Horizon N° 67 / Formes contemporaines de la pudeur

Horizon N° 67 / Formes contemporaines de la pudeur

Horizon N° 67 / Formes contemporaines de la pudeur

Sommaire

Éditorial, Un petit abri, Dalila Arpin

Introduction, Un nuage de lait, Ariane Chottin

 

LA TOILE DE L’ÉPOQUE                                              

Pudeur & impudeur de MeToo,

Tout dire, mi-dire, bien dire, Émilie Descout-Ouannadi

 Ad Feminem,             

Atteintes à la pudeur 2.0, Gilles Mouillac

Une chose qui ne nous est pas destinée, Rencontre avec Xavier de La Porte

Ouvrir les yeux,

Mérites de la pudeur et de la honte, Adriana Campos

Écrire la scène,                       

Annie Ernaux : dire, le gain de la honte, Marie-Christine Baillehache

L’écran (im)pudique,

Clinique de la pornographie au XXIe siècle, Ariel Altman

Une écologie de la jouissance ?

Pudeur et société de consommation, Thomas Daigueperce

 

ENTRE LES MOTS                                                         

L’indécence des phrases toutes faites, Rencontre avec Christine Angot

La pudeur de la langue,

Où loger le bien-dire à l’heure de l’aveu, Bénédicte Jullien

« Sch-chut ! »,

Prélude à une lecture freudienne, Susanne Hommel, Niels Adjiman, Christine Hyot, Michèle Laboureur, Brigitte Lehmann, Nathalie Menier, Jonathan Sibold

Premier amour,

La pudeur selon Beckett, Omaïra Meseguer

La pudeur et le réel,    Le passage étroit du privé au public, Laure Naveau

Violation et indicible

« histoire d’une langue coupée », Clotilde Leguil

 

PAS À VOIR                                                                                                      

« l’écharde dans la chair »

Des usages de la pudeur, Jacqueline Dhéret

Judith et Lucrèce,

La peinture comme recours, Yves Depelsenaire

Le voile, entre pudeur et impudeur, Rencontre avec Bruno Nassim Aboudrar

Sous le voile, Traumatisme et pudeur, Sonia Chiriaco

Une barrière à la jouissance déréglée,

Le toxique comme voile, Tomás Verger

Leur honneur, leur pudeur,

L’engagement dans la guerre, Émilie Dragüla-Gabillet

 

FICTIONS DERRIÈRE L’IMAGE                                                   

La pudeur, Dieu et la lettre,

Comment une fiction cinématographique fait démonstration clinique, Hervé Castanet

Dans les bas-fonds d’Argos, Électre et la jouissance obscène, Hélène de La Bouillerie

 Network, la pudeur au rencart, Puissance du discours capitaliste, Karim Bordeau

De Virgin suicides à Lost in translation,

Nouage de la pudeur et l’impudeur dans le cinéma de Sofia Coppola, Baptiste Jacomino

Angela Liddell, un théâtre de la cruauté,

L’Un-pudeur de l’horreur, Alexandra Escobar, Andrea Souza Paleari & Ana Inés Vasquez

 

FENÊTRES                                                                                 

Le facteur infantile, un trésor voilé,

Les théories sexuelles de l’enfant; du récit au ratage, Beatriz Gonzalez-Renou

« Elvis has left the building», Cerner la perte avec pudeur, Daphné Leimann

Filmer la langue, Conversation entre Nurith Aviv et Éric Laurent

La pudeur, une position féminine

À travers les âges de la vie, Élisabeth Leclerc-Razavet

Par(l)amour,De jeunes brésiliens à l’heure de la pornographie,  Junia Couto

Horizon N° 66 La sublimation ? Sérieux ?!

Horizon N° 66 La sublimation ? Sérieux ?!

Horizon N° 66 / La sublimation ? Sérieux ?!

