Une vie de désir

Une vie de désir

parNathalie Menier

Ce dimanche 22 juin après-midi, parmi les rayonnages de la librairie Tschann et les tableaux de Fred Hommel, une petite foule se pressait pour accueillir la sortie de l’ouvrage de Mickaël Guyader : Suzanne Hommel : une vie de désir [1], une forme de biographie ou plutôt comment le sujet Suzanne Hommel traverse le siècle via l’art et la psychanalyse. L’Envers de Paris a souhaité organiser cet événement en présence de l’auteur et de Suzanne. Ce fut un moment chaleureux, beaucoup de collègues psychanalystes de notre champ dans l’assistance, témoignant du vif de la transmission de la psychanalyse lacanienne. L’enfance, le nazisme, l’arrivée en France, la rencontre avec Lacan, avec le peintre Fred Hommel, devenir psychanalyste, écrire, traduire Freud puis Thomas Bernhard, le théâtre… Autant de moments, de rencontres marquantes qu’aborde ce livre en tentant de concert une analogie, une démonstration sur la possibilité du pire devant la montée actuelle des extrêmes droite en Europe, un puissant désir de l’auteur de nous alerter.

Nous avons évoqué le remarquable ouvrage de Suzanne : L’histoire du sujet dans l’Histoire du siècle : lectures de textes, lectures de cures avec Freud et Lacan dans lequel elle commente l’aphorisme : Wo Es war, soll Ich werden d’abord avec Freud [2] comme métaphore du travail de civilisation qu’est l’analyse de l’inconscient, puis avec Lacan au fil de son enseignement. Suzanne reprend parmi d’autres cette citation du Séminaire IX où Lacan appelle non pas à « déloger le ça » (via la traduction de la SPP) mais : « à se loger dans sa loque [3] ». Tout au long de son travail Lacan remettra cet aphorisme sur le métier et l’Es allemand deviendra S puis $, jusqu’au Séminaire XV où il modifie ainsi la formule à propos de l’acte : « Wo $ tat, là où le signifiant agissait […] muss Ich(a) werden, […] je dois devenir le déchet [4] ». De quoi orienter toute une vie… de désir.

 



[1] Guyader M., Suzanne Hommel : une vie de désir, Essai biographique, Vanves, JMW Fédition, 2025.
[2] La suite de l’aphorisme : Es ist Kulturarbeit wie die trockenlegung der Zuydersee, l’assèchement du Zuydersee, métaphore produite par Freud à l’époque des constructions des polders sur le Zuydersee.
[3] Cité par Suzanne Hommel in Lhistoire du sujet dans l’Histoire du siècle, article « Wo es war, soll ich werden », Tours, Soleil Carré, 1993, p. 30.
[4] Lacan J., Le Séminaire, livre XV, L’Acte analytique, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil et le Champ Freudien, 2024, p. 121.

On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie – d’Éric Feldman

On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie – d’Éric Feldman

parEva Carrère-Naranjo

Dans une forme très singulière de stand-up qu’il profère assis, Éric Feldman nous invite à renouveler l’écoute de certains signifiants qu’il s’attache à faire résonner. Il les répète d’abord beaucoup, frôlant le bégaiement, comme pour mieux les cisailler, les taillader, en extraire le « trop » dont il sait que certains mots sont porteurs. Cette opération évoque celle du poète roumain Ghérasim Luca, qui pratique dans ses poésies des itérations de la langue afin de « répudier les mots et la syntaxe qui, pour lui, ont structuré un inconscient […] coupable des plus innommables atrocités [1]».
Mais ici, la découpe ou au contraire les rapprochements inattendus de signifiants, créent la surprise et un effet comique indéniable. C’est sur le terrain du witz qu’il se lance résolument, dans un coup de force où il s’agit d’arracher le « witz » au « Ausch ». Mais, la manœuvre sur la langue ne s’arrête pas là. Lorsqu’il parvient à alléger le signifiant du sens, il nous replace face à la lourdeur du réel : « Le camp est semblable à une bombe nucléaire qui disperse ses retombées radioactives en des lieux éloignés, même après l’explosion [2] ». La tentation du suicide, le non-désir d’enfant que ses oncles et lui-même partagent, apparaissent comme des manifestations de ces retombées radioactives qui rendent impérative de se protéger de la perte : « On ne pourra pas m’enlever les enfants que je n’ai pas eus » nous dit-il.

