Mars à l’Envers
Édito
À lire agendas à la main, vous découvrirez dans le présent numéro de la newsletter de l’Envers des événements qui arrivent ce mois-ci, d’autres qui se préparent – organisés par les vecteurs Psynéma, Clinique et addictions, Seminario Latino, Théâtre et psychanalyse. Nous avons aussi le plaisir de vous transmettre l’invitation à la présentation du nouveau film de Nurith Aviv, Prénoms, suivi d’une conversation avec Éric Laurent. Nurith a bien voulu associer l’Envers à cet événement.
Autour de la Vie des vecteurs vous découvrirez aussi ce qui se trame dans chacun des vecteurs, l’invitation restant ouverte pour ceux qui souhaitent y participer. Ce mois-ci, après un long travail, le vecteur Lectures freudiennes a achevé une nouvelle traduction, celle du texte « Un enfant est battu ». Nous attendons avec impatience de le trouver en librairie.
Bonne lecture,
Adriana Campos
Événements à venir
Le mercredi 18 mars
Vecteur Psynéma
La prochaine projection suivie d’un débat organisé par le Vecteur Psynéma aura lieu le mercredi 18 mars 2026 à 20h00 au cinéma Les 7 Parnassiens (Paris 14e – métro Vavin).
Nous aurons le plaisir d’échanger avec notre invitée, Dalila ARPIN, membre de l’ECF, autour d’un film clé dans l’œuvre de Luis Buñuel.
Él (Tourments), film mexicain de Luis Buñuel avec Arturo de Córdova et Delia Garcés (1953).
Le film relate le destin tragique de Francisco, riche notable mexicain, profondément pieux, qui tombe éperdument amoureux — au premier regard — d’une jeune femme rencontrée à l’église, Gloria. Il parvient à la séduire et l’épouse rapidement. Mais ce mariage, qui s’annonçait heureux, se transforme peu à peu en cauchemar, pour lui comme pour son épouse. Francisco sombre en effet dans un délire paranoïaque où s’entrelacent jalousie et persécution.
Avec Él, Luis Buñuel signe l’un de ses films les plus troublants. Le cinéaste confiait avoir scruté son personnage masculin « comme un insecte », faisant de la caméra un véritable instrument d’analyse. Cette position lui permet de saisir avec une rare précision la fulgurance du désir et la puissance qui s’y déploie dans la passion amoureuse.
Chez Francisco, le désir de l’Autre — incarné par Gloria, élevée à la place de LaFemme — demeure une énigme insoutenable. Ce mystère alimente progressivement l’angoisse. Le regard, en tant qu’objet a, devient alors la cause d’une inquiétude ravageante : le personnage se sent à la fois constamment observé et trahi. L’expérience amoureuse se transforme ainsi en scène persécutrice.
À cette dimension paranoïaque — qui conduit Francisco, pourtant au nom de la loi, à devenir un sujet d’autant plus tyrannique qu’il se vit lui-même victime d’un Autre supposé jouisseur — Buñuel associe un motif récurrent de son œuvre : le fétichisme des pieds, plus précisément des escarpins. C’est ce détail qui déclenche le coup de foudre initial, capturant le personnage dans une jouissance Une.
Dans Él, le coup de foudre prend alors une valeur particulière : il peut se lire comme ce que Lacan appelait « le coup de cloche de l’entrée dans la psychose » (1). Buñuel fait résonner ce moment inaugural avec la logique du passage à l’acte qui jalonne le film. Incapable de stabiliser son rapport au désir à travers l’objet fétiche, Francisco est progressivement entraîné vers une dérive qui frôle la perversion et prend parfois une tonalité d’une cruauté presque sadienne.
Le film offre ainsi un matériau particulièrement riche pour une lecture lacanienne. Lacan y saluait la manière dont Buñuel parvient à montrer, avec une grande justesse, comment se construit un délire et comment le sujet s’y trouve peu à peu enfermé dans une logique implacable.
Nous vous attendons nombreux pour cette première projection de l’année au cinéma Les 7 Parnassiens.
(1) Lacan J., Le Séminaire, Livre III, Les psychoses, Paris, Seuil, p 290.
Programmation 2026 sur le site des 7 Parnassiens. https://www.multicine.fr/evenements
Billet payant – réservation en ligne ou sur place. Carte UGC illimitée acceptée.
Nous contacter à vecteur.psynema@gmail.com
Responsable du Vecteur : Marie Majour
Le mercredi 18 mars,
Seminario Latino
Nous aurons le plaisir d’accueillir Guy Briole pour une conversation autour de son ouvrage Monologue partagé avec la folie, en présence d’Olivia Bellanco et Éric Laurent.
