Horizon, publication de l’Envers de Paris

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Éditorial
Marga Auré

Depuis que Paris a été frappé par le terrorisme, suivi par d’autres villes en France et à l’étranger, l’Envers de Paris a pris le parti d’analyser ces événements avec les outils de la psychanalyse pour en saisir la structure et en dégager la logique discursive. Par la suite, des événements politiques récents ont bousculé notre démocratie, mettant en péril l’état de droit et les libertés, raisons pour lesquelles les psychanalystes se sont à nouveau mobilisés dans un moment de réveil initié par Jacques-Alain Miller. L’année zéro interprète et capitonne cette période du Champ Freudien unique dans l’histoire de la psychanalyse. Dans ce nouveau départ du mouvement psychanalytique, J.-A. Miller nous invite, dès la Conférence de Madrid, à être présents non seulement dans la clinique mais aussi dans le champ politique « en tant que psychanalystes pouvant apporter quelque chose à l’humanité en ce moment de la ou des civilisations. Cet apport, Lacan l’a dit et répété, il l’espère, mais il n’est pas parvenu à le rendre concret. Il n’a pas atteint l’ouverture qui est aujourd’hui la nôtre. Il n’a pas fait ce pas, bien que tout son discours converge sur ce point. » Horizon veut s‘engager dans cette nouvelle impulsion de la psychanalyse hors les murs du cabinet. Nous publions dans ce numéro des textes portant sur des thèmes actuels de civilisation pour lesquels la pensée freudienne, à partir de l’expérience de l’inconscient, peut donner son éclairage.

C’est ainsi que la revue Horizon propose aux lecteurs une réflexion sur l’une de questions les plus brûlantes de notre temps : la problématique de la ségrégation. L’Envers de Paris lui a consacré sa journée d’étude le 10 juin dernier sous le titre : « Les nouveaux visages de la ségrégation. Ce qu’en dit la psychanalyse ». Ce numéro 62 d’Horizon, intitulé Visages de la ségrégation, rend compte de plusieurs travaux présentés et discutés au cours de cette Journée. À ces contributions s’ajoutent des réflexions théoriques sur ce thème ainsi que des travaux effectués au sein de vecteurs et groupes de l’Envers de Paris cette année.

SOMMAIRE
Pourquoi la psychanalyse est concernée par le chaos qui nous entoure, Camilo Ramirez

Logiques ségrégatives
Affects et passions du corps social, Éric Laurent
Ségrégations versus subversion, Marie-Hélène Brousse
Relire la Révolution. Trois questions de Marie-Hélène Brousse, Jean-Claude Milner
La traversée des identités, une expérience lacanienne, Clotilde Leguil
Une ségrégation sans nom, Pierre Sidon
La folie et les impasses dans la civilisation, Francesca Biagi-Chai

Actualités de la ségrégation
L’offre intégriste : du vacarme au basculement, conversation avec Valérie Lauret
Les mises en je de la ségrégation.De l’humiliation au triomphe de la pulsion de mort, Philippe Lacadée
Les exclus de la ségrégation, Aurélie Charpentier-Libert
Big Data’s segregations, Pierre-Yves Turpin
Le sans limite du chiffre, Stéphanie Lavigne
La psychanalyse contre l’homophobie, pour une Autre géographie, Fabrice Bourlez

Horizons cliniques
En trop, Sophie Gayard
La ségrégation : problème ou solution ? Ou comment la subvertir, Annie Dray-Stauffer
Dana : la mise en abyme de la ségrégation, Cinzia Crosali & Catherine Meut
D’une ségrégation, l’autre, Thierry Jacquemin
Religion, sport et psychanalyse, Agnès Bailly
Un lieu pour exister, Anne Ganivet-Poumellec
Agrégation / ségrégation, René Fiori
Deborah et ses deux mères, Nouria Gründler

Les arts à l’Envers
La culture est-elle un rempart à la barbarie ? Entretien avec Daniel Mesguich, Christiane Page
La violence de l’histoire Entretien avec Pascal Vacher, Philippe Benichou
Totus mundus agit histrionem, Guido Reyna
Se faire responsable de ce qui ne peut être démontré, Marie-Christine Baillehache
Le meilleur des mondes ? Les ado dé-ségrèguent… à l’écran ! Maria Luísa Alkorta, Carole Herrmann & Elisabetta Milan-Fournier

Hélène Bonneau : « Lisez-le. Non seulement vous serez touchés par les situations de ces sujets rejetés, mais vous en saurez un peu plus sur la façon dont les mécanismes de la ségrégation démontrent que « l’évaporation du père » dont parle Lacan n’est pas sans conséquence sur les corps détachés de leur Autre méchant, le fuyant, le rejetant aussi bien puisqu’il faut survivre à la grave maladie de la haine et du rejet. » En savoir plus>

