Vecteur clinique et addictions / TYA* année 2020

 

Responsable Pierre Sidon

Les addictions, on en parle partout. Mais pour qui font-elles véritablement symptôme ? Pas nécessairement pour lesdits addicts eux-mêmes. Pour la société, cela semblerait assuré… Sauf que La société, ça n’existe pas forcément. On en parle en tout cas, elles défraient la chronique, ou plutôt les chroniques : pas une rubrique qui ne soit concernée : santé, société, éducation, faits divers, judiciaire, international, économie… politique même, les addictions sont partout. Mais sont-ce des addicts dont on parle ou des addictions ?

Parler des addictions, c’est parler produit, comportement, c’est surtout parler des objets, des choses. Mais le sujet qui compulse, consomme, se consume… Qu’en dire ? Que dit-il lui-même ? Souvent bien en peine de se plaindre d’autre chose que de son manque, réduit au statut de malade et incurable par dessus le marché par les vertus du discours scientiste, il est identifié à son produit, un sujet acéphale, le vendeur idéal ; un cercle vicieux parfaitement incarné par les groupes d’anonymes aussi bien que par le discours universitaire biologisant.
Comment en sortir ? The truth is not in the pudding ! Parler des addictions, c’est l’impasse car la cause n’est pas dans la substance, dans l’objet… Ou alors il faut considérer que la substance, l’objet, c’est celui qui consomme. Et comprendre pourquoi l’on peut être voué à incarner un tel objet et à le devenir par les vertus de la consommation ou d’un comportement ruineux. L’objet drogue, lui, ne parle pas. Pas plus que le neurone, n’en déplaise aux adorateurs du cerveau. Redonner la parole à celui qui consomme, telle est la méthode.
Mais que faire lorsque cette consommation, fait courant, ne fait pas symptôme pour lui ? Que faire lorsqu’au contraire, constat classique, elle a constitué une aide face à des symptômes qu’elle a fait taire ? L’affaire est d’autant plus problématique que ladite société elle-même, comme l’a annoncé jadis Jean-Pierre Couteron, serait « addictogène ». Réformer la société ? Éduquer ? Pourquoi pas. Serait-ce suffisant ? Peut-être pas.
C’est que si la société est addictogène, c’est parce qu’elle n’existe pas : que le lien social qui relie les individus a muté à mesure de la « montée au zénith de l’objet » (Lacan) : une « pluie d’objets » (Jacques-Alain Miller) s’abat sur chacun, remaniant son mode de jouissance et ses relations à l’autre. Qu’un nouvel épicurisme (jouir ni trop ni trop peu) serait beau ! Mais comment y atteindre ? Nos universitaires professeurs de vertus y parviendront-ils, armés de l’espoir de… toxiques anti-toxiques ? Eduquant à des comportements anti-comportements ?
Il faut plutôt parier sur le possible. Comment ? Si l’addiction c’est le recours de sujets pétrifiés à toujours plus de pétrification dans l’espoir, toujours déçu, de se désaliéner, alors il est possible de contrer cette identification à l’objet par une pratique de parole. Car si l’addiction ne fait pas symptôme pour l’addict, qu’elle est plutôt jouissance – au sens d’un appareillage de la jouissance du corps propre qui lui fait problème, elle ne parle pas. Mais l’addict n’est-il qu’un addict ? N’est-il pas aussi un être humain, un sujet, un parlêtre (Lacan) ? L’appareillage par les prothèses, chimiques ou autres, a-t-il définitivement gagné, pour un sujet ?, pour la société ?, ou est-il encore possible de converser un tant soit-peu ? Si oui, alors pour un temps encore, peut-être, continuerons-nous à parler et à inviter à parler.
Car parler, c’est faire vivre cette dimension d’irréalisation propre à l’homme et qui est aussi la virtualité d’un changement, d’une déprise des assignations les plus puissantes lorsqu’elle sont identifications à un objet. Parler, c’est contrer le court-circuit qui aliène chacun chaque jour un peu plus aux objets et à la « politique des choses » (Milner). Parler, c’est faire un détour. Parler, c’est perdre du temps, donc en gagner. Parler, c’est respirer, c’est vivre un peu mieux, un peu plus, vivre tout simplement, exister. Alors nous parlons avec lesdits addicts plutôt que parler des addictions ou des addicts. Nous parlons et nous en parlons et nous vous invitons à venir en parler avec nous, parce que la clinique, la vraie, celle qui ne se réduit pas à classifier mais donne la parole à des sujets singuliers, ce n’est pas seulement une alliée contre les addictions, mais la possibilité d’un véritable partenaire pour les addicts, soit le seul traitement.

Retrouvons-nous pour la septième année consécutive de ces Conversations Clinique et Addictions avec le réseau international du TyA et l’Envers de Paris à-partir de janvier 2020. Cliniciens, n’hésitez pas à proposer de présenter des situations, expériences, lectures ou autres présentations, quelles qu’elles soient…
Du moment qu’elles sont les vôtres ! Pierre Sidon

 

Renseignements et inscriptions : addicta.org>

 

Dates des conversations : lundi 13 janvier 2020, 24 février, 23 mars, 27 avril, 25 mai, 22 juin 2020 à 20h30.

 

 

*TyA ( (Toxicomania y Alcoholismo) réseau international du Champs Freudien, il regroupe différents professionnels de la clinique dans différents pays, Argentine, Brésil, France, Espagne, Italie, Belgique, Grèce, Suisse.

 

Nos conversations, nos travaux…

 

Coca in Love

Le discours contemporain sur lesdites addictions aime assimiler les choses de l’amour à la vie des choses. Il est bien en cela le miroir du discours de l’époque. Ainsi distingue-t-il mal « sex » et « love » addicts. Les deux sont d’ailleurs confondus chez les Anonymes qui se réunissent dans le groupe des Dépendants Affectifs et Sexuels. Il faut dire aussi que la structure qui détermine la jouissance, rejoint dans certains cas, le discours de l’époque qui forclot l’amour. La cocaïne peut-elle remplacer l’amour ? L’amour est-il une forme protohistorique de l’addiction ?

Clinique et addictions 13 janvier 2020

On dit que s’il y a des femmes addict(e)s, l’addiction féminine revêt des traits spécifiques. Conformément à l’orientation de nos Conversations, ce qui nous intéressera c’est bien plutôt la féminité que l’addiction, les sujets plutôt que les appareillages de la jouissance qui les spécifie comme êtres parlants. Pour ces sujets : en quoi leurs consommations ont-elles pris place dans la dimension essentiellement féminine de l’être ?

Vecteur clinique & addictions

Recevoir une demande formulée en termes d'addictions ne saurait se réduire à mesurer une quantité, une fréquence concernant des objets consommés ou des comportements observés : c'est d'abord ouvrir une fenêtre sur la clinique, médicale et psychiatrique. Mais au-delà,...

Sinthomes et délires avec les toxiques

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Vecteur Clinique et Addictions / TyA Barcelone 2018

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Introduction à la prochaine conversation du TyA/ Clinique et Addictions par Pierre Sidon Éducation thérapeutique, rééducation, remédiation cognitive, humains virtuels, thérapie par les robots, smartphone psychiatrist, questionnaires, évaluation… Que de termes pour...

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