Nous espérons vous y retrouver nombreux !
L’équipe du Seminario Latino
Responsables : Flavia Hofstetter et Pablo Llanque Nieto
Contact : seminario-latino-de-paris@enversdeparis.org
Le mardi 24 mars
Présentation du dernier film de Nurith Aviv : Prénoms.
Affiche de la présentation du film de Nurith Aviv
Le mardi 24 mars aura lieu la présentation du dernier film de Nurith Aviv, suivi d’un débat avec Éric Laurent au cinéma Les trois Luxembourg.
Nous remercions vivement Nurith Aviv d’avoir bien voulu associer l’Envers à ce bel événement.
Le mercredi 1er avril
Vecteur Théâtre et psychanalyse, Roberto Zucco.
Le vecteur Théâtre et psychanalyse vous convie à une rencontre le mercredi 1eravril à 20h au Théâtre 14, après la représentation de Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès, mise en scène par Rose Noël. Les places sont en vente sur le site du théâtre et bénéficient d’un tarif préférentiel de 18 euros avec le code KOLTES26. France Jaigu a accepté d’être notre invitée.
L’écriture de Bernard-Marie Koltès, loin d’irréaliser le crime, nous donne un aperçu vivant et incarné de Roberto Zucco, personnage inspiré d’un tueur en série italien ayant défrayé la chronique dans les années 80. Au moyen de dialogues parfois déroutants, l’énonciation incomparable de Roberto Zucco se fait entendre, toujours pris dans un effort de nommer son être alors même que son nom propre risque de lui échapper. Emporté par la dérive du signifiant, il passe d’une identification à une autre, sans qu’aucune ne l’habille plus d’un instant. Véritable « caméléon », il est tour à tour « agent secret », « garçon normal et raisonnable », « rhinocéros » et « meurtrier de [son] père ». Habillé d’un treillis militaire qu’il voulait revêtir à tout prix, quitte à tuer sa mère, il se lance depuis sa prison dans une fuite éperdue ponctuée de rencontres et de passages à l’acte qui itèrent, sans effet résolutoire. La contrainte intérieure le pousse sans cesse à commettre l’irréparable jusqu’à sa chute, inéluctable. Pourtant, rien ne semblait l’annoncer : « Pourquoi cet enfant, si sage pendant 24 ans, est-il devenu fou brusquement ? » s’interroge sa mère. Les interrogations ouvertes par cette pièce ont des résonances dans le discours de notre époque, que ce soit sur le plan de la prévention : « tu es fou Roberto. On aurait dû comprendre ça quand tu étais au berceau et te foutre à la poubelle », ou sur celui de la monstruosité du criminel dont il faudrait retrouver « où se loge l’instinct meurtrier ».
Le mercredi 12 avril
Vecteur Théâtre et psychanalyse, La Vie secrète des vieux.
Le vecteur théâtre vous invite à découvrir la pièce La vie secrète des vieux de Mohamed El Khatib le 12 avril prochain au théâtre du Rond-Point au tarif préférentiel de 25 euros au lieu de 40 euros avec le code promo PSY2026 via la billetterie en ligne. Une discussion avec notre invitée Ariane Chottin et la compagnie Mohamed El Khatib, suivra la représentation.
Avec cette pièce, Mohamed El Khatib remet de nouveau au centre de la scène ce qui justement en est écarté : les vieux et leur vie affective et sexuelle. Plutôt que d’en parler « depuis l’extérieur », il invite les « vieilles et vieux » rencontrés en EHPAD à venir s’exprimer eux-mêmes, accompagnés d’une aide-soignante, figure tout aussi emblématique de ces établissements. Même si le corps se transforme et s’abîme, le désir perdure. Face au réel, « un petit drap de poésie » enveloppe la marche inéluctable de la vie vers la mort. Contre la réalité mortelle, un halo d’humour allant de l’ironie au comique, parcourt le discours des vieux devenus des personnages sur scène pour l’occasion. Du rire aux pleurs, chacun dira un bout de sa traversée dont la boussole « secrète » du désir, à la fois universelle mais ne se conjuguant qu’au singulier, se recouvre bien souvent de celle de l’amour
Vie des vecteurs
Vecteur Clinique et addiction
Le vecteur se réunira le 11 mars, selon les modalités habituelles, pour une conversation sur le thème du Kairos.
Céline Baladine, chargée de projet en CSAPA, nous proposera une réflexion intitulée « Es ist zeit », qui explore la question décisive du « moment opportun » dans la pratique analytique en prenant comme point de départ deux citations :« Ne manquez pas votre unique matinée de printemps » de Vladimir Jankélévitch et « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » de Stéphane Mallarmé, puis en convoquant la notion de kairos ainsi que les élaborations de Sigmund Freud et de Jacques Lacan.
