Un début
Présentation du premier numéro du magazine Forum des psys à la librairie Tschann.
Ce numéro 1 ne cherche pas à convaincre, il nous offre l’étonnante galerie de portraits de celles et ceux qui entendent « gérer » la santé mentale dans un rapport de forces. Il est ce que nous appelons un instant de voir.
Cette galerie est trouée par la savoureuse bouffée d’air que donne l’interview du sénateur Alain Milon par Ève Miller-Rose et Damien Guyonnet ; une méthode s’en dégage : parler. Notre ressource, puissante et une, n’est autre que le champ de la parole : nous le labourons et l’ensemençons, mais nous l’étendons aussi, y multipliant les rencontres et nous efforçant de faire entendre à nos différents interlocuteurs les conséquences pour tous de l’éradication de la psychanalyse des structures de soins dont l’accès est gratuit et auxquelles les plateformes ne sauraient se substituer que par un coup de force, visible ou insidieux. C’est toujours un pari, et une aventure.
Sommes-nous au seuil d’un nouveau temps pour comprendre ? On entend que la bataille sera rude. Déjà les répercussions très concrètes nous reviennent du terrain. Des psychologues et des médecins qui ont choisi l’orientation lacanienne en attestent par le fait qu’ils ont été mis en demeure de se renier ou de démissionner, quand ils n’ont pas été remerciés. Plus que jamais l’heure est à la recherche de compromis qui sauvegardent notre discipline.
La concurrence entre les méthodes d’approche et la diversité des offres n’a plus l’appui des gouvernants. Si c’est un monopole d’état qui se profile, la psychanalyse y est, génétiquement, réfractaire.
Chez Tschann, grâce à Yannick Poirier que je remercie en notre nom, l’esprit a soufflé, une conversation s’est installée avec le public et après la présentation animée que Déborah Gutermann-Jacquet et Damien Guyonnet firent du magazine, des collègues que nous ne connaissions pas se sont lancés et ont témoigné de ce qu’ils ou elles avaient connu en matière d’ostracisme. Édifiant, et…
Ce n’est qu’un début.
Nathalie Georges-Lambrichs
Traduire c’est choisir
L’éclat des Lectures freudiennes
Notre vecteur a entrepris cette année le travail de relecture de nos traductions qui ne sont pas publiées. Nous avons commencé par relire l’article que Freud écrit en 1915 : « Complément métapsychologique à la doctrine du rêve ». Dans ce texte Freud compare : le deuil, l’état amoureux et le rêve sur leur versant économique et topique, en affirmant d’abord que : « le rêve est le gardien du sommeil » et que dans l’insomnie le Ich renonce au sommeil parce qu’il craint les rêves.
Le sommeil déclenche un retrait général des investissements, les restes diurnes : choses vues, lues, entendues le jour, qui portent un intérêt libidinal, résistent à ce retrait et lèvent la formation du rêve, via un renforcement des motions pulsionnelles inconscientes, ces dernières présentées comme : « sculpteur du rêve ».
Nous avons discuté ferme pour choisir entre divers termes laissés en suspens : choisir nouer pour knüpfen, replacer respectivement Reiz et Erregung dans leur contexte et opter pour « stimulation » et « excitation ». Nous avons décidé enfin d’une note pour le fameux : Rücksicht auf dartellbarkeit que Meyerson dans L’interprétation des rêves traduit par : « prise en considération de la figurabilité », les œuvres complètes par : « présentabilité ». Nous reprendrons quant à nous, la proposition de Lacan dans « L’instance de la lettre » : « égard aux moyens de la mise en scène », comme condition spécifique imposée dans le rêve au matériel signifiant. Lacan l’a traduit également dans le Séminaire XV : « eu égards à la nécessité de la représentation ».
Nous faisons à chacune de nos rencontres, l’expérience de l’aphorisme : traduire c’est choisir !