Le comique est un trait familial dont ses oncles, enfants juifs ayant échappé à la déportation, étaient porteurs. « Lucien malgré la merde (ou peut-être à cause de la merde ou grâce à la merde) il pouvait être très drôle. » Cette drôlerie réside dans un certain maniement du signifiant qui permet de dire tout et son contraire :

– « Shlomo mon ami, comment vas-tu ? En un mot ?

– Bien

– Et en deux mots ?

– Pas bien [3] ».

On pourrait en dire autant de lui qui, parvient avec beaucoup d’inventivité, à faire du rire « avec du pire [4]» comme le dit Jacques-Alain Miller, en se servant du terreau des traumas familiaux.

Mais son usage du comique n’est pas simple rigolade, il ouvre à une question éthique qui traverse son spectacle et autour de laquelle il mène son « enquête » : que fait-on de cette part obscure, de cette altérité – il pourrait dire de cette « jouissance Autre » – qu’il y a en soi ? Il témoigne que l’expérience de la psychanalyse lui a permis de s’en rendre responsable : « La psychanalyse, ça peut apprendre ça, …, y’a de l’autre… et déjà de l’autre en soi, de l’étranger. De l’impur, n’en déplaise à certain [5]». Il semble saisir très bien ce que nous indique Anaëlle Lebovits-Quenehen que la « haine exprime un rapport de soi à l’Altérité qui habite en chacun de nous [6] ». Et à travers cette fantaisie qui lui fait imaginer ce qui serait advenu si Hitler avait rencontré Freud, il interroge le Mal absolu, l’origine de la haine : « Hitler […] voilà quelqu’un qui n’avait pas accès à l’autre en lui… pas de place pour de l’autre… ou alors s’il y a de l’autre, de l’étranger… il est en trop ! [7] » Il considère très justement qu’à ne pas vouloir la reconnaître en soi, elle est dénoncée, localisée dans l’Autre, comme le veut la logique du racisme.

Il nous fait aussi entendre combien face à la haine et pour son traitement, les méthodes de développement personnel se montrent vaines. Avec ironie, il pointe la vacuité des discours qui prônent la positivité, se servent des mots à la légère, sans tenir compte de la force destructrice que charrient parfois certains signifiants. Et que seul le travail de l’analyse permet de désamorcer.

Le vecteur Théâtre et psychanalyse vous invite à une discussion entre Éric Feldman et Philippe Benichou, qui aura lieu à l’issue de sa pièce le 19 octobre prochain à 15h, au théâtre du Petit Saint-Martin.



[1] Velter A., Préface à Héros-Limite de Ghérasim Luca, Paris, Gallimard, 2001, p. V.
[2] Feldman É., « On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie », 2025, inédit.
[3] Ibid.
[4] Miller J.-A., « Remarque sur la traversée du transfert » (1991), Comment finissent les analyses. Paradoxes de la passe, Paris, Navarin, 2022, p. 128.
[5] Feldman É., « On ne jouait pas à la pétanque… », op. cit.
[6] Lebovits-Quenehen A., Actualité de la haine. Une perspective psychanalytique, Paris, Navarin, 2020, p. 94.
[7] Feldman É., « On ne jouait pas à la pétanque… », op. cit.

