L'Envers de Paris https://enversdeparis.org Site de l'Association de L'Envers de Paris Sun, 19 Jul 2020 14:59:44 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.4.2 https://enversdeparis.org/wp-content/uploads/2017/10/cropped-Logo-lenvers-bleu-0000ff-carre-32x32.png L'Envers de Paris https://enversdeparis.org 32 32 ÉDITO DE L’ÉTÉ https://enversdeparis.org/2020/07/17/edito-de-lete/ Fri, 17 Jul 2020 12:32:12 +0000 https://enversdeparis.org/?p=29189 Par Marga Auré
L’été se présente à nous et le repos estival va nous permettre de savourer ce beau temps et de prendre des forces pour une rentrée dynamique mais paisible. Derrière nous, le confinement et le déconfinement avec leur inquiétante étrangeté.

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ÉDITO DE L’ÉTÉ

By NASA Goddard Space Flight Center – Flickr

Chères et chers membres et amis de L’Envers de Paris,

Par Marga Auré

L’été se présente à nous et le repos estival va nous permettre de savourer ce beau temps et de prendre des forces pour une rentrée dynamique mais paisible. Derrière nous, le confinement et le déconfinement avec leur inquiétante étrangeté. Depuis le 10 juillet, le plan de sortie de l’état d’urgence sanitaire luttant contre l’épidémie de Covid-19 nous laisse envisager à nouveau certain type de rencontres et de réunions, malgré des restrictions et bien des précautions.

Pendant la rude période que nous avons traversée, L’Envers de Paris s’est toujours orientée avec sa boussole fondamentale qu’est l’étude de la psychanalyse, la lecture des textes de Freud et de Lacan qui soutiennent nos fondations.

Notre site de L’Envers se renouvelle petit-à-petit et Romain-Pierre Renou s’en occupe avec soin. Les espaces de chaque vecteur et groupe se nourrissent de l’actualité de leur travail. Trois nouvelles rubriques font écho à cette production en connexion avec les événements de notre Champ. La première accueille des textes qui préparent le prochain Congrès de l’AMP Le rêve. Son interprétation et son usage dans la cure. La deuxième rubrique, Au-delà du confinement, nous projettera vers notre journée, en 2021, et finalement une troisième nouvelle rubrique nous ravitaillera pour les 50es Journées de l’ECF.

En effet L’Envers de Paris prépare de façon spéciale ces Prochaines Journées Attentat sexuel. Patrick Almeida est attentif à la rediffusion par notre propre liste Facebook, Twitter et Instagram, de boussoles cliniques publiées, citations et annonces du blog des journées qui sortent chaque semaine. D’autre part, l’appel aux cartels fulgurants de L’Envers de Paris pour préparer ces J-50 a eu son effet et quatre cartels se sont constitués dans la foulée. Nous saurons donner une place à leur produit de cartel dans notre rubrique ou par une autre initiative.

Le 15 octobre, nous programmons la soirée de rentrée des cartels pour l’année 2020-2021 avec un thème en résonnance avec celui d’« Attentat sexuel » travaillé en cartel. Aurélie Charpentier-Libert s’occupe de l’organisation avec l’ACF-IDF et Beatriz Gonzalez-Renou, secrétaire aux cartels de l’ECF.

La perle de cette préparation aux J-50 nous est offerte par le vecteur Psynéma de L’Envers de Paris qui nous propose un après-midi de travail avec la projection du film de Kenji Mizoguchi Les contes de la lune vague après la pluie (1953) au Patronage Laïque Jules Vallès, le 3 octobre à 14h. Le vecteur Psynéma organisera une prochaine réunion le 5 septembre à 15h, chez Maria-Luisa Alkorta. Pour tout renseignement contacter par mail Maria-Luisa Alkorta (ici>>) ou Karim Bordeau (ici>>).

Notre première réunion publique après confinement sera dédiée à la rencontre-conversation autour du livre de Camilo Ramirez, Haine et pulsion de mort au 21ème siècle. Le 23 septembre à 20h00 dans la librairie Libralire , au 116 rue Saint Maur, 11ème. Cette rencontre est organisée par L’Envers de Paris et l’Association des psychologues freudiens. Nous recevrons l’auteur avec Guy Briole, préfacier de l’ouvrage, tous deux psychanalystes membres de l’ECF. Bien entendu nous suivrons les consignes sanitaires et de distanciation en vigueur.

Et voici, à noter dans votre agenda, les événements de septembre et octobre qui auront lieu à L’Envers de Paris :

La prochaine réunion du vecteur Lectures cliniques sera consacrée à la lecture et la discussion de deux cas de la pratique des participants. Notre vecteur étudie également ses modalités de travail sur le thème proposé pour la journée 2021 de L’Envers. Renseignement par mail à Adela Bande-Alcantud (ici>>) et Pascale Fari (ici>>).

Patrick Almeida nous annonce l’année de travail 2020/2021 du vecteur Le Seminario Latino de Paris autour de la thématique « Nouages des subjectivités contemporaines », en tenant compte de trois points d’orientation : le thème des J-50 « Attentat sexuel », le congrès de l’AMP autour du rêve et aussi la Journée en 2021 de L’Envers de Paris sur l’Un et le monde de la globalisation. Pour tout renseignement contacter par mail>>

 Le vecteur Lectures Freudiennes a terminé la lecture et la traduction du texte de Freud, rédigé en 1915, Complément métapsychologique à la doctrine du rêve – Metapsychologique Ergänzung zur Traumlehre. Le prochain rendez-vous est programmé le 1er septembre 2020 à 21h, chez Susanne Hommel. Pour y participer, contactez Suzanne Hommel par mail>>

 Le collectif Théâtre et psychanalyse a commencé à élaborer son programme de soirées pour la saison 2020/2021. Prochaine réunion du collectif le 10 septembre. Pour plus de renseignements contacter Philippe Benichou par mail>> 

Le vecteur Le corps, pas sans la psychanalyse, après la relecture de la Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI de Lacan et des Intuitions Milanaises de Jacques-Alain Miller, réfléchit à propos de l’hystorisation du sujet dans le monde globalisé. Notre prochaine notre réunion sera le 3 septembre. Les intéressés peuvent contacter Geneviève Mordant par mail>>

Le vecteur Psychanalyse et Littérature, dès septembre, poursuivra son travail dans l’axe du thème de la Journée de L’Envers de Paris Les épars désassortis et la globalisation prévue en 2021. Les textes de Lacan Préface à l’édition anglaise du Séminaire XI et de J.-A. Miller Intuitions milanaises et L’apparole seront nos boussoles psychanalytiques. L’été sera pour chacun le temps de lire les auteurs : C. Bobin, P. Quignard, A. Saumont, N. Sarraute. Contact : Marie-Christine Baillehache, par mail>> 

Nous nous retrouvons en septembre.