Sommaire

Introduction, Marga Auré

Éditorial, Stella Harrison

Orientation,

Opérer avec la Chose, Jacques-Alain Miller

La sublimation ? Sérieux ?!

Limites de la sublimation, Éric Laurent

Narcissisme et sublimation, Laurent Dupont

Une nouvelle raison pour l’amour, Fabian Fajnwaks

  • Sublime perversion, Guillaume Libert
  • Sublimation et sexuation, Rose-Paule Vinciguerra

Quark – L’artiste et le physicien, Fabienne Hulak

  • L’impudence et le pas-tout, Pascal Pernot

Peindre et écrire

Le dit-voir, Pierre Antoniucci

L’escabeau d’Albert, Hervé Castanet

Lire

Événement d’écriture, Hélène Bonnaud

Un accident entre le cri et la parole, Nathalie Georges-Lambrichs

Le souffle et le silence, Emmanuelle Chaminand Edelstein

De l’excès à l’accès, Marie-Christine Baillehache

Giacomo Leopardi : « un discours qui parle à tout le monde », Cinzia Crosali

Accords

Alban Berg : lyrisme et dodécaphonisme, Serge Cottet*

La musique et la psychanalyse : compatibles ou réfractaires ?, Marie Faucher-Desjardins

Hors les murs

Conversation avec Francesca Biagi-Chai

Les chemins de L’Envers 

Lectures cliniques

Maman, au secours !, Janis Gailis

Lectures freudiennes

La passe de lalangue, Susanne Hommel

La scène

Vive Mizoguchi !, Karim Bordeau

Les contes de La femme qui n’existe pas, Laura Sokolowsky

Le plus sublime des hérétiques, Giordano Bruno, Philippe Benichou

Giordano Bruno, l’infini, cause et nécessité, Francesca Biagi-Chai

Chorégraphie de la spirale, Dominique Corpelet

L’acteur, l’escabeau, le trou, Mathilde Braun

Vers un théâtre de soi, Guido Reyna

Sans tambour ni trompette, trois questions à Gianni Corvi

Note de lecture

Pas-tout-LOM, Soledad Peñafiel

Annie Ernaux : Le rendez-vous de l’objet

Annie Ernaux : Le rendez-vous de l’objet

Annie Ernaux : Le rendez-vous de l’objet.

Dans Passion simple, Annie Ernaux n’écrit pas le rapport sexuel entre une femme – elle-même – et un homme – désigné par la lettre A. Elle écrit l’avant et l’après de cette rencontre qu’elle situe dans « un espace de temps délimité par deux bruits de voiture, sa R25 freinant, redémarrant, où j’étais sûre qu’il n’y avait jamais rien eu de plus important dans ma vie, ni avoir des enfants, ni réussir des concours, ni voyager loin, que cela, être au lit avec cet homme au milieu de l’après-midi.  » Hors du temps suspendu de « l’absolu de [sa] passion  », tout lui est devenu « ou pénible ou indifférent  ». Avant et après cette rencontre tout entière emplie de la passion hors temps des corps, il n’y a plus qu’« une attente indéfinie et douloureuse  » et qu’un avenir fixé au « prochain coup de téléphone fixant un rendez-vous  ». « Je n’étais plus que du temps passant à travers moi.  »

