Vecteur clinique et addictions / TYA* année 2021/2022

 

Responsable Pierre Sidon

Addiction : le succès d’un signifiant n’est jamais une opération délibérée, même s’il peut relever de l’invention d’un seul, bien branché sur l’époque. Le marché peut alors bien s’en emparer, mais à condition que ce soit d’abord un symptôme devenu social. Ainsi de ladite addiction. Inutile dès lors de vouloir en freiner l’usage. Mais, néanmoins, comme tout symptôme, il fait parler.

Ce que nous faisons depuis 8 ans au TyA, à L’Envers de Paris et dans le Champ freudien.

 Il est pourtant difficile de parler de ce symptôme qui résiste parfois à faire symptôme pour ceux qui en sont semble-t-il affectés. Car lorsque la face de jouissance d’un symptôme domine, il cloue le bec et l’on fait alors symptôme… pour les autres. C’est notamment la mauvaise réputation des toxicomanes. 

Mais avec l’avènement d’une ère où se mêlent consommation et excès, réunis dans le signifiant euphémisé d’addict, chacun peut aisément s’y reconnaître.

Mais si tout le monde est malade, alors c’est que c’est la civilisation qui l’est. Lacan n’avait-il pas écrit le mathème du Discours Capitaliste, cet anti-discours qui inscrivait le court-circuit mettant en connexion le sujet et la jouissance sans l’intermédiation de l’Autre, lieu de la parole ? Et n’était-ce pas cela qui se déployait au niveau civilisationnel sous nos yeux ébahis ? N’était-ce pas cela qui montrait son pouvoir corrosif jusqu’à défaire les croyances, la tradition, le lien social et ses institutions au point de remodeler le monde comme jamais depuis deux siècles et dans une accélération vertigineuse ?

Quelle chance de vivre dans ce maelstrom si l’on peut, au moins, en comprendre les ressorts ! Or il n’y a que la psychanalyse lacanienne, avec sa logique des discours et son égalité démocratique des parlêtres, tous égaux face à la jouissance, qui permette de supporter la confusion ambiante.

Et il faut accepter. Vouloir revenir aux temps passés est illusoire et délétère, car ce qui n’est plus ne peut plus opérer : ce sont des discours désactivés, selon le mot de Lacan. Nous ne regardons pas en arrière mais loin au-devant de la courbe, en éclaireurs de la modernité et de ses folies, assurés que, de toujours, par essence, tout le monde délire.

 C’est que le programme était écrit, issu des mystères insondables des origines de l’être parlant, que dans une combinatoire opérante par le truchement des petites lettres dont il a seul le maniement, il finirait par opérer sur le réel, la nature, l’univers et sa destinée. Nous y sommes. Autant faire face. À cette croisée des chemins, nul retour en arrière ne pourrait apporter autre chose que caricatures grotesques de l’ordre ancien. Pourtant, la fuite en avant de la science n’est pas sans faire frémir, car son idéal d’un savoir absolu n’est qu’un leurre : la pandémie, entre autres catastrophes, a révélé au grand jour sa connaissance nécessairement limitée, si ce n’est sa responsabilité. Son ambition reste pourtant inentamée voire présomptueuse.

 Dans la prétendue addictologie, elle reste sans autre recours que des appels à la modération, à grands coups de pondération, de chiffrage, d’évaluation dont on attend quelque… mesure. Elle peine à dépasser ce stade hygiéniste maquillé des oripeaux de la science et communique sans relâche sur ses ambitions toujours à l’état d’hypothèses en mal d’étayage afin de justifier ses chaires et de renflouer ses budgets. Mais quel service rend-elle à la population ?

 Il est vrai que la tâche est immense, puisqu’elle ne concerne rien moins que le rapport des sujets à la pluie d’objets qui les inonde dans un monde morcelé en voie de transformation, sans le recours des institutions, réduits à des identifications imaginaires médiées par les modes de jouissance. Et nous, que faisons-nous à part observer, décrire, expliquer ? Ce ne serait déjà pas si mal, mais il nous arrive de produire des effets dans les ruines du monde d’hier et les fondations de celui de demain. Nous sommes certes des citoyens consommateurs, mais nous sommes aussi des analysants. C’est-à-dire que nous pratiquons la parole, malgré la jouissance qui s’y oppose. Et nous persistons aussi à travailler en institution malgré le sort qui leur est réservé : nous travaillons à plusieurs malgré l’atomisation du lien social.

Que faisons-nous, comment faisons-nous ? Ne restons pas seuls ! Parlons-en ensemble, si la pandémie nous en laisse le loisir : retrouvons-nous à partir du mois de décembre pour une nouvelle série des conversations « Clinique et addictions » du TyA-L’Envers de Paris, en chair et en os !

Pierre Sidon

 

Renseignements et inscriptions sur notre site : addicta.org>

 

Dates des prochaines conversations :

13 décembre 2021, 24 janvier, 14 février, 14 mars, 11 avril, 16 mai, et 20 juin 2022.

 

 

*TyA ( (Toxicomania y Alcoholismo) réseau international du Champs Freudien, il regroupe différents professionnels de la clinique dans différents pays, Argentine, Brésil, France, Espagne, Italie, Belgique, Grèce, Suisse.