Je vous souhaite un excellent été !!

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L’éros de l’Ure https://enversdeparis.org/2020/07/16/leros-de-lure/ Thu, 16 Jul 2020 09:36:52 +0000 https://enversdeparis.org/?p=29184 Par Rosana Montani-Sedoud
Dans Le Dialogue, François Cheng écrit un dialogue, non pas entre deux personnages, mais entre deux langues créant une partition où alternent à parts égales les voix de « deux langues complexes […] grandes, chargées qu’elles sont d’histoire et de culture » . Son livre est un témoignage intime de l’aventure linguistique et du travail minutieux et constant de F. Cheng au cœur des deux langues chinoise et française marquées par une écriture poétique.

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L’éros de l’Ure

Par Rosana Montani-Sedoud

Dans Le Dialogue, François Cheng écrit un dialogue, non pas entre deux personnages, mais entre deux langues créant une partition où alternent à parts égales les voix de « deux langues complexes […] grandes, chargées qu’elles sont d’histoire et de culture »[i]. Son livre est un témoignage intime de l’aventure linguistique et du travail minutieux et constant de F. Cheng au cœur des deux langues chinoise et française marquées par une écriture poétique. L’aboutissement de ce dialogue est cette mémoire vive avec laquelle F. Cheng rend compte de son entrée dans cette autre langue, le français. Il a adopté cette autre langue, il l’a incarnée. Il est allé jusqu’au cœur intangible de la langue pour percer et faire vibrer sa musique à lui.

Ce dialogue, entre deux langues en un seul homme, nous permet de nous poser la question de la lettre, à partir de l’enseignement de Lacan. La lettre comme un événement de jouissance qui touche à la jouissance du corps hors-sens qui se passe de la signification phallique.

La lettre y a sa dimension de bord telle que Lacan la définit : « La lettre n’est-elle pas proprement littorale ? Le bord du trou dans le savoir que la psychanalyse désigne justement quand elle l’aborde, de la lettre, voilà-t-il pas ce qu’elle dessine ? »[ii]

Ce bord du trou dans le savoir que la lettre dessine, n’est-il approchable qu’avec la psychanalyse ? Que nous enseigne la littérature de son usage de la lettre comme modalité du traitement du réel qui fait trou dans le savoir ?

J’ai lu ce livre de F. Cheng mais c’est seulement en l’écoutant à la radio raconter sa rencontre avec les mots que j’ai été profondément touchée par son dire. Et ce que j’avais oublié en lisant ce qu’il en écrivait dans son livre, c’est son récit oral, le son de sa voix posée et lente qui me le restituaient. Il fallait cette présence en corps pour que je sois captée par ce moment de rencontre et de trouvaille de F. Cheng avec les mots.

 Une sonorité inhabituelle

François Cheng nous donne le cadre de sa rencontre avec la langue française où le mot échancrure, un jour, le frappe plus particulièrement : « C’était aux premiers temps de mon séjour en France. J’étais tombé, lors d’une lecture, sur ce mot à la sonorité inhabituelle »[iii].

Ce moment de frappe d’un mot est à l’origine de sa rencontre avec la langue française, aux premiers pas de sa traversée d’une langue vers une autre. Il connaissait la littérature française qu’il avait lue dans son adolescence en Chine. Sa littérature du XIXe siècle lui avait plu et elle avait compté dans son choix de son pays d’exil alors qu’il avait la possibilité d’avoir une bourse pour l’Angleterre ou pour la France. Il avait alors choisi de se « fixer » en France pour la seule raison que la « célèbre littérature » était riche « en matières humaines et en contenu sociaux, en descriptions charnelles et en analyses psychologiques, en idées et réflexions »[iv]. Mais, arrivé en France et au tout début de son étude de la langue française, c’est la lecture d’un mot pris parmi tous les autres qui l’interpelle. Il est à ce moment-là dans sa condition d’exilé qui « éprouve la douleur de tous ceux qui sont privés de langage»[v]. Et c’est dans cet état d’étranger du langage commun qu’au cours d’une lecture il tombe sur ce mot échancrure dont la sonorité inhabituelle le frappe et le questionne.

Le petit dictionnaire qu’il possède ne l’aide pas et le sens premier qu’il donne à ce mot – « empiètement en arc de la mer sur une côte »[vi] – le laisse sans réponse. Pour F. Cheng il y a dans le mot échancrure, un « souvenir charnel »[vii] qui insiste.

Le souvenir charnel

C’est cet instant précis où il éprouve l’impact émotionnel du mot échancrure comme un évènement de jouissance qu’il décrit ainsi : « profitant de la pause, je demandais à la jeune répétitrice l’usage exact de ce mot. “Ah, échancrure ! C’est…” et de dessiner du doigt devant sa poitrine, avec beaucoup de simplicité, les lignes de sa robe gracieusement décolletée. Une chair à la fois montrée et cachée selon une exacte mesure. Aussitôt, ce mot prit pour moi une connotation sensuelle »[viii]. Par la rencontre des corps en présence, le mot échancrure résonne alors dans sa mémoire, « comme par inadvertance »[ix]. Dans le vers d’un de ses poèmes, il évoque « L’échancrure des collines » où il a éprouvé « toute la sensualité d’un paysage vécue dans mon adolescence, en Chine »[x]. Subtile condensation du paysage des collines et du corps d’une femme.

Ravissement des syllabes

Dans ce mot à la connotation sensuelle, F. Cheng opère une coupure entre les « deux syllabes phonétiquement signifiantes : ECHAN, quelque chose qui s’ouvre, qui se relève, qui enchante, et – CRURE, qui cependant se resserre pour dissimuler un mystère tentateur »[xi].

Cette coupure entre deux syllabes, cette rupture du mot maintenant fragmentée, est son usage de la lettre qui vide le sens du mot et laisse entendre une pulsation, une sonorité qui touche le corps. La chaîne des signifiants est rompue, le mot devient la caisse de résonance du vivant du corps.