Édito septembre 2025

Édito mai 2025

Vous avez reçu l’argument, l’appel à contribution et le blog concernant les prochaines Journées de l’ECF, qui se dérouleront, les 15 et 16 novembre prochains, au Palais des Congrès de Paris, sous le titre  Le comique dans la clinique.

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Édito avril 2025

L’argument des prochaines Journées de l’ECF, transmis par la Directrice Laura Sokolowsky, est désormais disponible !
Ce document offre un éclairage précieux sur cet événement majeur qui se déroulera, le 15 et 16 novembre prochains, aux Palais des Congrès de Paris, sous le titre Le Comique dans la clinique.
Ce thème n’intéresse pas seulement les psychanalystes, il invite également tous les acteurs du champ culturel et social à participer aux Journées 55. Les interlocuteurs habituels de L’Envers de Paris y sont ainsi conviés : artistes, enseignants, éducateurs, chercheurs, ainsi que des professionnels du théâtre et du cinéma, des arts figuratives, de la musique, de la littérature..

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Édito janvier 2025

Avec le bureau je tiens à vous présenter, nos meilleurs vœux pour cette nouvelle année. Qu’elle soit une année pleine de rencontres, d’activités et de surprises, pour tout un chacun. Notre association repart, après la pause de fin d’année, chargée de nouvelles énergies et pleine de projets intéressants. Nous continuons à travailler sur le thème Fantasmes contemporains du corps, à interroger avec ce prisme de lecture, l’actualité, le cinéma, le théâtre, la littérature, la clinique et à tisser les connexions entre la psychanalyse et la cité, selon la vocation de L’Envers de Paris.

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ÉDITO DÉCEMBRE 2024

Les 54es journées de l’École de Cause freudienne se sont terminées depuis peu avec succès et leur richesse clinique et théorique est maintenue vivante afin de poursuivre la réflexion et l’étude de la psychanalyse au sein de notre association.

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ÉDITO NOVEMBRE 2024

Le mois de novembre est très important pour notre École, car nous nous retrouverons au Palais des Congrès de Paris, finalement en présence après plusieurs années, pour participer aux 54es Journées d’étude de l’École de la Cause freudienne. Le thème de ces Journées, Phrases marquantes, a su capter, ces derniers mois, l’intérêt de beaucoup de personnes, car il s’agit d’un thème qui nous concerne tous. Il touche un point intime de l’histoire de chacun, là où une phrase, une expression, prononcée, adressée, lue, entendue ou attendue, a touché et marqué le sujet d’une manière particulière et indélébile. Pour cette raison ces 54es Journées de l’ECF ne sont pas réservées qu’aux professionnels, mais à tous ceux qui ont fait l’expérience de comment une phrase peut frapper, caresser, blesser, faire rêver, toucher des cordes sensibles et laisser des traces de jouissance dans le corps.

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Édito septembre 2025

Édito février 2025

Cinzia Crosali,
directrice de l’EdP

Chers membres et ami(e)s de L’Envers de Paris,

Je vous souhaite, à toutes et à tous, une excellente rentrée.
Cette nouvelle période s’annonce particulièrement riche en activités et événements.
La Journée d’étude, Fantasmes contemporains du corps, est un rendez-vous particulièrement important pour la vie de notre association. Sa préparation s’intensifie, en collaboration avec l’ACF en IDF. Cet évènement se tiendra le 6 décembre 2025. J’ai le plaisir de partager avec vous l’affiche et l’argument.
Vous êtes donc invité(e)s à vous y inscrire le plus tôt possible. Plusieurs textes préparatoires, rédigés par des membres de l’EdP, vous attendent sur le site ; lisez, commentez, faites circuler !
Nous comptons sur vous pour relayer ces informations et contribuer ainsi à faire connaître notre travail dans la cité.