Responsable du vecteur : Susanne Hommel
Avez-vous envie d’y participer ? Pas besoin d’être germaniste. Écrivez-nous à l’adresse mail : lectures-freudiennes@enversdeparis.org
Actualité des passions de l’être
L’éclat de Lectures cliniques
Que nous enseigne aujourd’hui l’orientation lacanienne – avec les trois passions de l’être – sur la manière dont un sujet traite sa jouissance et sur la subjectivité contemporaine ?
L’analyste s’oriente à partir de la causalité, la logique du cas et du savoir inconscient, mais les passions exigent un maniement du transfert. Lacan introduit l’ignorance comme condition de l’entrée en analyse [1] : elle désigne la méconnaissance du sujet quant à son manque-à-être, là « où se déploie la passion du névrosé [2] » qui « manque de raison d’être [3] ». Le sujet ignore sa vérité refoulée. Aujourd’hui, l’ignorance prend la forme d’un savoir clos sur lui-même, effaçant la singularité du symptôme et l’éthique du désir. Cette passion prend désormais la couleur de l’indifférence.
Lorsque la vérité vire à la certitude, l’amour de transfert peut prendre la forme de l’érotomanie, soit la certitude délirante d’être aimé [4]. Le manque dans l’Autre y apparaît comme un trou, l’initiative venant toujours de l’Autre. L’érotomane se distingue ainsi du névrosé qui croit faire tout pour être aimé, ou du mystique qui se voue à l’Autre. Amour et haine y deviennent réversibles.
Quant à la haine, dans une époque marquée par le rejet de l’altérité et l’effacement de la honte, elle surgit de manière déchaînée. La psychanalyse nous enseigne que le racisme, comme forme de haine, s’enracine dans la jouissance propre du sujet. La haine vise ce point d’extimité en soi-même qui fait horreur.
Ceylin Ozcan
Responsable du vecteur : Noa Farchi
Les inscriptions pour le prochain cycle seront bientôt ouvertes. Pour y participer, contactez-nous à l’adresse mail : vlc.enversdeparis@gmail.com
Acueillir le monologue
L’éclat du Seminario Latino
Le mercredi 18 mars 2026, le Seminario Latino de l’Envers de Paris a organisé une soirée autour de l’ouvrage de Guy Briole, psychanalyste membre de l’ECF, intitulé Monologue partagé avec la folie, paru en octobre 2024 aux éditions L’Harmattan.
Cette table ronde réunissait aux côtés de l’auteur, Éric Laurent, Olivia Bellanco et Flavia Hofstetter, qui en assurait l’introduction.
Le monologue partagé serait une alternative au dialogue, non dialectique, permettant d’offrir au sujet les conditions d’un « ça se parle », nous enseigne Guy Briole. Car chacun est dans son monologue, ajoutait Éric Laurent, celui de son symptôme. La possibilité s’offre alors au sujet exilé du symbolique de partager une langue commune depuis le lieu du transfert avec un analyste.
Après avoir délimité le concept de folie, Guy Briole expose dans cet ouvrage une clinique continuiste sous transfert, où l’implication de l’analyste se déploie de façon singulière au fil des cas présentés. L’engagement, la souplesse et la part de semblant qu’il propose sont au cœur du transfert. C’est dans la manière dont l’analyste soutient sa position dans le transfert que l’on saisit qu’il ne recule pas devant la folie. Comme l’a souligné Olivia Bellanco, le transfert implique un dosage où la place de l’analyste est faite de vide et de présence.
Cette conversation a transmis de façon vivante une pratique où le patient peut enseigner quelque chose de son cas lorsqu’il est à la recherche de ce qui le rend unique.
Celia Brousse
[1]Lacan J., Le Séminaire, livre I, Les Écrits techniques de Freud, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 298.
[2] Lacan J., « La direction de la cure et les principes de son pouvoir », Écrits, Paris, Seuil, coll. Champ Freudien, 1966, p. 613.
[3] Miller J.-A., « La passion du névrosé », La Cause du désir, no 93, septembre 2016, p. 114.
[4] Clérambault G. G. de., « Les délires passionnels » (1921), Ornicar ?, no 32, printemps 1985, p. 29-38.