Cheng précise que « par la suite, comme en écho, me plairont d’autres mots terminés par –ure »[xii]. Cette terminaison en ure retrouvée dans d’autres mots perpétue une « secrète trace délicatement ou fermement dessinée : épure, diaprure, cambrure, rainure, ciselure, zébrure, brûlure, déchirure… »[xiii] Ure lui « suggère un élargissement, une ouverture » dans laquelle il reconnait le « principe féminin » qui l’entraîne irrésistiblement vers « une série de mots qui désignent ces lieux en forme vulvaire, lieux de la réceptivité, de la vie portée et de la transformation »[xiv].

Là où F. Cheng fait un usage poétique de la lettre, comme littoral « entre la jouissance et le savoir »[xv], pour récupérer une part de jouissance inconnue, la psychanalyse « s’oblige, en quelque sorte de son mouvement même, à reconnaitre le sens de ce que pourtant la lettre dit à la lettre, c’est le cas de le dire, quand tous ses interprétations se résument à la jouissance »[xvi].

[i]. Cheng F., Le Dialogue, Desclée de Brouwer, Paris, 2002, p. 7.

[ii]. Lacan J., Le Séminaire, livre XVIII, D’un Discours qui ne serait pas du semblant, Seuil, Paris, 2007, p. 117.

[iii]. Cheng F., op. cit., p. 55.

[iv]Ibid, p. 27.

[v]Ibid, p. 29.

[vi]Ibid, p. 55.

[vii]. Ibid, p.56 « la phonie d’un mot en français a le don de déclencher en moi un souvenir charnel ».

[viii]Ibid.

[ix]Ibid, p. 55.

[x]Ibid.

[xi]Ibid, p. 56.

[xii]Ibid.

[xiii]Ibid.

[xiv]Ibid, p. 56-57.

[xv]. Lacan J., Le Séminaire, livre XVIII, op.cit., p. 117

[xvi]Ibid.

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Sortir du confinement en risquant son énonciation https://enversdeparis.org/2020/07/16/sortir-du-confinement-en-risquant-son-enonciation/ Thu, 16 Jul 2020 09:21:17 +0000 https://enversdeparis.org/?p=29179 Par Marie-Christine Baillehache
Le surgissement imprévisible du réel sans loi de la Covid 19 est venu trouer l’Autre et a confronté chacun à un vide de sens chargé d’étrangeté angoissante. Cette contingence réelle a introduit dans la vie de chacun une rupture dans ses liens fondamentaux à l’Autre de l’articulation signifiante et à l’énigme de l’objet a cause de son désir qui rend sa parole vivante.

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Sortir du confinement en risquant son énonciation

Par Marie-Christine Baillehache

Le surgissement imprévisible du réel sans loi de la Covid 19 est venu trouer l’Autre et a confronté chacun à un vide de sens chargé d’étrangeté angoissante. Cette contingence réelle a introduit dans la vie de chacun une rupture dans ses liens fondamentaux à l’Autre de l’articulation signifiante et à l’énigme de l’objet a cause de son désir qui rend sa parole vivante. Non saisissable par le sens et non localisable, la Covid 19 a fondamentalement bousculé le rapport de chacun à l’objet a cause de son désir comme « reste irréductible à la symbolisation au lieu de l’Autre »[1] et comme « signe de ce lien »[2] à l’Autre. Le désir de savoir comme mise du bout de réel propre à chacun pour produire des bouts de savoir qui font lien s’est trouvé mis à mal par l’impossible à penser et à dire de ce réel menaçant.

Confronté à ce réel de la Covid 19, le vecteur Psychanalyse et Littérature a pris le temps de faire liens par des échanges de mails, d’appels téléphoniques et de réunions Zoom©. Lors d’une réunion par Zoom© le 10 juin, chacun(e) a pu témoigner de l’effet d’empêchement de son désir de savoir quand la Covid 19 et le confinement ont ouvert un trou dans l’Autre de l’articulation signifiante : « Les réunions du vecteur m’embarquaient dans un travail de recherche et de lectures et tout s’arrêtait d’un seul coup. Les livres étaient bloqués » ; « Le confinement m’a paralysée. Je ne pouvais plus travailler. »

Tout au long de cette période de la Covid 19 et du confinement, ces échanges soutenus et réguliers ont permis à chacun(e)s de poursuivre le travail accompli dans les mois passés et de ne rien lâcher de son accroche à l’Autre de la psychanalyse : « La proposition de continuer à travailler l’enseignement de Lacan et de Jacques-Alain Miller et la poésie de François Cheng a été précieux, car ce n’était pas évident, dans de telles circonstances, de trouver à travailler » ; « Pouvoir travailler à nouveau pour le vecteur a fait bouger la paralysie. »

 Si le transfert au sujet supposé au savoir de Lacan et J.-A. Miller relançait le transfert de travail à l’École via le vecteur, c’est la proposition, faite à qui le désire, de produire un écrit sur sa lecture et son articulation propres du texte de Lacan « Lituraterre » et du Dialogue de F. Cheng, qui a vivifié le désir de savoir. Chacun, requis d’y mettre du sien dans son travail, pouvait renouer avec son désir, avec son désir de savoir : « Mon désir a retrouvé vie. J’ai désiré y mettre du mien et participer à l’élaboration avec les autres où chacun peut apporter sa pierre. »

 Produire cet écrit motivé par sa lecture singulière a permis à qui s’y est engagé de risquer son énonciation et de cerner un bout de savoir. Cet écrit de chacun d’eux a été requestionné, rediscuté, réélaboré et précisé avec rigueur et sérieux, en veillant à faire valoir sa spécificité et sa différence. Par cette remise au travail et cette réélaboration partagées de son point de questionnement subjectif, chacun(e) a pu produire des bouts de savoir nouveaux et surprenants pour soi-même : « La remise au travail de mon texte m’a permis de bien voir ce que je cherchais à dire. Elle a créé une place libre pour que je passe d’une langue très maîtrisée, cherchant l’exactitude, à une autre langue qui met en jeu le corps. »

 En impliquant son corps dans son rapport à l’Autre orienté par l’enseignement de Lacan et J.-A. Miller, chacun(e) a fait l’expérience d’un savoir manquant, sans cesse remis en mouvement et ouvrant sa propre langue à Autre chose.