Édito février 2025

Le titre de cette journée, Fantasmes contemporains du corps, nous interpelle et nous met au travail. De quels fantasmes s’agit-il ? Et en quoi se distingueraient-ils vraiment de ceux qui, depuis toujours, protègent le sujet de l’impact insoutenable du réel sur le vivant ? Nous ne soutenons pas l’idée que de nouveaux fantasmes auraient remplacé les anciens. Depuis la nuit des temps, les fantasmes des êtres parlants visent à dépasser les limites de la condition humaine – mirage de jeunesse éternelle, de santé indéfectible, et d’immortalité du vivant. Ce qui a changé, et ce qui fait le noyau de notre époque, c’est la combinaison de ces mêmes fantasmes avec les avancées de la science et de la technique. La rencontre de la médecine, toujours plus scientifique, depuis les années   cinquante, les innovations dans le champ du numérique et de l’intelligence artificielle, renforcent toujours plus l’illusion qu’il serait possible de réaliser ces fantasmes. Jamais la science n’a autant soutenu l’idée d’une maîtrise totale du corps, de la vie, du sexe, de la naissance et de la mort. Le corps occupe ici une place centrale : manipulé par la médecine, transformé par la chirurgie esthétique, modifié par les techniques de transition de genre, augmenté par l’implantation des microprocesseurs et des connexions bio-numériques, ce corps devient l’objet privilégié des technologies contemporaines… Et pourtant, il nous échappe par principe et peut-être toujours plus. Ainsi, la chirurgie actuelle, confrontée au corps morcelé dans le réel, nous confronte ainsi, non sans violence, au corps que – comme le formule Jacques-Alain Miller – « nous […] connaissons au niveau fantasmatique  1 ».
Comment articuler alors l’idéal du corps   sain, jeune, éternel – avec les fantasmes de ce corps morcelé, que Lacan comparait à « un amas de pièces détachées 2» ? C’est l’une des pistes qu’a frayée notre travail de préparation. Nous tenterons de l’élucider davantage, le 6 décembre prochain, en dialogue avec nos invités.
Ne tardez pas ! Les inscriptions sont ouvertes dès à présent !



1. Miller J.-A., « Biologie lacanienne et événements de corps », La Cause freudienne, n° 44, février 2000, p. 10.
2. Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome (1975-1976), texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 66. Cf., Miller J.-A., « L’orientation lacanienne. Pièces détachées », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’Université Paris VIII, inédit, cours du 17 novembre 2004.

Édito février 2025

L’Envers de Paris est également au travail pour la préparation des Journées de l’ECF qui se dérouleront les 15 et 16 novembre prochains, au Palais des Congrès de Paris, sous le titre : Le comique dans la clinique.

Plus d’informations ici : https://journees.causefreudienne.org/

INSCRIPTIONS FIPA

Édito février 2025

Nous vous rappelons que la 6e journée d’étude de la Fédération des Institutions de Psychanalyse appliquée (FIPA) se tiendra le 13 septembre 2025 à Lille, sous le titre : Déplacements de la libido. 
Cliquer sur le lien pour en savoir plus et pour s’inscrire.

Édito février 2025

La parole maintenant à la déléguée des Cartels pour L’Envers de Paris, Stéphanie Lavigne, et aux responsables des vecteurs : 

Cartels

Édito février 2025

Un cartel est une occasion unique de rencontrer l’enseignement de Lacan et de Freud, un réveil du désir de savoir. Il ne s’agit pas de se faire enseigner par un autre, ni d’enseigner ce que l’on sait déjà. Un cartel, c’est une confrontation à la castration, à son « Je ne comprends rien », « Je ne veux rien savoir », une remise en cause du savoir totalisant, tel qu’on se l’imagine. Se réunir en cartel, c’est s’adjoindre à d’autres solitudes, devenir « cartellisants », former un petit groupe comme « essaim 1», afin que s’éclairent les concepts de la psychanalyse.

Ce petit groupe de quatre plus-un est une invitation à « l’élaboration provoquée 2». Il peut permettre une rencontre surprenante avec l’enseignement de Lacan et de Jacques-Alain Miller. Cette rencontre, qu’elle soit première fois ou non, est une ouverture vers un bout de savoir nouveau.

