] Lacan J., Le Séminaire, livre IV, op. cit., p. 195.
[26] Bouraoui N., Mes mauvaises pensées, op. cit., p. 181.
[27] Ibid., p. 186.
[28] Ibid., p. 151-152.
[29] Ibid., p. 161.
[30] Miller J.-A., L’os d’une cure, Paris, Navarin, 2018, p. 73.
[31] Lacan J., Le Séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris,  Seuil, 1975, p. 86.
[32] Bouraoui N., Mes mauvaises pensées, op. cit., p. 272.

 

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Clinique et addictions 13 janvier 2020 https://enversdeparis.org/2019/12/23/conversation-clinique-et-addictions-2/ Mon, 23 Dec 2019 10:34:09 +0000 https://enversdeparis.org/?p=12815

Addictes ou femmes ?

On dit que s’il y a des femmes addict(e)s, l’addiction féminine revêt des traits spécifiques. Conformément à l’orientation de nos Conversations, ce qui nous intéressera c’est bien plutôt la féminité que l’addiction, les sujets plutôt que les appareillages de la jouissance qui les spécifie comme êtres parlants. Pour ces sujets : en quoi leurs consommations ont-elles pris place dans la dimension essentiellement féminine de l’être ? de leurs existences ? Vivement janvier !

Avec Mathilde Braun et Pierre Sidon

Renseignements et inscriptions : c’est ici >

Programme et argument de l’année, en savoir plus>

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Collectif théâtre & psychanalyse https://enversdeparis.org/2019/12/22/collectif-theatre-psychanalyse-3/ Sun, 22 Dec 2019 19:17:30 +0000 https://enversdeparis.org/?p=12792

Attention, pour bénéficier du tarif préférentiel, vos réservations doivent parvenir à l’adresse indiquée avant le 4 janvier

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