 C’est en répondant présent à l’appel à engager son trait singulier, reconnu comme tel, dans un travail partagé en équipe que chacun(e) du vecteur Psychanalyse et Littérature a fait coupure dans le réel de la Covid 19 isolant et paralysant le réel du corps propre. Désenclavée et remise en mouvement par cette coupure, la cause du désir de savoir propre à chacun(e), orientée par la psychanalyse, a pu produire des bouts de savoir divers, partiels et vivant. Ce que notre bataille partagée contre le réel « muet et indifférent »[1] de la Covid 19 et le temps indéfini du confinement nous a enseigné, c’est que la psychanalyse et la littérature ont un commun d’être l’expérience de ce que risquer son énonciation propre veut dire.

[1]. Cheng F., Tribune, Le Figaro, 27 Avril 2020.

[1]. Lacan J., Le Séminaire, livre X, L’Angoisse, Paris, Seuil, texte établi par J.-A. Miller, 2004, p. 382.

[2]. Ibid, p. 379.

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Désir de dormir et désir du rêve https://enversdeparis.org/2020/07/05/desir-de-dormir-et-desir-du-reve/ Sun, 05 Jul 2020 20:15:25 +0000 https://enversdeparis.org/?p=29172 Par Niels Adjiman
Si Freud s’attache dans L’Interprétation des rêves à cerner l’essence de l’activité psychique du rêve, il ne faudrait pas croire que l’œuvre princeps clôt toute réflexion sur le rêve : elle est le fondement d’un édifice qui ne cesse en réalité de se construire, auquel Freud ajoute régulièrement de nouvelles pierres.

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Désir de dormir et désir du rêve

Photo de Nadi Lindsay

Désir de dormir et désir du rêve

Par Niels Adjiman

Si Freud s’attache dans L’Interprétation des rêves[1] à cerner l’essence de l’activité psychique du rêve, il ne faudrait pas croire que l’œuvre princeps clôt toute réflexion sur le rêve : elle est le fondement d’un édifice qui ne cesse en réalité de se construire, auquel Freud ajoute régulièrement de nouvelles pierres. C’est une de ces pierres qui est étudiée ici : intitulé « Complément métapsychologique à la doctrine du rêve »[2], l’article est publié en 1915, avec d’autres articles, au sein d’un ensemble au nom laconique de Métapsychologie[3].

Qu’est-ce que le rêve pour Freud ? Le règne du Wunsch, sans exclure la présence du Trieb : pour être précis, le rêve est « remplissement »[4] (Erfüllung) d’un désir (Wunsch) représentant dans son essence une revendication pulsionnelle inconsciente (unbewussten Triebanspruch) au moyen de restes diurnes préconscients. Tel est l’apport capital de L’Interprétation. Cependant, deux aspects du rêve conduisent Freud à poursuivre sa réflexion, et à la compléter : le premier se rapporte à la formation du rêve, le second à son point d’achèvement.

Partant de la célèbre formule d’Aristote selon laquelle le rêve est l’activité du dormeur, Freud note le caractère de fausse banalité, d’apparente évidence d’une telle formule. Mieux, il l’interroge et se demande si et dans quelle mesure sommeil et activité du rêve sont bien compatibles. Certes, c’est un fait que l’on rêve en dormant ; mais, à la manière de Zénon d’Élée qui examine au-delà de la réalité du mouvement sa possibilité même, Freud veut rendre compte de ce fait.

Or, sommeil et rêve semblent entretenir un rapport problématique, paradoxal. En effet, d’un côté, le sommeil explique un trait significatif du rêve. Celui-ci présente, à l’observation, la particularité « égoïste »[5] que la personne qui y occupe le devant de la scène est toujours la personne propre. Particularité dont Freud estime qu’il s’agit là d’une traduction directe de l’état de sommeil. Car passer de la veille au sommeil implique un « désinvestissement »[6] de la réalité extérieure, plus encore un retrait à l’égard des représentations qui préoccupent le psychisme, tant sur le plan préconscient qu’inconscient. Dormir, c’est opérer une rétroversion « narcissique »[7], condition libidinale de cet égoïsme dans la représentation. On reconnaît ici la présence, nouvelle dans la théorie, des catégories de libido et de libido narcissique, telles que Freud vient de les concevoir un an avant notre article dans « Pour introduire le narcissisme ». En ce sens, le sommeil est, après l’état de veille qui a vu la libido se nouer à des objets, un retour vers le Ich en vue de rétablir, selon Freud, « un narcissisme absolu »[8]. Notons, à titre indicatif, que, au sujet de cette notion de narcissisme, Lacan examine dans le Séminaire II[9] (du chapitre X au chapitre XIV) les rapports dans le rêve du moi et du sujet, s’interrogeant explicitement sur la pertinence d’une « régression de l’ego »[10] chez Freud.

Mais s’il y a pour une part compatibilité entre sommeil et rêve, il y a aussi pour une autre part contradiction, incompatibilité : loin de se concilier, désir de sommeil (Schlafwunsch) et désir du rêve (Traumwunsch) s’opposent. Le rêve fait même exception au sommeil, car il repose sur une excitation des restes diurnes et un soutien de ces restes par des motions pulsionnelles inconscientes. Or, comment cela serait-il possible s’il ne fallait pas précisément admettre que la libido ne s’est pas complètement détachée de la veille et au-delà des représentations indépendantes du Ich ? Il faut accepter l’idée que « la partie refoulée du système inconscient n’obéit pas au désir de dormir partant du Ich »[11]. Il y a donc, avec le rêve, effraction (Einbruch) dans le narcissisme, plutôt que traduction du narcissisme.

Face à ce paradoxe des rapports entre sommeil et rêve, il nous semble que la question posée est celle du statut et de la place – difficilement définissables – à accorder à cette instance que Freud nomme désormais clairement Ich. C’est une instance à laquelle il ne cessera de se référer jusqu’à son ultime article « Die Ichspaltung im Abwehrvorgang » (1938), traduit par le titre suivant : « La division du sujet dans le processus de défense »[12].

Le second aspect que Freud aborde est relatif à la phase d’achèvement de la formation du rêve : le passage à l’hallucination, c’est-à-dire le caractère halluciné du désir du rêve. Là encore, note Freud, il y a paradoxe. Car l’hallucination ne consiste pas seulement dans la présence à la conscience des représentations du rêve, mais dans la croyance en la réalité du « remplissement »[13] du désir. Or, comment peut-il y avoir excitation d’un système, précisément celui de la perception-conscience, alors qu’il est censé être non investi dans le sommeil ? Ce qui est mis en question dans le rêve est l’exercice de cette institution que Freud appelle « épreuve de réalité »[14] (Realitätsprüfung) et qu’il considère comme « l’une des grandes institutions du Ich : on voit mal de quelle façon cette institution peut être à la fois comme neutralisée, « levée »[15], et en même temps investie au point de donner l’illusion qu’il y a perception réelle, et de rétablir ainsi, selon Freud, l’ancien mode de satisfaction du désir.