Annie Ernaux n’écrit que les restes de cette jouissance du rapport sexuel qui la happe hors du temps. Elle dresse le tableau des objets qui témoignent de cette jouissance qui y fut rencontrée et éprouvée et qui ne s’écrit pas. « Aussitôt après son départ, une immense fatigue me pétrifiait. Je ne rangeais pas tout de suite. Je contemplais les verres, les assiettes avec des restes, le cendrier plein, les vêtements, les pièces de lingerie, éparpillés dans le couloir, la chambre, les draps pendant sur la moquette. J’aurais voulu conserver tel quel ce désordre où tout objet signifiait un geste, un moment, qui composait un tableau dont la force et la douleur ne seront jamais atteintes pour moi par aucun autre dans un musée.  » Ce tableau, cette Nature morte « ni nature, ni morte  », fait écran au rapport sexuel qui n’existe pas et donc ne peut ni se voir ni s’écrire. Ne peut s’en voir et s’en écrire que des morceaux extraits, des pièces détachées épars tombées au sol qui à la fois le montrent et le cachent. Dans son texte « Les prisons de la jouissance », J.-A. Miller fait valoir que cette connexion de l’imaginaire et du symbolique voile ce qui se trouve derrière, caché, l’objet (a). « Le voile qui cache fait exister ce qui ne peut se voir. […] S’il n’y a pas de voile, on constate qu’il n’y a rien. Si entre le sujet et le rien il y a un voile, tout est possible. On peut jouer avec le voile, imaginer des choses, un peu de simulacre peut également aider. Là où il n’y avait rien avant le voile, il y a, peut-être, quelque chose et au moins, il y a l’au-delà du voile, et dans cette mesure, par ce “peut-être”, le voile crée quelque chose ex nihilo  ».

Avec l’écriture de son roman Passion simple, Annie Ernaux met en place la fonction du voile qui, avec de l’imaginaire et du symbolique, cache et montre l’objet (a) comme étant rien. « Dès que j’entendais la voix de A., mon attente indéfinie, douloureuse, jalouse évidemment, se néantisait si vite que j’avais l’impression d’avoir été folle et de redevenir subitement normale.  » En y mettant en scène des bouts d’objets destinés à être évacués du corps éprouvant une jouissance « la plus violente qui soit et la moins explicable  », elle fait exister une jouissance possible lui permettant de renouer avec sa vie communément partagée et en lien avec l’Autre de la littérature. « Maintenant, c’est avril. Le matin, il m’arrive de me réveiller sans que la pensée A. me vienne aussitôt. L’idée de jouir à nouveau “des petits plaisirs de la vie” – parler avec des amis, aller au cinéma, bien diner – me cause moins d’horreur. Je suis toujours dans le temps de la passion […] mais ce n’est plus le même, il a cessé d’être continu. Je passe de l’imparfait, ce qui était – mais jusqu’à quand ? – au présent – mais depuis quand ? – faute d’une meilleure solution. Car je ne peux rendre compte de l’exacte transformation de ma passion pour A., jour après jour, seulement m’arrêter sur des images, isoler des signes  ».

Et si, elle débute son roman par la vision « bouleversante  » d’un film classé X, c’est pour mieux substituer à « la stupeur  » provoquée par l’exhibition pornographique du rapport sexuel, le plaisir partiel, voilé et trompeur d’une séduction. Comme le rappelle G. Wajcman dans Ni nature, ni morte : « L’impossible à supporter du réel revient dans l’art comme une séduction, un charme.  » À ce charme capturant la jouissance de façon imaginaire, Annie Ernaux conjoint le passage de la jouissance au symbolique en extrayant de cette jouissance des objets (a), bouts de corps qu’elle élève à la dignité d’objets métaphoriques et non réels.

Marie-Christine Baillehache.

ÉDITO FÉVRIER 2023

ÉDITO FÉVRIER 2023

PARISLEAKS FÉVRIER 2023

Chers Membres et Abonnés,

Notre association a pour vocation de diffuser la Psychanalyse dans la cité, et pour ce faire, elle s’appuie sur les liens de travail et souvent d’amitié qui se tissent. Dans la récente interview avec Jean-Marie Guéhenno réalisée par Lacan Web Télévision, on pouvait entendre l’idée que les réseaux sociaux font disparaître les freins de proximité et que, de ce fait, il devient plus facile de faire proliférer des messages haineux. C’est le contraire de la communication, car on se perd dans une galerie des miroirs. On ne communique qu’avec les mêmes. Nous tombons ainsi dans « l’incommunicable de nos différences », comme il le disait très justement[1].

