Seminario Latino de l’Envers de Paris

Année 2026-2027

 

Thème annuel : « L’inconscient, c’est la politique »

Co-responsables : Pablo Llanque Nieto et Marlith Pachao

Équipe : Francesco Bernardi, Célia Brousse, Juliane Casarin, Carlos Chavez Bedregal, Junia Couto, Martin Lamadrid, Eleonora Renna, Debora Scharf, Taly Syster, Andrea Zuñiga.

Argument du thème de l’année : « L’inconscient, c’est la politique »

Pour l’année 2026-2027, le Seminario Latino de l’Envers de Paris propose de mettre au travail deux concepts cruciaux pour la psychanalyse : l’inconscient et la politique.

Notre réflexion prendra comme point de départ la formulation de Lacan : « L’inconscient, c’est la politique », énoncée le 10 mai 1967 dans son Séminaire XIV, La logique du fantasme [1].

À partir de l’expérience freudienne, pour qui « la psychologie individuelle est aussi, d’emblée, simultanément, psychologie sociale [2] », Lacan franchit un pas supplémentaire en mettant l’accent sur le caractère transindividuel de l’inconscient [3]. Celui-ci ne relève pas d’un sujet isolé, il implique le rapport à l’Autre et rencontre ainsi la politique dans le champ du discours social.

Dans cette même formulation, Lacan fournit également une indication sur ce qu’il convient d’entendre par « politique » : « ce qui lie les hommes entre eux, comme ce qui les oppose [4] ». Dès lors, si l’inconscient est structuré comme un langage, il ne peut se lire sans prendre en compte les discours dans lesquels il est pris. Or, les discours se transforment avec l’air du temps, et ces transformations ne sont pas sans incidence sur la subjectivité, les modes de jouissance et les façons de faire lien social.

 

Jacques-Alain Miller souligne que chez Lacan l’inconscient n’est jamais « le definiens, mais toujours le definiendum ». Autrement dit, il demeure toujours ce qui est à définir [5]. Il s’agit ainsi d’un travail à reprendre sans cesse, puisque l’inconscient est à lire dans son rapport à l’Autre, un Autre qui, loin de faire Un, est lui-même divisé [6]. Lire l’inconscient engage ainsi l’analyste à « rejoindre à son horizon la subjectivité de son époque [7] ».

Au cours de nos soirées de cette année, nous nous intéresserons de près aux nouvelles formes du discours contemporain et à leurs effets. Quelles places la psychanalyse et l’inconscient occupent-ils aujourd’hui dans le champ de la santé mentale ? Quels effets les transformations du discours contemporain produisent-elles sur la pratique analytique ? Et comment l’analyste peut-il s’orienter face aux signifiants-maîtres de son époque ?

Ces questions nous conduiront à interroger ce que devient l’inconscient lorsque les formes du lien social se transforment, et ce que la psychanalyse peut encore entendre et dire de la politique à partir de ce que l’expérience analytique nous enseigne.

 


[1] Lacan J., Le Séminaire, livre XIV, La Logique du fantasme (1966-1967), texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil & Le Champ Freudien, 2023, p. 317.

[2] Freud S., « Psychologie des masses et analyse du moi » (1921), Œuvres complètes, vol. XVI, trad. J. Altounian, A. Bourguignon, P. Cotet, A. Rauzy, Paris, PUF, 1991, p. 5.

[3] Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 258.

[4] Lacan J., Le Séminaire, livre XIV, La Logique du fantasme, op. cit., p. 317.

[5] Miller J.-A., « L’inconscient, c’est la politique », L’Hebdo-Blog, n° 105, 21 mai 2017, extrait d’« Intuitions milanaises », Mental, n° 11, 2002.

[6] Ibid.

[7] Lacan J., « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse », Écrits, op. cit., p. 321.