L’explication de ce paradoxe, Freud la cherche, comme souvent, dans l’étude des formes dites pathologiques qui permettent, par leur déformation ou leur déviation, de révéler ce qui se passe sur un plan dit normal  : c’est le cas de l’amentia, caractérisée par Freud comme confusion hallucinatoire aiguë. Celle-ci est réaction à une perte que le Ich dément (verleugnet) parce qu’elle lui est insupportable. Il y a alors rupture avec la réalité, élimination de l’épreuve de réalité. Usant du paradigme de l’amentia, Freud en revient alors à l’hallucination du rêve : il conclut que le même effet obtenu dans l’amentia par le démenti est produit dans le rêve par l’état de sommeil qui à sa façon « ne veut rien savoir du monde extérieur »[16].

On retrouve ici le rôle déterminant du Schlafwunsch, du désir de dormir. C’est lui qui, à partir du Ich, fait que la possibilité de l’épreuve de réalité est abandonnée.

[i]. Freud S., Interprétation des rêves, Paris, PUF., 1976.

[ii]. Freud S., Complément métapsychologique à la doctrine du rêve, traduction inédite en cours de publication, sous la direction de Suzanne Hommel.

[iii]. Freud S., Métapsychologie, Paris, Gallimard, 1968.

[iv]. Freud S., Complément…, op. cit.

[5]. Ibid.

[6]. Ibid.

[7]. Ibid.

[8]. Ibid.

[9]. Lacan J., Le Séminaire, livre II, Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1980.

[10]. Ibid., p. 187.

[11]. Freud S. , Complément…, op. cit.

[12]. Freud, La division du sujet dans le processus de défense, traduction inédite en cours de publication, sous la direction de Suzanne Hommel.

[13]. Freud, Complément, op. cit.

[14]. Ibid.

[15]. Ibid.

[16]. Ibid.

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La vérité n’est pas le vrai https://enversdeparis.org/2020/07/05/la-verite-nest-pas-le-vrai/ https://enversdeparis.org/2020/07/05/la-verite-nest-pas-le-vrai/#respond Sun, 05 Jul 2020 19:37:08 +0000 https://enversdeparis.org/?p=29164 Par Isabelle Magne
La vérité en psychanalyse est une problématique centrale dans « Constructions dans l’analyse » , de même que dans son commentaire détaillé par Jacques-Alain Miller, « Marginalia de Constructions dans l’analyse » . Voilà le point qui m’a particulièrement intéressée dans l’étude de ces deux textes dans le cadre du vecteur « Lectures cliniques » de L’Envers de Paris.

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La vérité n’est pas le vrai

Photo de Thomas Kelley

Par Isabelle Magne

 La vérité en psychanalyse est une problématique centrale dans « Constructions dans l’analyse »[1], de même que dans son commentaire détaillé par Jacques-Alain Miller, « Marginalia de Constructions dans l’analyse »[2]. Voilà le point qui m’a particulièrement intéressée dans l’étude de ces deux textes dans le cadre du vecteur « Lectures cliniques » de L’Envers de Paris.

J.-A. Miller démontre ainsi que, dans cet écrit daté de 1937, Freud chemine vers une approche de la vérité bien différente de la recherche de l’exactitude. La construction de l’analyste, qui complèterait des blancs de la mémoire du sujet, est un Wunsch auquel Freud finalement ne croit pas. Il repense la vérité, non pas par rapport à l’exactitude, mais par rapport au mensonge ou au délire ; il en déduit que la vérité en psychanalyse ne vise pas le vrai. Sa garantie ne dépend pas du oui, du consentement de l’analysant. J.-A. Miller a cette formule : « Ce qui est vraiment convaincant, c’est quand vous dites non, et que, quelque part dans votre réponse ça dit oui. Vous dites non, ça dit oui »[3]. En psychanalyse, on se met sur la trace de la vérité avec ce qui échappe, ce qui divise, on l’approche indirectement, J.-A. Miller le souligne : le terme « indirect » est le pivot du texte de Freud. À l’issue de ma première lecture, un énoncé s’est détaché, faisant point de capiton pour moi : « la vérité ne se dit pas sur l’axe imaginaire »[4].

Les trois temps de travail que comporte le dispositif du vecteur « Lectures cliniques » m’ont également permis de faire l’épreuve que la vérité fait son chemin par des détours successifs et par après-coup. En effet, dans le dispositif de ce vecteur, entre la lecture solitaire du texte et sa présentation aux participants, s’intercale un travail en cartel. Celui ou celle qui a choisi de travailler un texte ou un cas clinique vient d’abord en parler avec le cartel d’organisation du vecteur. Ce passage par le cartel produit un effet d’enseignement. Ce deuxième temps de travail sur le texte « Marginalia… » m’a amenée à me questionner sur les constructions faites par l’analyste. Lacan nous enseigne que les constructions, ce sont les analysants qui les font. Quelle valeur prennent alors les constructions du praticien ? Si celles-ci ont un effet de vérité, ne s’agit-il pas d’orientation et d’interprétation plutôt que d’exactitude ? Enfin, le troisième temps de travail, celui de la présentation aux collègues du Vecteur avec discussion, a ouvert pour moi la question de ce que l’on entend aujourd’hui par « s’orienter du réel ».

Au cours de ce travail de lecture, mon questionnement s’est donc déplacé de la question de la vérité vers celle du réel.

[1]. Cf. Freud S., « Constructions dans l’analyse », Résultats, idées, problèmes, t. II, Paris, PUF, 1987, p. 269.

[2]. Cf. Miller J.-A., « Marginalia de Constructions dans l’analyse », texte prononcé lors d’un atelier milanais de l’École européenne de psychanalyse les 26 et 27 février 1994, transcrit pas Jocelyne Gault, publié in Cahiers de l’ACF-VLB, n° 3, Rennes, octobre 1994, p. 4-30.

[3]Ibid.

[4]. Ibid.