À son tour, l’économiste Éloi Laurent le constate également : « Le numérique n’est pas un accélérateur de coopération, mais un frein […] Il ne simplifie pas les interactions, il les complique »[2].

Les conséquences de ce nouveau média sont nombreuses. Elles vont de la façon de faire lien jusqu’à la place du sujet supposé savoir dans la civilisation, en passant par toutes sortes de modifications dans nos capacités cognitives et l’inflation de l’ego.

En ce qui concerne le savoir, disons, avec Jacques-Alain Miller qu’un savoir exposé n’est pas un sujet supposé savoir. Un endroit comme Google qui affiche Je sais tout, n’est pas un lieu d’élaboration[3]. Déjà dans les années 1970, Lacan en a eu l’intuition : les ordinateurs pensent mais ils ne savent pas[4].

À l’ère de la révolution numérique, nous, les psychanalystes, sommes appelés à interpréter ce nouveau phénomène et à mesurer les conséquences subjectives. Nous avons donc le plaisir de vous annoncer la tenue d’une journée d’étude, organisée avec l’ACF Ile-de-France, sous le titre « Les nouveaux symptômes du numérique », le 9 décembre 2023. Nous vous transmettrons prochainement des précisions quant à cet événement.

D’autres activités du Champ Freudien sont aussi à noter dans vos agendas :

Journée de l’Institut de l’enfant, le 18 mars au Palais des Congrès d’Issy les Moulineaux, en présentiel : « “Parents exaspérés – Enfants terribles”. L’évènement portera sur un sujet de grande actualité. Il peut intéresser des professionnels de santé, des éducateurs, des enseignants, voire des parents eux-mêmes.

Journée FIPA (Fédération des Institutions de Psychanalyse Appliquée) « Comment améliorer la position du sujet. Effets thérapeutiques, effets analytiques », le 1er avril au Palais de la Bourse à Marseille, en présentiel et en visioconférence.

Journée PIPOL 11 « Clinique et critique du patriarcat », le 1 et 2 juillet au Palais des Congrès de Bruxelles.

Et voici, pour le mois de février, des nouvelles de nos vecteurs : 

Le Vecteur Psynéma  annonce la projection du film de William Friedkin, Sorcerer (Le Convoi de la peur), sorti en 1977, – prévue le 11 février au Patronage laïque Jules Vallès à 14 h. À cette occasion, Gérard Wajcman sera leur invité. 

Contact : psynema@enversdeparis.org

Concernant le Vecteur Le corps, pas sans la psychanalyse : en raison de la grève prévue le 31 janvier, la soirée publique consacrée au film « Her » de Spike Jonze a été reportée au Mardi 14 Mars. Les membres du vecteur se réuniront le Jeudi 09 Février à 20h30 à Cachan afin de mettre au travail de nouveaux thèmes de réflexion comme celui de la Journée de l’Envers de Paris prévue le 9 décembre 2023, « Les nouveaux symptômes du numérique ».

Contact : corpsy@enversdeparis.org

 

Les membres du Vecteur Lectures cliniques se sont réunis le 28 janvier, en ayant chacun lu au préalable le texte de Sigmund Freud Remémoration, Répétition et Perlaboration. Nous avons poursuivi notre travail sur le transfert à partir du questionnement présenté par Isabella Mourao de Mattos et Etienne Besnoit. En quoi se différencient les difficultés de remémoration chez une hystérique et chez une obsessionnelle ? Une répétition, comment devient-elle le transfert ? Comment domestiquer le transfert sauvage ? Comment une névrose ordinaire se transforme-t-elle en névrose de transfert ? Comment faire entrer l’acting-out dans le cadre analytique ? Quel est le cadre d’une analyse ?  Quelle est l’importance du désir de l’analyste ? En quoi est-ce différent de la position des post-freudiens ? Quelle est la boussole que nous propose Jacques Lacan ?