C’est ainsi que la soirée de rentrée des cartels de l’ECF, vers les prochaines Journées de l’ECF, Le comique dans la clinique, a invité Chloé Fernando et Bénédicte Jullien. Elles nous exposeront leurs travaux. Entre désir, équivoque et trait d’esprit, nous risquons de rire sérieusement ! Hélène Bonnaud, psychanalyste membre de l’ECF a accepté d’être notre extime. Nous procéderons, en fin de soirée, au tirage au sort des nouveaux cartels. Nous vous attendons avec joie, le jeudi 16 octobre 2025 à 21h, au local de l’École de la Cause freudienne, au 1, rue Huysmans, 75006 Paris

Stéphanie Lavigne


1. Miller J-A., « Cinq variations sur l’élaboration provoquée », intervention lors de la soirée des cartels de l’ECF du 11 décembre 1986, la lettre mensuelle, n°61, juillet 1987, p. 5-11.
2. Ibid.


Contacts : 
Stéphanie Lavigne : enversdeparis-cartels@causefreudienne.org
Laurence Maman : acf.dr-idf@causefreudienne.org 

Vecteur Lectures freudiennes

Édito février 2025

Nous poursuivons cette année notre travail de lecture et de traduction de l’article que Freud écrit en 1919 : « Ein Kind wird geschlagen – Un enfant est battu ». Nous envisageons de terminer cette traduction d’ici la fin 2025 pour ensuite entreprendre le travail de relecture, en vue d’une prochaine édition avec les autres textes déjà traduits dans ce vecteur : « Deuil et mélancolie » et « Complément métapsychologique à la doctrine du rêve ».

Nous nous retrouverons ce mercredi 10 septembre 2025 à 21h chez Susanne Hommel.

Contact : lectures-freudiennes@enversdeparis.org

Seminario Latino

Édito février 2025

Le Seminario Latino de Paris vous invite le 24 septembre à sa prochaine soirée intitulée : « Clinique de l’Excès ».

« Toute formation humaine a pour essence, et non comme un accident, la restriction de la jouissance », nous dit Jacques Lacan. Or, aujourd’hui, ce qui prime dans la civilisation c’est plutôt l’excès de la jouissance. Sommes-nous en crise du lien social, puisque pour faire ce lien, il s’agit de perdre ?
Depuis deux décennies Domenico Cosenza dialogue dans ses divers ouvrages avec Freud, Lacan et Jacques-Alain Miller autour de la subjectivé de notre époque : Le mur de l’anorexie, La nourriture et l’inconscient et Clinique de l’excès.
Lors de notre soirée du 24 septembre, ce sera à notre tour de converser avec Domenico Cosenza, plus particulièrement autour de son dernier livre Clinique de l’excès. De quoi s’agit-il dans cet ouvrage ? Des troubles alimentaires, des toxicomanies, des déconnexions-hyperconnexions à l’adolescence, soit de chercher « la jouissance en marge de l’Autre », comme il est précisé dans son prologue. Sont-elles des formes de jouissance qui refusent le rapport à l’Autre ? « Excès et jouissance » : des signifiants dans l’air du temps ?

 

Nous vous attendons nombreux !

 

Rendez-vous à la Maison de l’Amérique Latine, 217 Bd Saint Germain, Paris 7ème.
Date : mercredi 24 septembre à 21h00.
Soirée en français. Pas d’inscription requise.