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Cosmos et cosmétique https://enversdeparis.org/2020/07/05/cosmos-et-cosmetique/ https://enversdeparis.org/2020/07/05/cosmos-et-cosmetique/#respond Sun, 05 Jul 2020 19:27:17 +0000 https://enversdeparis.org/?p=29158 Par Elisabetta Milan
Ad astra, en route vers les étoiles… Pourquoi le cosmos fascine-t-il tant les humains depuis toujours ? De manière à la fois surprenante et saisissante, Lacan nous donne des indications dans son « Ouverture à la Section clinique ».

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Cosmos et cosmétique

Photo de Tyler van der Hoeven

Par Elisabetta Milan

Ad astra, en route vers les étoiles… Pourquoi le cosmos fascine-t-il tant les humains depuis toujours ? De manière à la fois surprenante et saisissante, Lacan nous donne des indications dans son « Ouverture à la Section clinique [1] ».

Dans ce texte, le terme « cosmos » apparaît tout d’abord dans un néologisme : « le monde est plus émondé qu’on ne pense. Il est cosmographié ». Ce terme forgé pour la circonstance nous met d’emblée sur la voie. Ainsi, les cartes du ciel des anciens cosmographiaient l’univers en cherchant à circonscrire dans une image un extérieur inconnu et angoissant. Face aux mystères de l’infini, l’homme traçait le contour d’une voûte imaginaire conçue sur le modèle du monde terrestre.

Lacan poursuit : « Le mot cosmos a bien son sens. Il l’a conservé, il porte sa trace dans divers modes dont nous parlons du cosmos, on parle de cosmétiques… Le cosmos, c’est ce qui est beau. C’est ce qui fait beau – par quoi ? En principe par ce que nous appelons la raison. Mais la raison n’a rien à faire dans le “faire beau” qui est une affaire liée à l’idée de corps glorieux, laquelle s’imagine du symbolique rabattu sur l’imaginaire ».

Étonnamment, Lacan associe donc « cosmos » et « cosmétique » à partir du beau, de ce qui fait beau. Le mot cosmos, en grec kósmos, nous renvoie au « bon ordre », à « l’ordre de l’univers » soit ce qui s’oppose au chaos. Cosmétique, lui, a pour étymologie kometikos, ce qui est relatif à la parure : le cosmétique fait « parure », il fixe le beau et défie la dégradation du temps. Lacan rappelle que pour les Grecs, le beau est en rapport avec l’ordre et la raison : la beauté physique est inséparable de la beauté morale et d’une valorisation de la pureté et de l’abstraction des figures sensibles[2]. Mais il s’inscrit en faux : « ce qui fait beau » ne tient nullement à la raison mais à l’idée d’un « corps glorieux ». Il s’agit d’un souci esthétique proche du soin cosmétique, qui vise à fixer le corps dans une beauté idéalisée.

Dans son cours « Silet », Jacques-Alain Miller relève que la statue grecque « dément la castration [3] ». Elle offre, souligne-t-il, « l’image d’un corps sans jouissance, d’un corps qui n’est pas travaillé par la jouissance [4] ». La statue grecque est l’exemple paradigmatique de cette image idéalisée du corps humain qui, dans une « suspension temporelle » s’oppose aux ravages inexorables du temps. Dans la statuaire grecque antique, « il y a comme une pénétration intégrale de l’imaginaire par le symbolique, mais aussi bien une domination du symbolique par l’harmonie imaginaire – et ce, sans reste ! »

Cette harmonie imaginaire nous renvoie à l’idée du cosmos comme sphère. L’image de la voûte céleste du monde antique est le fondement du modèle intuitif de formalisation de l’univers, et du sujet aussi bien, dans une sorte de parallélisme entre microcosme et macrocosme.

Comment dès lors représenter le corps ? Contrairement aux imageries de l’harmonie parfaite (sphérique), c’est à partir du trou qui vient creuser la sphère en la transformant en tore.

De même, on ne peut interroger ce qui structure la révolution des astres et des planètes autour du soleil si l’on reste dans un système sphérique, c’est-à-dire fixé du côté imaginaire. Lacan note que ce « monde conçu comme le tout, avec que ce mot comporte […] de limité, reste une conception – c’est bien là le mot – une vue, un regard, une prise imaginaire [5] ».

Il y a toujours un risque à se laisser aller du côté du cosmétique, à se faire aspirer par le faire beau, à « reglisser » dans le monde sphérique bien ordonné, « dans ce supposé d’une substance qui se trouve imprégnée de la fonction de l’être [6] ».

Savoir résister à ces sirènes est une invitation à faire avec le réel de la clinique.

[1] Lacan J., « Ouverture à la Section clinique », Ornicar ?, n° 9, 1977, p. 7-14.

[2] Cf. Cassin B., Vocabulaire européen des philosophes, Seuil / Le Robert, 2004, p. 160.

[3] Miller J.-A., « Silet », cours du 12 juillet 1995. Ce cours a été publié dans The Lacanian Review, n° 8, novembre 2019, p. 22.

[4] Ibid., p. 24.

[5] Lacan J., Le Séminaire, livre xx, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 57.

[6] Ibid., p. 58.

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L’interprétation comme réveil https://enversdeparis.org/2020/07/05/linterpretation-comme-reveil/ https://enversdeparis.org/2020/07/05/linterpretation-comme-reveil/#respond Sun, 05 Jul 2020 19:16:10 +0000 https://enversdeparis.org/?p=29151 Par Alexandra Escobar
Étymologiquement, le mot interprétation est dérivé du mot latin interpretatio. Inter, « ce qui se situe entre », pretare, « ce qui est proche », et praesto, « ce qui est présent ». L’interprétation désigne l’action d’expliquer, de donner une signification (à une chose obscure).

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L’interprétation comme réveil

L’interprétation comme réveil

Par Alexandra Escobar

Étymologiquement, le mot interprétation est dérivé du mot latin interpretatio. Inter, « ce qui se situe entre », pretare, « ce qui est proche », et praesto, « ce qui est présent ». L’interprétation désigne l’action d’expliquer, de donner une signification (à une chose obscure). Ainsi, une interprétation renvoie à une lecture, mais pas n’importe laquelle ; elle renvoie à une lecture attentive, judicieuse et argumentée d’un texte. La lecture d’un texte convoque nécessairement l’avis du lecteur qui donne les impressions que la lecture suscite en lui. Les diverses interprétations d’un même fait renvoient à une version ; un énoncé, par exemple, peut recevoir plusieurs interprétations pouvant être ambiguës, équivoques.