Le cas clinique présenté par Pauline Bebin nous a permis de réinterroger ces concepts à partir d’un cas de psychose qui n’est plus au bord du déclenchement. Comment un clinicien s’y positionne pour aider son patient à tisser un nouveau symptôme et retrouver un nouvel équilibre ?

Les discussions passionnantes ont permis de mettre en lumière différents aspects de la répétition et du transfert dans la pratique clinique de chacun.

Contact : clinique-lacan@enversdeparis.org

 

Vecteur Psychanalyse et Littérature :

Durant notre réunion de Vecteur du Mardi 14 Février, Valérie Marchionni nous livrera sa lecture du roman d’A. Ernaux Passion Simple. Orientés par le texte de référence de J.-A. Miller Le salut par les déchets (Mental N° 24) et par le chapitre 6 du livre de G. Wajcman Ni nature, ni morte (Ed. Nous, 2022), intitulé également Le salut par les déchets, nous continuerons d’interroger et de mettre en lumière comment l’écriture d’A. Ernaux produit avec des mots et des phrases des images d’objets qui donnent à voir ce qu’elle ne peut pas dire.

« L’usage que je faisais des œuvres d’art était seulement passionnel. Je retournais dans l’église de la Badia parce que c’était là que Dante avait rencontré Béatrice. Les fresques à demi effacées de Santa Croce me bouleversaient en raison de mon histoire qui deviendrait un jour comme elles, des lambeaux décolorés dans sa mémoire et dans la mienne. »[*]

Vous trouverez prochainement sur le Site de l’Envers de Paris, le texte de Rosana Montani Quand la douleur s’écrit, pas sans la honte dans lequel, à partir de L’écriture comme un couteau, elle éclaire l’appui sur le réel que prend l’écriture littéraire d’A. Ernaux : Réel d’une jouissance qu’elle ne cesse pas de ne pas écrire et sur lequel la honte jette un voile de pudeur.

Notre réunion du Mardi 14 Février 20h se fera par Zoom et reste ouverte à qui désire questionner la voie que l’artiste fraie à la psychanalyse.

Contact : litterature@enversdeparis.org

[*] Annie Ernaux, Passion Simple, Paris, Ed. Gallimard, 1991, p. 49.

 

Vecteur Lectures freudiennes :

Dans ce passage de « Ein Kind wird geschlagen », Freud insiste sur l’importance des premières années de l’enfance dans la construction du fantasme. Il engage le psychanalyste à ne pas négliger ce moment, précisément à lever l’amnésie infantile.

« Ne mérite la reconnaissance en tant que psychanalyse correcte que l’effort analytique qui a réussi à lever l’amnésie qui voile à l’adulte la connaissance de sa vie d’enfance dès le début (c’est-à-dire à peu près de la deuxième à la cinquième année) …/…On aimerait atteindre des résultats utiles en un temps plus court et avec un moindre effort…/…celui qui néglige l’analyse de l’enfance doit nécessairement tomber dans des erreurs les plus lourdes de conséquences…/… les impressions ultérieures de la vie parlent suffisamment fort dans l’analyse par la bouche du malade, pour le droit de l’enfance le médecin doit d’abord donner de la voix ».

C’est le 2e temps du fantasme jamais retrouvé par le sujet qui doit être reconstruit nous dit Lacan dans le Séminaire V.

Nous nous retrouverons le Mardi 7 février 2023.

Contact : lectures-freudiennes@enversdeparis.org

 

La prochaine conversation Clinique et Addictions aura lieu le Lundi 6 février 2023.

Eric Colas interviendra sur le thème : “Variétés de l’obligation”

Nous recevons des usagers condamnés à une « obligation de soin ». Cette condamnation est souvent associée à une peine d’incarcération (ferme, en sursis probatoire, aménageable en placement extérieur ou avec un bracelet électronique), à une amende, des jours-amendes, un retrait ou une suspension du permis de conduire et quelques contraintes comme celles de trouver un travail, pointer au commissariat, ne pas se rendre dans certaines villes ou ne pas rencontrer certaines personnes. Les personnes accueillies en CSAPA[**] ont commis des actes en lien avec des stupéfiants ou de l’alcool : possession, trafic, bagarre, trouble à l’ordre public, conduite sous l’emprise d’un produit.

