Horizon 64 / Confluents 72 « La psychiatrie affolée »

Horizon N° 64 / Confluents N° 72

 Introduction

Le présent numéro Horizon n°64 / Confluents n°72 est le fruit du questionnement partagé par L’Envers de Paris et l’acf-IdF à propos de l’état actuel de la psychiatrie en France. Si l’année 2018 fut celle où la crise profonde de la psychiatrie publique s’est révélée au grand jour, l’année 2019 n’a pas démenti le bien-fondé de l’inquiétude commune qui a réuni nos deux associations.

Alertés, non seulement par la médiatisation du délabrement croissant que connaît la psychiatrie hospitalière, mais surtout par nos constats – issus de la pratique au quotidien –, nous avons voulu contribuer au débat public en interrogeant les bouleversements qui touchent l’hôpital psychiatrique depuis plusieurs années. Et ce, en tant que psychanalystes d’orientation lacanienne exerçant différentes fonctions dans des institutions de santé mentale.

De ce fait – et soutenus par le directoire de l’École de la Cause freudienne, présidé par Gil Caroz –, notre inquiétude initiale a pris la forme d’une série de cinq conversations : « La psychiatrie aujourd’hui et demain. Quelle place pour la psychanalyse ? ». Au moment de clore ce cycle, c’est sous le titre « La psychiatrie affolée » que nous avons le plaisir de publier l’ensemble des contributions ayant donné corps à ce projet.

Chacune de ces conversations constitue un moment précieux et percutant quant à ce que la psychanalyse d’orientation lacanienne apporte à la pratique en milieu psychiatrique aujourd’hui. Parmi les conclusions qui s’en dégagent, nous retiendrons le caractère paradoxal de l’aggravation que vit la psychiatrie. D’une part, ce malaise est en pleine accélération, et d’autre part, ses contours sont flous et mal délimités. Entre désaffection médicale, crise épistémologique, mutation sociale et négligence politique, nous nous sommes efforcés alors de dégager quelques axes afin de suivre le fil rouge de ce qui fait notre engagement sur le terrain, à savoir, celui de maintenir la possibilité d’une clinique sous transfert, comme le propose Jacques-Alain Miller dans son texte « C.S.T »(1) Qu’il s’agisse d’un « état des lieux » urgent, de la question cruciale entre « rupture ou continuité dans les soins », du dialogue complexe entre « Justice et psychiatrie », de l’alliance irréversible entre « psychiatrie et neurosciences », et des « inventions institutionnelles » en pédopsychiatrie, chacun de nos invités a su transmettre une façon singulière d’opérer à partir de la psychanalyse en tant que boussole éthique et clinique.

Ce projet a rencontré un écho particulier auprès de bon nombre de professionnels concernés par le sort que notre société réserve aujourd’hui au traitement de la folie. Mais encore, au-delà d’une préoccupation en prise directe avec ce que Jacques Lacan appelle « la subjectivité de l’époque »(2), ce thème a révélé aussi le désir qui anime celles et ceux qui continuent de trouver, chacun à sa manière, une marge de manœuvre pour préserver la fonction de la parole et son lien avec l’inconscient, dans et hors le lieu qu’est l’hôpital psychiatrique.

Beatriz Gonzalez-Renou, directrice de L’Envers de Paris
Xavier Gommichon, délégué régional de l’ACF Ile-de-France

Beatriz Gonzalez-Renou est psychanalyste, membre de l’ecf, directrice de l’Envers de Paris (2018-2019).

Xavier Gommichon est psychanalyste, membre de l’ecf, délégué régional de l’acf-IdF (2018-2019).

(1)  Miller, J.-A. « c.s.t. », Ornicar ?, été 1984, no 29, pp. 142-147.

(2) Lacan, J. « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 321.

 

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