Pour Freud, le rêve renseigne sur les désirs plus secrets du rêveur, refoulés dans son inconscient ; dès lors, comment comprendre la phrase de Lacan selon laquelle interpréter peut constituer « la voie d’un vrai réveil pour le sujet »[1] ? Jacques-Alain Miller nous indique dans son texte « L’interprétation à l’envers »[2] la façon dont Lacan opère un renversement de l’interprétation à l’envers de la lecture freudienne de l’inconscient.

Si l’interprétation analytique se fonde sur l’interprétation de l’inconscient, elle ne s’accommode pas pour autant de celle-ci. J.-A. Miller nous met en garde quant à l’erreur de croire que c’est l’inconscient de l’analyste qui interprète. Dans son séminaire Les Psychoses, Lacan souligne que « l’analyste doit attendre ce que le sujet lui fournira, avant de faire entrer en jeu son interprétation »[3]. « Son interprétation » n’est pas celle de l’inconscient et des idées que l’analyste se fait par rapport aux dits du patient mais elle est celle de l’inconscient lui-même, des signifiants élémentaires « sur lesquels, il a, dans sa névrose, déliré »[4].

L’interprétation analytique est seconde à l’interprétation de l’inconscient et vise à « apprendre à parler comme l’inconscient »[5], selon l’expression employée par J.-A. Miller. Il ne s’agit pas pour autant, ajoute-t-il, que l’interprétation se fasse « l’émule de l’inconscient »[6], car cela, au lieu d’affamer le délire, le nourrit. L’envers de l’interprétation « consiste à cerner le signifiant comme phénomène élémentaire du sujet ». En ce sens, le déchiffrage est « un déchiffrage qui ne donne pas sens ». Cette pratique opère sur la « coupure » analytique. Ainsi l’interprétation analytique fonctionne « à l’envers de l’inconscient »[7].

Pour conclure, nous pourrions dire que l’interprétation, au sens lacanien, réveille le sujet de la lecture de l’inconscient et le surprend à la manière d’une perplexité qui touche le phénomène élémentaire du sujet dans lalangue.

[1]. Lacan J., « Compte rendu avec interpolations du Séminaire de l’Éthique », Ornicar ?, janvier 1984, n° 28, p. 17.

[2]. Miller J.-A., « L’interprétation à l’envers », La Cause freudienne, no 32, février 1996, p. 11.

[3]. Lacan J., Le Séminaire, livre iii, Les Psychoses (1955-1956), texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1981, p. 93.

[4]. Miller J.-A., « L’interprétation à l’envers », op.cit., p. 12.

[5]. Ibid., p. 10.

[6]. Ibid., p. 12.

[7]. Ibid.

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ACTUALITÉ DE LA HAINE https://enversdeparis.org/2020/07/05/actualite-de-la-haine/ Sun, 05 Jul 2020 18:59:15 +0000 https://enversdeparis.org/?p=29144 Le discours analytique, de Freud et Lacan spécialement, jette sur la haine une lumière encore neuve et bien plus efficiente que bien des discours qui prétendent la dissoudre en la dénonçant, et ne font trop souvent que la renforcer.
Ce livre suit un trajet de la haine à la joie, du rejet de l’Autre à un usage possible de l’intime altérité qui habite chacun.

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ACTUALITÉ DE LA HAINE

 

Anaëlle Lebovits-Quenehen

ACTUALITÉ DE LA HAINE

Une perspective psychanalytique

Le discours analytique, de Freud et Lacan spécialement, jette sur la haine une lumière encore neuve et bien plus efficiente que bien des discours qui prétendent la dissoudre en la dénonçant, et ne font trop souvent que la renforcer.

Ce livre suit un trajet de la haine à la joie, du rejet de l’Autre à un usage possible de l’intime altérité qui habite chacun. 

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La haine, cette passion vieille comme le monde, est aujourd’hui de retour. Les discours qui l’attisent pourraient bientôt balayer la démocratie si nous n’y prenons garde. L’enjeu de cet ouvrage est donc politique et, avec Freud et Lacan, sa perspective sur l’actualité de la haine est encore neuve.

Ce livre explore les voies qu’emprunte la haine et examine ses cibles, pour montrer de quelle logique elle procède. L’auteure met en tension l’Autre comme objet de haine avec l’intime Altérité qui nous habite, ce dont il appartient à chacun de se faire responsable. La figure de Lacan ici esquissée en témoigne. Un contrepoison s’en extrait.

Un choix s’affirme, un savoir s’élabore, une orientation s’énonce d’un même mouvement, car la haine revient, certes, mais pas sans la position responsable qu’elle appelle en retour.

 Anaëlle Lebovits-Quenehen

Psychanalyste à Paris, membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse.

En librairie le 9 juin 2020 – diffusion ced-pollen

et notamment sur ecf-echoppe.com

 

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NAVARIN Éditeur À PARIS 6E

 

 

 

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Le Rire et le Néant dans l’œuvre freudienne https://enversdeparis.org/2020/07/05/le-rire-et-le-neant-dans-loeuvre-freudienne/ Sun, 05 Jul 2020 18:42:16 +0000 https://enversdeparis.org/?p=29135 Par Grigory Arkhipov
Dans la pensée occidentale, il y a une forte tradition de considérer le rire et le risible à travers le prisme du jugement. Ce jugement peut être esthétique (le risible est « une laideur non accompagnée de souffrance » , note Aristote), intellectuel (nous rions de ce que nous estimons être stupide) ou moral (le rire châtie la vanité, selon Bergson). Il y a un autre paradigme qui, au contraire, inscrit le rire dans la discontinuité du jugement.

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Le Rire et le Néant dans l’œuvre freudienne

Les Temps modernes, Charlie Chaplin, 1936

Par Grigory Arkhipov

Dans la pensée occidentale, il y a une forte tradition de considérer le rire et le risible à travers le prisme du jugement. Ce jugement peut être esthétique (le risible est « une laideur non accompagnée de souffrance »[1], note Aristote), intellectuel (nous rions de ce que nous estimons être stupide) ou moral (le rire châtie la vanité, selon Bergson). Il y a un autre paradigme qui, au contraire, inscrit le rire dans la discontinuité du jugement. Ainsi, Kant mise sur l’effet de surprise propre au rire qui résulte, d’après lui, de la réduction soudaine à néant de la tension d’une attente[2].