L’exécution de cette condamnation est vérifiée par le Juge d’Application des Peines (JAP) et organisée par les conseillers du Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation (SPIP), qui orientent ces condamnés vers nos services pour « l’obligation de soins ». La prise de rendez-vous dans notre institution est à leur initiative. Souvent, ils nous demandent d’informer le JAP ou la SPIP qu’ils n’ont pas besoin de tout cela, car ils ont réglé leurs problèmes, que tout ça, ce sont de vieilles histoires, qu’ils ont changé de vie, ne se droguent plus… Ce qui parfois est vrai. Mais la condamnation demeure.

Renseignements et inscriptions sur addicta.org/conversations

[**] Centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie

Pour sa première soirée de 2023, et dans le cadre du thème de l’année « Institutions et savoir inconscient », le Seminario Latino propose une soirée autour des enfants placés et de leur famille : Entre famille et institution, quelle place pour l’enfant et la psychanalyse ? Organisée par Junia Couto et Marlith Pachao, qui présenteront des travaux, cette soirée comptera sur la présence et les élucidations d’Hélène Deltombe, membre de l’École de la Cause Freudienne.

Cet événement aura lieu le mercredi 8 février à 21h, en présence, à la Maison de l’Amérique Latine, 217 Bd Saint-Germain, 75007, Paris. Aucune inscription préalable n’est requise. Soirée en français.

Pour tout renseignement, écrire à l’adresse mail :

seminario-latino-de-paris@enversdeparis.org

Le collectif Théâtre et psychanalyse vous propose deux nouvelles rencontres pour démarrer l’année 2023 en beauté :

– Le vendredi 10 février à 21h au théâtre de la Bastille : « Mes jambes, si vous saviez quelle fumée », un spectacle détonnant, mis en scène par Bruno Geslin sur le photographe fétichiste Pierre Molinier. Camilo Ramirez a accepté notre invitation à venir débattre avec Bruno Geslin à l’issue de la représentation. Réservations en appelant au nom de l’Envers de Paris au 01 43 57 42 14

–    Le dimanche 19 février à 15h30 au théâtre du Soleil : « Le Grand Jour », écrit et mis en scène par Frédérique Voruz que nous avions déjà rencontrée pour sa pièce La lalangue. C’est Dalila Arpin qui sera notre invitée pour le débat. Réservations par mail : compagnie.aletheia@gmail.com / ou par tel ou sms : 06 21 27 17 75

Le vecteur théâtre nous fait parvenir un avant-goût de cette pièce : « C’est le jour de l’enterrement de la mère. Au retour de la mise en bière, dans la cuisine, la fratrie à fleur de peau se partage le banquet des non-dits et des bondieuseries. Ça parle plus vite que ça ne pense, c’est vif, à vif : on dissimule la douleur derrière la rancune, on exhume un passé non réglé, on ne sait pas s’aimer. La cuisine, sépulture des secrets de famille, devient le théâtre tragi-comique où s’agite l’ombre d’une mère omniprésente. La journée avance, les invités s’en vont, la famille, ce qu’il en reste, se révèle alors au grand jour.

Un ballet familial, une valse des névroses, une danse des solitudes, le tout dessiné d’amour et d’humour noir ».

Frédérique Voruz, que nous avions rencontrée pour son précédant spectacle La Lalangue, récidive avec Le Grand Jour, un spectacle choral où elle a choisi de quitter la forme du seule en scène pour aller vers la fiction, mettant en scène plusieurs comédiennes.