 

Nos conversations, nos travaux…

 

Coca in Love

Coca in Love

Le discours contemporain sur lesdites addictions aime assimiler les choses de l’amour à la vie des choses. Il est bien en cela le miroir du discours de l’époque. Ainsi distingue-t-il mal « sex » et « love » addicts. Les deux sont d’ailleurs confondus chez les Anonymes qui se réunissent dans le groupe des Dépendants Affectifs et Sexuels. Il faut dire aussi que la structure qui détermine la jouissance, rejoint dans certains cas, le discours de l’époque qui forclot l’amour. La cocaïne peut-elle remplacer l’amour ? L’amour est-il une forme protohistorique de l’addiction ?

Clinique et addictions 13 janvier 2020

Clinique et addictions 13 janvier 2020

On dit que s’il y a des femmes addict(e)s, l’addiction féminine revêt des traits spécifiques. Conformément à l’orientation de nos Conversations, ce qui nous intéressera c’est bien plutôt la féminité que l’addiction, les sujets plutôt que les appareillages de la jouissance qui les spécifie comme êtres parlants. Pour ces sujets : en quoi leurs consommations ont-elles pris place dans la dimension essentiellement féminine de l’être ?

Vecteur clinique & addictions

Vecteur clinique & addictions

Recevoir une demande formulée en termes d'addictions ne saurait se réduire à mesurer une quantité, une fréquence concernant des objets consommés ou des comportements observés : c'est d'abord ouvrir une fenêtre sur la clinique, médicale et psychiatrique. Mais au-delà,...

Sinthomes et délires avec les toxiques

Sinthomes et délires avec les toxiques

Conversation clinique et addictions, le 8 avril 2019 à 21h avec Stéphanie Lavigne : « une putain d’elle-même » et Richard Bonnaud : »Fumeur ordinaire, psychose extraordinaire ».

clinique et addictions

clinique et addictions

Au programme de notre prochaine soirée « clinique et addictions », lundi 11 mars à 21h nous accueillerons deux collègues qui ont accepté de nous exposer leur travail à travers deux cas clinique. Des bienfaits d’une addiction Il s'agira d'un cas de psychose...

Conversation clinique et addictions TyA / Envers de Paris

Conversation clinique et addictions TyA / Envers de Paris

Pour s'inscrire sur addicta.org>       La prochaine soirée de nos conversations "clinique et addictions" du lundi 10 décembre 2018 sera clinique. Eric Colas, Psychologue au sein d’un CSAPA et Luis Francisco Camargo, Membre de l'École Brésilienne de Psychanalyse...

C’est la rentrée des conversations !

C’est la rentrée des conversations !

    C’est la rentrée des conversations « clinique et addictions » du TyA / Envers de Paris ! Dans l’après coup de la première soirée de l’enseignement de Pierre Sidon, « des dits-addicts », qui s’est tenue le 9 octobre 2018 à l’Ecole de la Cause auprès...

conversation clinique et addictions

conversation clinique et addictions

Prochaine conversation clinique et addictions / TyA mardi 26 juin 2018    Nous accueillerons Hélène Bonnaud, psychanalyste, membre de l'Ecole de La Cause freudienne qui nous a fait le plaisir d'accepter de clôturer cette année de travail. Elle présentera un cas...

Vecteur Clinique et Addictions / TyA Barcelone 2018

Vecteur Clinique et Addictions / TyA Barcelone 2018

Intervention du Vecteur Clinique et Addictions, lors du deuxième Colloque International du TyA (Toxicomania y Alcoolismo) : « Branchement et Débranchements dans les Toxicomanies et les Addictions », à Barcelone.

Les machines vous souhaitent la bienvenue

Les machines vous souhaitent la bienvenue

Introduction à la prochaine conversation du TyA/ Clinique et Addictions par Pierre Sidon Éducation thérapeutique, rééducation, remédiation cognitive, humains virtuels, thérapie par les robots, smartphone psychiatrist, questionnaires, évaluation… Que de termes pour...

Quand le travail s’en-mêle

Quand le travail s’en-mêle

La question de l’addiction et du travail est de plus en plus souvent posée aux professionnels des centres de soins spécialisés en addictologie. […] par Jean-François Perdrieau et Stéphanie Lavigne

Le triomphe de l’éducation

Le triomphe de l’éducation

En Novembre 2017 auront lieu les prochaines journées de l’École de la Cause freudienne dont le thème est: «Apprendre: désir ou dressage». Dans notre discipline, ladite addictologie, on assiste aux premières loges au triomphe de l’«éducatif»: … C’est l’éductologie! … par Pierre Sidon et Stéphanie Lavigne

Violence, passion, addiction : deux cas

Violence, passion, addiction : deux cas

24 avril 2017
Conversations cliniques et addictions – Aurélie Charpentier-Libert: le rejet de la violence à l’adolescence. Elisabetta Milan-Fournier: « je fais l’amour avec « ma » haine »

Liens sociaux toxiques

Liens sociaux toxiques

Avec Laure Naveau, invitée
Liens sociaux toxiques : considération sur un cas d’addiction sans objet
Luis Iriarte
Lors de la prochaine soirée du TyA – L’Envers de Paris, nous allons examiner un cas clinique où l’addiction se présente sans un objet apparent. En 2011, J.-A. Miller a manifesté que « toute activité peut devenir drogue »1. Cette citation nous permet de capter que ce qui est addictif (…)

Ségrégation et camp de concentration
Gabriela Pazmino
Le camp de concentration (à distinguer du camp d’extermination) est une forme de ségrégation dont l’origine remonte aux guerres coloniales anglaises du début du XXème siècle (Loir, 1902/1919).[1] Pratiquée à grande échelle durant la seconde guerre mondiale, (…)