Édito

Éclats de rentrée

Qu’est-ce qui fait le vivant [1]? Ce nouveau numéro d’Éclats en fait résonner la question, là où les corps, les savoirs et les passions ne se laissent jamais tout à fait saisir.

Sur la scène du théâtre, des voix sans âge lèvent le voile sur le désir et la jouissance qui animent encore les corps au seuil de la mort. Sur l’écran du cinéma, le corps-machine d’Ex Machina brouille les frontières entre l’humain et l’intelligence artificielle, faisant surgir les fantasmes dont la science elle-même est tissée. Enfin, le vecteur Lectures cliniques nous invite à reprendre le fil des trois passions – l’amour, la haine et l’ignorance – dans le rapport du sujet à l’Autre et au savoir.

Du théâtre au cinéma, de la fiction à la clinique, ces trois éclats nous font entendre ce qui, du vivant, ne se laisse réduire ni au savoir ni à la maîtrise.

Bonne lecture !

Mariel Martins-Lecouturier

Pour le bureau de l’Envers


 

Vecteur Théâtre et Psychanalyse

Des éclats, dans la vie secrète des vieux.

Au printemps dernier [2], le vecteur théâtre a choisi de voir la pièce de Mohamed El Khatib La vie secrète des vieux suivie d’un échange entre les acteurs, Ariane Chottin et Olivia Bellanco.

De quel secret s’agit-il dans cette pièce ? De la vie sexuelle ! Avec un texte écrit à plusieurs et porté par une troupe de vrais « vieux » qui tirent le rideau sur leurs secrets pour faire une ode à la vie illustrant « que ça jouit ou que ça souffre […] et que ça a un corps [3] ».

Au seuil de la fin, les « vieux » témoignent de l’amour, du désir et de la jouissance. Dans ce chant du cygne, la parole se libère par le franchissement des tabous, les coming out soulignant que le plaisir est toujours là, même pour les « vieux » !

Il n’y a aucun pathos sur scène sinon une joie lumineuse et contagieuse démontrant à quel point le « secret » de chacun est celui de la force de la jouissance nouée au dire, porté par le corps parlant.

Dans l’écume fraîche de l’instant de voir, un enseignement se dégage du spectacle de ces femmes et hommes qui ont entre 80 et 94 ans, que la rencontre entre nos collègues et les acteurs a mis délicatement en avant : celui de l’écoute attentive à leurs énonciations où le désir jaillit, par ces voix sans âge qui ont fait entendre l’importance de la psychanalyse par les petites touches pointées du réel de la vie au bord de la mort.

Rosana Montani-Sedoud


 

Vecteur Psynéma

À propos de l’événement Psynéma du 24 juin 2026, au cinéma Les 7 Parnassiens, à 20 h.

Le film Ex Machina d’Alex Garland, sorti en 2014, a été l’occasion d’un vif débat autour des principes mathématiques de l’IA et des théorèmes de limitation qu’ils impliquent, dont un Kurt Gödel a donné la structure fondamentale.

Si bien qu’on peut dire que l’attribution à l’IA d’une conscience ou d’un savoir qui se réfléchit comme savoir, est à proprement parler un fantasme, lequel est incarné dans le film par le personnage d’Ava (Alicia Vikander), sorte de nouvelle Ève sans Adam, purgée du péché originel.

Garland nous donne à cet égard une version caustique du test de Turing : la machine imite si bien l’homme qu’elle en devient meurtrière à l’égard de son créateur, Nathan (Oscar Isaac), pour aspirer à une liberté…

Dans cet esprit, le fantasme cartésien, relatif ici au rejet du corps dans une pure étendue numérique, trouve dans la fiction de Garland des variations saisissantes où les limites séparant le vivant et le corps-machine se brouillent.

Cela a été l’occasion de rappeler et discuter ce dit de Lacan : « Le fantasme du corps, c’est l’étendue imaginée par Descartes. […] Et le fantasme est à noter avec l’accent que je lui donnais quand je remarquais que la géométrie […] est tissée de fantasmes, et du même coup toute science. […] La science est liée à ce qu’on appelle spécialement pulsion de mort [4] ».

Karim Bordeau


 

Vecteur Lectures cliniques

La deuxième année du vecteur poursuit le travail consacré à la lecture clinique des trois passions : l’amour, la haine et l’ignorance. Nous étudierons au plus près leurs manifestations cliniques, quels sont les mécanismes psychiques qui alimentent, renforcent ou limitent les passions du sujet dans son rapport à l’Autre afin d’élucider comment un sujet traite ses passions dans une cure d’orientation analytique.

Nous allons commencer par la lecture du texte d’Éric Laurent « Passions religieuses du parlêtre [5] », puis nous poursuivrons avec « La clinique du surmoi » de Jacques-Alain Miller [6] et « Le ravage dans le rapport à la mère », par Marie-Hélène Brousse [7]. Ensuite, l’étude sera ouverte sur les manifestations cliniques dans la cure analytique : les passions dans la relation transférentielle où se déchiffre « Le vrai ressort de l’amour », un texte du Séminaire VII [8] de Lacan. Le cycle se terminera avec l’étude de la position de l’analyste, illuminée par la passion de l’ignorance dans les entretiens de Lacan à Sainte-Anne « Le savoir du psychanalyste [9] ».

« Comment résister, nous demande Pascale Fari, à la tentation épinglée par Proust d’une vérité toute prête, momifiée dans sa “forme intacte”, pour s’engager dans une véritable dynamique de lecture ? [10] » Les participants sont conviés à écrire un court commentaire du texte théorique, à interroger une phrase, une idée qui les a marqués et à partager leur expérience clinique face à l’actualité de la psychanalyse dans la cité. Chaque réunion du vecteur est accompagnée par un invité extime, qui oriente notre conversation par son interprétation.

Nous invitons ceux qui souhaitent nous rejoindre à prendre contact par mail :

vlc.enversdeparis@gmail.com

Responsable du vecteur : Noa Farchi, avec la commission d’organisation : Andrea Castillo, Ceylin Ozcan, Karine Vincent et Jérémie Wiest.


 

[1] Les prochaines journées de l’École de la Cause freudienne se tiendront le 7 et 8 novembre à Paris, sur le thème « Le sentiment de la vie ».

[2] Pièce jouée le 12 avril 2026 au théâtre du Rond-Point à Paris.

[3] Lacan J., « Conférence de Louvain », texte établi par J.-A. Miller, La Cause du désir, n°96, juin 2017, p. 12.

[4] Lacan J., Le Séminaire, livre XXV, « Le moment de conclure », leçon du 20 décembre 1977, inédit.

[5] Laurent É., « Passions religieuses du parlêtre », La Cause du désir, n° 93, 2016, p. 63-73.

[6] Miller J.-A., « La clinique du surmoi », Mental, n° 50, 2024, p. 11-25.

[7] Brousse M.-H., « Une difficulté dans l’analyse des femmes. Le ravage du rapport à la mère », Ornicar ?, n° 50, 2002, p. 93-105.

[8] Lacan J., Le Séminaire, livre VII, Le transfert, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1991, p. 203-217.

[9] Lacan J., Je parle aux murs, Paris, Seuil, 2011, p. 9-40.

[10] Fari P., « Faire cas du texte », Horizon, n° 65, 2021, p. 60-66.