Nathalie Georges : « Ce volume constitue une aide véritable pour border le trauma lié aux événements du temps présent. « Le sujet comme tel est un immigré », lance Marga Auré »   En savoir plus> 

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Qu’en est-t-il de la ségrégation aujourd’hui, à l’époque de « l’évaporation du père  » ? Comment la psychanalyse peut-elle éclairer l’étonnante mutation sociale qui, sous l’apparente tolérance de la diversité, promeut la prolifération de réglementations qui effacent les différences et produisent haine et ségrégation ? La psychanalyse s’occupe du côté ségrégationniste de la jouissance car elle aborde la singularité du sujet non pas par son écart à la norme mais à partir du symptôme toujours porteur en lui-même d’une modalité de jouissance inclassable et particulière. Si le désir de l’analyste oriente la direction de la cure pour isoler la particularité du sinthome dans la solitude de l’Un, il offre une ouverture vers la différence absolue et la mise en acte éthique et politique du savoir obtenu.

Ségrégation, vient du latin, segregatio, substantif de segregare,  « separer »,  que le Littré désigne comme « l’action par laquelle on met à part, on sépare d’un tout, d’une masse » du groupe, pour quelques raisons que ce soit. Ségréger c’est donc mettre quelqu’un hors lien social. Pour Lacan, le lien social ne se fonde pas sur l’identification au chef que Freud met, dans Massenpsychologie, à la place du père et de l’Idéal. Lacan fonde plutôt le lien social sur un rejet et plus concrètement sur le rejet pulsionnel. Il s’agit du lien établi entre les sujets qui rejettent une autre façon de jouir, différente de la leur. En 1970 Lacan dit ne connaître « qu’une seule origine de la fraternité – je parle humaine, toujours l’humus –, c’est la ségrégation.  » C’est une idée très forte de penser que la fraternité est fondée sur le rejet de l’autre.

La problématique de la ségrégation se trouve également dans l’inconscient. Quand Lacan conceptualise l’inconscient, il le fait en l’articulant à l’Autre que tout un chacun porte en soi-même. C’est l’inconscient, comme Autre qui porte un savoir occulte et bizarre qui se manifeste dans les lapsus, les oublis, les rêves, les angoisses, mais aussi dans les symptômes. Le sujet souffre et rejette son propre symptôme comme la chose qui lui est la plus étrangère et extimemais pourtant la plus intime. C’est pour cela que l’on peut dire que la psychanalyse se préoccupe du côté le plus obscur de soi-même, que le sujet rejette ou ségrégue.

Une psychanalyse nous permet d’espérer savoir quelque chose de cette partie obscure que le sujet rejette – qu’on appelle l’inconscient. C’est la partie rejetée et réprimée du sujet que J.-A. Miller appelle « l’immigrant » : « Mais, être un immigré, c’est aussi, disons-le, le statut même du sujet dans la psychanalyse. Le sujet comme tel est un immigré – le sujet tel que nous le définissons de sa place dans l’Autre. Nous ne définissons pas sa place dans le Même. Il n’y a pas d’autre chez-soi que chez l’Autre. Pour le sujet, ce pays étranger est son pays natal. Il y a d’ailleurs quelque signification à ce que la psychanalyse ait été inventée par quelqu’un qui avait avec ce statut d’étranger, avec ce statut d’extimité sociale, un rapport natif. ».

Certains textes de ce numéro d’Horizon approchent la ségrégation à partir de la dette symbolique qui relie chaque sujet de notre société à une place de fils de l’Autre. Avec le déclin du père, à la place de la dette prendrait corps le sacrifice religieux ? Le lecteur trouvera ici plusieurs textes pour s’orienter sur le retour du religieux prévu par Lacan, et pour questionner ce retour en des termes actuels.

Nous avons l’honneur de publier la conférence de clôture de la journée de l’Envers de Paris, faite par Éric Laurent. Il y interroge la politique des affects montrant comment Lacan, dépassant la Massenpsychologie, construit la structure du lien social de sa contemporanéité post-68 en introduisant quatre discours ou quatre types de lien social. Un seul signifiant, S1, subsistera comme l’héritage du père dans cette construction mais la religion ne serait pas indexée au rang d’un discours. É. Laurent indique comment selon Lacan, la religion s’appuie sur un savoir de la jouissance, un par un qui fait lien social car elle engage un sacrifice de jouissance propre au« corps collectif ».

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1 Miller J.-A., « Conférence de Madrid », Lacan Quotidien, no 700, 19 mai 2017, publication en ligne (www.lacanquotidien.fr).

2 Lacan J., « Note sur le père », La Cause du désir, n° 89, Paris, Navarin Éditeur, mars 2015, p. 8.

3 Lacan J., Le Séminaire, livre xvii, L’Envers de la psychanalyse (1969-1970
), texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, coll. Champ Freudien, p. 132.

4 Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Extimité », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris viii, cours du 27 novembre 1985, inédit.

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