Leila Wolf nous proposera un texte clinique.
Responsables : Mathilde Braun et Coralie Haslé
Contact : addictions@enversdeparis.org
Vecteur Le corps, pas sans la psychanalyse
La réunion de février 2026 a porté sur le travail de Luc Schuhmacher, artiste contemporain que le groupe a rencontré cet automne et retrouvera dans son atelier au printemps. Baptiste Jacomino a présenté un texte à ce sujet intitulé « Ne pas tourner la page ». Il s’y intéresse, entre autres, à la série des « Couchés sur le papier » qui donne à voir, au milieu de la page, des lignes qui ressemblent à des phrases indéchiffrables qui se superposent, en épuisant le sens, en évitant de passer à la page d’après et en tissant sous nos yeux des liens indissociables.
Responsable: Baptiste Jacomino
Contact : baptistejacomino@gmail.com
Vecteur Littérature et psychanalyse
En mars, le vecteur Psychanalyse et littérature poursuivra son élaboration sur la place de la répétition dans l’écriture de C. Thomas. Les chapitres IV et V du Séminaire de Lacan de 1964 Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse constitueront l’orientation précieuse permettant de repérer les éléments constitutifs de la répétition et sa fonction. Lacan distingue la remémoration et la répétition. D’un côté, il précise que « la remémoration […] de la biographie, tout ça ne marche que jusqu’à une certaine limite qui s’appelle le réel. [1] » D’un autre côté, il fait valoir que la répétition commémore la rencontre, comme par accident, avec un réel traumatique qu’il désigne par « le Trieb [2] ».C’est cet écart entre remémoration et rencontre avec un réel traumatique qu’il s’agira de repérer et d’élucider dans le recueil de nouvelles de C. Thomas Souvenirs de la marée basse [3]. Il s’agira aussi de se laisser enseigner par sa manière effective et singulière de faire buter répétitivement ses souvenirs d’enfance sur un réel irreprésentable.
Lors de la réunion par Zoom du 16 mars à 20h, Marie-Christine Baillehache présentera son travail sur ce concept majeur de la répétition, afin qu’il soit commenté, questionné, prolongé, remis au travail par les autres vecteurisants.
Responsable Marie-Christine Baillehache
Contact : litterature@enversdeparis.org
Vecteur Lectures freudiennes
Nous avons choisi de commencer notre travail de relecture des textes déjà traduits par : « Complément métapsychologique à la doctrine du rêve ». Cet article que Freud écrit en 1915, devait paraître dans un recueil intitulé : « Préliminaire à une métapsychologie » (cf. note dans les GW Bd X, S.412 et dans Métapsychologie chez Gallimard-idées,p. 124). Freud y étudie : « les modèles normaux d’affections pathologiques […] les états d’affect comme le deuil et l’état amoureux, mais aussi l’état de sommeil et le phénomène qui est de rêver ».
Lors de cette soirée de relecture, nous avons précisé certains termes, parmi d’autres : le syntagme Phänomen desTräumens, littéralement « phénomène du rêver », que nous choisissons de traduire : « le phénomène qui est de rêver ». Le terme Reizabhaltung (traduit chez Gallimard par « mise à l’écart des excitations ») que nous avons choisi de traduire par : « mise à distance des excitations… » – Reiz, précisera Susanne, c’est l’excitation qui vient de l’extérieur alors que Trieb est interne – et enfin « grossissement » pour Vergrösserung quand Freud nous indique que le grossissement des sensations corporelles dans le rêve sont de nature hypocondriaque.
Nous nous retrouverons chez Susanne Hommel le lundi 9 mars à 21h.
Responsable : Susanne Hommel
Contact : lectures-freudiennes@enversdeparis.org
[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XI, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1973, p. 49.
Fantasmes contemprains du corps
Autonomie et morcellement du corps
Au cours des années 1960, dans un contexte révolutionnaire marqué par de grandes luttes sociales, le féminisme s’est approprié la notion d’autonomie pour revendiquer le droit des femmes à disposer de leur corps. À cette époque, la fameuse devise « mon corps, mon choix » est devenue un cri de ralliement pour l’accès à la contraception et à l’avortement.
De l’injonction à l’injection
La célébration du corps, aujourd’hui fétichisé, nourrit la passion du sujet pour son reflet et l’illusion d’une complétude imaginaire, en lien avec les mutations du discours de la science. Les interventions à visée narcissique se multiplient : chez les femmes, par exemple, la liposuccion est devenue l’acte chirurgical le plus pratiqué.
Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène. Les influenceurs lifestyle diffusent des préceptes d’optimisation de soi : esthétique idéale, normes corporelles et valeurs néolibérales (bonheur, performance, autonomie). Le corps devient marchandise, soumis à une discipline exigeante, non sans souffrance.
Précis de décomposition
(The Fly de David Cronenberg, 1986)
par Marie MAJOUR
Seth Brundle est un scientifique qui a mis au point un procédé de téléportation. Il fait la rencontre d’une journaliste, Veronica, pour couvrir l’avancée de ses travaux. Une histoire d’amour se noue entre Veronica et Brundle, mais dans un moment de jalousie, celui-ci tente l’expérience sur lui-même, ne s’apercevant pas qu’une mouche s’est glissée dans le télépod, ce qui provoque la fusion génétique des deux organismes. S’en suit une métamorphose progressive de Brundle en mouche, à laquelle Veronica assiste impuissante…
L’émoticône nous interprète
par René Fiori« Elle aime à bricoler des paquets », dit Polio. « C’est comme s’il avait honte de porter devant moi tout ce soin …
Une mise en scène comique du fantasme fondamental
par Susanne Hommel
En 1974, elle arrive chez Lacan et lui dit : « J’ai quitté mon analyste de l’IPA. J’ai de gros vertiges ».
J’avais dit à mon analyste au mois de mai : « Je veux arrêter mon analyse. » Il m’avait répondu : « Oui, on va arrêter dans trois mois. » Effectivement, on a arrêté les séances trois mois plus tard. Tout de suite après, j’ai eu mes vertiges de Ménière. Lacan a dit : « C’est ça que j’appelle laisser tomber quelqu’un. »
L’intériorité fantasmée du corps artificiel
par René Fiori
L’expression « machine à penser », utilisée autrefois pour désigner une machine à calculer et aujourd’hui, celle d’« intelligence artificielle » nous invite à nous arrêter sur l’illusion, voire le sentiment de l’existence d’une intériorité de la machine. Ainsi au mois d’octobre de l’année 2016, le quotidien Le monde publie t-il la photo d’une journaliste japonaise en visite dans un cimetière avec son robot avec cette légende…
Fantasmes comtemporains du corps – La journée
À l’époque où les rencontres humaines deviennent toujours plus virtuelles, le corps ne cesse pas moins de s’imposer, traversé par les discours et les symptômes qui le percutent. Objet de multiples avancées scientifiques, il se trouve investi de nouvelles représentations fantasmatiques qui semblent se concrétiser sans faille, ni reste. Pourtant, avoir un corps ne va pas de soi
Textes, textiles
par Jocelyne Lamotte
Si un texte est une structure nouée dans un réseau qui le tient, « un texte ne peut se tisser qu’à faire des nœuds », le « fiber art » renvoie à un autre dit de Lacan : « Tout art se caractérise par un certain mode d’organisation autour [d’un] vide »…
La cession subjective ou l’effraction au « non » du corps
La cession subjective ou l’effraction au « non » du corps
par René Fiori
Emma, jeune fille, est reçue par Freud. Une idée l’obsède, qui fait symptôme : elle ne doit pas rentrer seule dans une boutique. Elle attribue cette hantise à un souvenir de ses treize ans où, entrant dans un magasin, les deux vendeurs s’étaient esclaffés de rire. L’un d’eux l’avait, à première vue, séduite et lui avait plu. S’est alors installée chez elle, cette mauvaise conscience, mais qui restait néanmoins sans fondement. Puis, quelque temps plus tard dans les entretiens, lui revient cet autre souvenir où à l’âge de huit ans, entrée dans une boutique pour acheter des friandises, « le marchand avait porté la main, à travers l’étoffe de sa robe, sur ses organes génitaux ». Malgré cet incident, elle était retournée une seconde fois dans la boutique. Voilà donc ce qui serait à l’origine de sa « mauvaise conscience », sous-tendue par de l’angoisse.
Le corps, l’identification–Ana Dussert
Le corps, l’identification
Ana Dussert
La prochaine Journée de L’Envers de Paris, Fantasmes contemporains du corps, affirme dans son titre que le corps relève du fantasme, mettant les fantasmes au pluriel afin d’indiquer leurs manifestations multiples et donc relatives au discours contemporain, dans la mesure où celui-ci érige, à la place de l’Un, un multiple hétérogène. Essayons cependant de saisir ce qui pourrait s’écrire du corps lorsqu’il s’énonce dans le registre de l’Un, faisant valoir que le multiple déclaré ne peut pas s’y extraire : non pas le Un unifiant l’image, les images, mais le Un accédant à la structure.
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