Il y a dans ce spectacle une forme de catharsis, d’exacerbation des conflits familiaux pour en rire, faire de la tragédie une comédie. Le spectacle sera suivi d’une rencontre entre Frédérique Voruz, l’autrice et metteuse en scène, et Dalila Arpin, animée par Hélène de La Bouillerie.

Contact : theatre@enversdeparis.org

Sans oublier que vous pouvez à tout moment de l’année constituer un cartel, grâce à la rubrique « Cherche Cartel ! » sur notre site internet : https://enversdeparis.org/cartels/

Nous vous attendons nombreux à nos activités,

Dalila Arpin

Directrice de l’Envers de Paris

https://enversdeparis.org/

 

[1] Guéhenno, J.-M., Interview fait par Mathieu Siriot pour Lacan Web Télévision, https://www.youtube.com/watch?v=ZniDJfYBJ1k

[2] Laurent, E., Paris, La raison économique et ses monstres, Les liens qui libèrent, 2022, pp. 46-47.

[3] Miller, J.-A., « Google », in La cause du désir, n° 97, novembre 2017, Navarin Editeur, p. 77

[4] Lacan, J., Le Séminaire livre XX, Encore, Paris, Seuil, 1975, p. 89.

Exilés de Joyce : Une mise en scène du non rapport sexuel

Exilés de Joyce : Une mise en scène du non rapport sexuel

Exilés de Joyce : Une mise en scène du non rapport sexuel[1]

Par Bernadette Colombel

Comment Joyce traite-t-il la question du non rapport sexuel ? Nous allons nous appuyer sur deux de ses œuvres : Lettres à Nora[2] et Exilés[3], une pièce de théâtre dont il est l’auteur.

Dans les lettres à Nora, Joyce ravale le corps de cette dernière à un objet sexuel dont il jouit. Il qualifie avec plaisir les zones corporelles de sa compagne de « grossières, sales[4]». Il oscille entre la considérer comme une « Madone » ou la traiter d’« impudique[5] ». Quand il écrit à Nora, il l’imagine en lien avec les fonctions physiologiques comme la défécation ou des positions sexualisées[6]. Il associe Nora à des gants : ils sont « presque aussi chauds que certaines régions [de ton corps][7] », lui écrit-il.

Cependant, le corps[8] de Nora n’est pas qu’un objet de jouissance sexualisé. Pour écrire, il lui faut le support de la présence réelle de sa compagne dans un miroir[9]. Lui allant « comme un gant » dit Lacan, Nora « serre » le corps de Joyce qui s’en trouve consolidé. Nora semble ainsi pallier la faiblesse de l’Ego de Joyce, cette part imaginaire du corps qui risque de tomber « comme une pelure[10]». Le corps de Nora lui est indispensable.
[4].

[1] Lacan J., « L’étourdit », Autres écrits, Paris, Seuil, 2001, p. 464 : « Il n’y a pas de rapport sexuel n’implique pas qu’il n’y ait pas de rapport au sexe ».

[2] Joyce J., Lettres à Nora, Rivages-Poche, coll. Petite bibliothèque, 2012.

[3] Joyce J., Exilés, Paris, Gallimard, 1988. La pièce fut jouée pour la première fois à Munich en 1919.

[4] Joyce J., « Lettre du 9 décembre 1909 », Lettres à Nora, op. cit.

[5] Ibid., « Lettre du 2 septembre 1909 », p. 92.

[6] Ibid., « Lettre du 2 septembre 1909 », p. 129 et « Lettre du 20 décembre 1909 », p. 160.

[7] Arpin D., Gault J.-L., « L’épouse de Joyce », Édito de L’Hebdo-Blog, n o 154, 9 décembre 2018. En référence à la lettre de Joyce à Nora, en date du 1er novembre 1909, p. 117.

[8] Acte I, scène 1, vers 164.

[9] Arpin D., Couples célèbres. Liaisons inconscientes, Paris, Navarin éditeur, 2016, p. 133.

[10] Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 84.
Ibid., p. 149.