Actualité des passions de l’être

L’éclat de Lectures cliniques

 

Que nous enseigne aujourd’hui l’orientation lacanienne – avec les trois passions de l’être – sur la manière dont un sujet traite sa jouissance et sur la subjectivité contemporaine ?

L’analyste s’oriente à partir de la causalité, la logique du cas et du savoir inconscient, mais les passions exigent un maniement du transfert. Lacan introduit l’ignorance comme condition de l’entrée en analyse [1] : elle désigne la méconnaissance du sujet quant à son manque-à-être, là « où se déploie la passion du névrosé [2] » qui « manque de raison d’être [3] ». Le sujet ignore sa vérité refoulée. Aujourd’hui, l’ignorance prend la forme d’un savoir clos sur lui-même, effaçant la singularité du symptôme et l’éthique du désir. Cette passion prend désormais la couleur de l’indifférence.

Lorsque la vérité vire à la certitude, l’amour de transfert peut prendre la forme de l’érotomanie, soit la certitude délirante d’être aimé [4]. Le manque dans l’Autre y apparaît comme un trou, l’initiative venant toujours de l’Autre. L’érotomane se distingue ainsi du névrosé qui croit faire tout pour être aimé, ou du mystique qui se voue à l’Autre. Amour et haine y deviennent réversibles.

Quant à la haine, dans une époque marquée par le rejet de l’altérité et l’effacement de la honte, elle surgit de manière déchaînée. La psychanalyse nous enseigne que le racisme, comme forme de haine, s’enracine dans la jouissance propre du sujet. La haine vise ce point d’extimité en soi-même qui fait horreur.

 

Ceylin Ozcan


 

[1]Lacan J., Le Séminaire, livre I, Les Écrits techniques de Freud, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 298.

[2] Lacan J., « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », Écrits, Paris, Seuil, coll. Champ Freudien, 1966, p. 613.

[3] Miller J.-A., « La passion du névrosé », La Cause du désir, no 93, septembre 2016, p. 114.

[4] Clérambault G. G. de., « Les délires passionnels » (1921), Ornicar ?, no 32, printemps 1985, p. 29-38.