En abordant la question du point de vue clinique, Freud a créé son approche originale, laquelle garde pourtant les traces de l’idée kantienne. La notion de détente (empruntée aux théories de Bain et Spencer), introduite dans son modèle économique, lui a permis de dégager trois modalités de cette risible réduction à néant.

1) Le travail du comique (attention, il ne s’agit pas de la comédie en tant que genre littéraire et scénique) opère avec l’anéantissement, ne serait-ce que momentané, de l’inhibition. Freud renverse la tradition fondée sur un jugement qui maintient que l’on rit du personnage cocasse en effectuant ainsi une « brimade sociale »[3]. Nous rions grâce à lui, car il nous offre en cadeau l’économie de l’inhibition (qui se décharge sous forme du rire). Freud déduit le charme propre à ce personnage de sa ressemblance avec un enfant : « l’homme bête m’apparaîtrait comique dans la mesure où il me ferait penser à un enfant paresseux et l’homme méchant à un fripon d’enfant »[4]. Le mécanisme de la levée de l’inhibition consiste à l’identification passagère du spectateur avec ce bonhomme comique : cette imitation mentale lui sert à se libérer momentanément des fardeaux pesants et insupportables de la culture. Le cadeau comique nous permet de retrouver le « rire enfantin perdu »[5], souligne Freud.

 2) Le travail du mot d’esprit nous confronte à l’anéantissement du sens commun et de l’usage habituel d’un mot. Si le travail du comique relève de l’image du corps et des premières inhibitions qui organisent la vie de l’homo culturalis, alors le Witz opère avec les représentations (Vorstellungen) qui ont subi le refoulement. Cette modalité du risible n’est pas accessible à tous, remarque Freud en mettant la capacité de produire les Witze en parallèle avec le symptôme névrotique[6]. Le désir du sujet se loge dans le creux du non-sens préparé par le travail du mot d’esprit. On n’est spirituel que par nécessité, car « la voie directe [à notre désir] est barrée »[7]. Lacan reformulera cette nécessité à l’aide de sa dialectique de la demande et du désir en ajoutant à la notion du non-sens celles du « pas-de-sens » et du « peu-de-sens »[8]. Le rire de la Dritte Person témoigne d’une surprise autre que celle de la chute de l’image d’un adulte sérieux et inhibé par les idéaux courants.

3) Le travail de l’humour consiste à drainer l’affect pénible. Pour illustrer ce mécanisme Freud évoque à plusieurs reprises l’anecdote d’un délinquant mené à l’échafaud un lundi. « Eh bien, la semaine commence bien », déclare celui-ci, l’air insouciant. L’ataraxie humoristique du criminel nous « gagne par contagion »[9]. Ainsi, épargnons-nous l’affect fort que nous étions sur le point d’éprouver en nous identifiant au condamné face au néant. Le travail effectué par le criminel nous libère du besoin de ressentir la terreur et la pitié propres au tragique. Si le comique opère avec l’inhibition et que le spirituel relève du symptôme, alors l’humour peut être défini comme une position éthique par rapport à l’angoisse : à l’affect qui ne trompe pas.

Kant avance que la réduction momentanée de l’entendement à néant qui caractérise le rire franc provoque « une joie très vive »[10], corporelle par sa nature. Entre Freud et Kant il y a plus d’un siècle d’écart dans lequel gît l’ère romantique. Le mot d’esprit est fortement influencé par Heine (l’une des figures de l’Idéal du Moi pour son auteur) qui marie le rire à l’amertume la plus déchirante. La joie kantienne se fait substituer, au sein du Mot d’esprit, par une notion médicale de l’euphorie[11]. Ce terme range le rire parmi les expériences peu idylliques, comme les états pathologiques de la manie ou de l’intoxication. Ces phénomènes hétérogènes ont quelque chose en commun que l’on peut résumer par la notion que Freud emploie dans son livre : la Hilflosigkeit[12] (qui peut se traduire par « besoin d’aide » ou « détresse »).

Les trois modalités du rire élaborées dans le Mot d’esprit représentent trois façons d’affronter cette dépendance foncière. Le comique et l’humour touchent la dimension de la Hilflosigkeit de la manière la plus intime : le premier, du point de vue du petit sujet en train de faire ses premiers pas dans une forêt obscure du désir de l’Autre et le seconde, de la hauteur fictionnelle du parent qui vient au secours en allégeant sa souffrance (« ne pleure pas, ce n’est rien ! »).

Dans l’œuvre freudienne, le rire (résultant du travail du comique, du Witz et de l’humour) se trouve en rapport dialectique avec la Hilflosigkeit. D’une part, il y puise sa force (c’est pour cette raison que le plaisir pris au comique est plus intense que celui que nous offre l’humour). De l’autre, il en triomphe en la réduisant à néant (c’est cela qui le distingue de la manie ou de l’ivresse). Cette dialectique (non dépourvue d’un certain héroïsme) fait appel (Hilfe !) au Père en le faisant exister à l’aide de l’amour. C’est peut-être pour cette raison que nous ne trouverons pas chez Freud de théorisation de l’ironie, la dimension du risible qui deviendra prépondérante dans le monde du xxe siècle qui aura vécu le comble de la Hilflosigkeit sans aucun espoir en l’aide du Père.

[1]. Aristote, La Poétique, Paris, Seuil, 1980, p. 49.

[2]. Kant E., Critique de la faculté de juger, Paris, gf Flammarion, 1995, p. 320.

[3]. Bergson H., Le Rire : essai sur la signification du comique, Paris, puf, 2007, p. 103.

[4]. Freud S., Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, Paris, Gallimard, 1988, p. 396.

[5]. Ibid., p. 393.

[6]. Ibid., p. 260.

[7]. Freud S., Lettres à Wilhelm Fließ, 1887-1904, Paris, puf, 2015, p. 471.

[8]. Lacan J., Le Séminaire, livre V, Les Formations de l’inconscient, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1998, p. 98.

[9]. Freud S., Le mot d’esprit, op. cit., p. 400-402.

[10]. Kant E., Critique de la faculté de juger, op. cit., p. 323.

[11]. Freud S., Le mot d’esprit, op. cit., p. 411.

[12]. Ibid., p. 396.

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J50. ATTENTAT SEXUEL https://enversdeparis.org/2020/07/02/j50-attentat-sexuel/ Thu, 02 Jul 2020 19:24:24 +0000 https://enversdeparis.org/?p=29128 L’article J50. ATTENTAT SEXUEL est apparu en premier sur L'Envers de Paris.

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J50. ATTENTAT SEXUEL

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