Responsables : Flavia Hofstetter et Nayahra Reis
Contact : seminario-latino-de-paris@enversdeparis.org

 

Vecteur Lectures cliniques

Édito février 2025

Le vecteur organise le prochain cycle autour du thème « Lecture clinique des trois passions : l’amour, la haine et l’ignorance ». Il sera abordé par la clinique, tout en s’appuyant sur des textes théoriques, afin de nous éclairer sur les appareils psychiques des trois passions, si présentes dans l’actualité.Le vecteur se réunira cinq fois cette année, à partir du mois de novembre et jusqu’à l’été prochain, chaque fois en présence d’un invité extime. Nous aurons l’occasion de prendre la parole, de présenter un cas, un exposé et de discuter les textes à plusieurs.Il reste des places pour rejoindre ce cycle de deux ans.

Contact : vlc.enversdeparis@gmail.com

Responsable : Noa Farchi
La commission d’organisation : Andrea Castillo, Noa Farchi, Jorge Mourao, Ceylin Ozcan, Karine Vincent et Jérémie Wiest.

Vecteur Psychanalyse et littérature

Édito février 2025

Le vecteur Psychanalyse et Littérature reprendra, le lundi 15 septembre, son étude sur la coupure. Il s’agira d’aborder le réel qui cause l’écriture de Chantal Thomas. Pour cela, nous nous orienterons des enseignements de Lacan et de J.-A. Miller, en s’appuyant sur le livre d’H. Castanet, S.K.Beau 3et nous suivrons pas-à-pas les trois ouvrages de Chantal Thomas – Comment supporter sa liberté 4, Souvenir de la marée basse 1 et De sable et de neige 2. 

Si vous désirez chercher avec nous de quelle blessure singulière l’œuvre de Chantal Thomas est l’effet, rejoignez le vecteur en contactant M.-C. Baillehache : littérature@enversdeparis.org



1 Thomas C., Comment supporter sa liberté, Rivages, 2000.
2 Thomas C., Souvenir de la marée basse, Paris, Seuil, 2017.
3 Thomas C., De sable et de neige, Paris, Mercure de France, 2021.
4 Lacan J., Le Séminaire, livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1986.
5 Thomas C., Comment supporter sa liberté, op. cit., p. 31.
6 Ibid., p. 37. 
7 Ibid., p. 42.

Vecteur Le corps, pas sans la psychanalyse

Édito février 2025

Lors de notre rencontre de juin, nous avons réfléchi à un projet de travail pour l’année prochaine. Sur une proposition d’Ana Dussert, nous avons discuté du concept de suture. Dans l’analyse du névrosé, la suture peut se rencontrer, au commencement, dans l’allégement des signifiants et des identifications qui suturent le sujet en même temps qu’elles le saturent. Elle peut se retrouver plus tard dans l’analyse quand, une fois la morsure de ces sutures réduite, il en reste des traces avec lesquelles le sujet peut jouer. Dans l’abord de l’autisme, une suturation peut se tisser à mesure qu’un bord se dessine et s’élargit. Nous voudrions explorer, étendre et certainement corriger ces premières intuitions, en considérant tout particulièrement en quoi le concept de suture pourrait aider à lire certains symptômes contemporains.

Prochaine rencontre : 9 septembre 2025, au 76 rue des Saints-Pères.

Membres du vecteur : Geneviève Mordant, Pierre-Yves Turpin, Guido Reyna, Martine Bottin, Isabelle Lebihan, Marie Faucher-Desjardins, Elisabetta Milan Fournier, Ana Dussert, Baptiste Jacomino (coordinateur).

Responsable : Baptiste Jacomino
Contact : corpsy@enversdeparis.org

Vecteur Psynéma

Édito février 2025

La prochaine projection organisée par le vecteur Psynéma, suivie d’un débat, sera consacrée au film The Fly, de David Cronenberg, choisi en lien avec le thème « fantasmes contemporains du corps » de la Journée de L’Envers et de s l’ACF en IdF.
Projection qui aura lieu, le jeudi 25 septembre à 20h00, au cinéma Les 7 Parnassiens 98, bd du Montparnasse, Paris 14e.

THE FLY (1986) de David Cronenberg avec Jeff Goldblum et Geena Davis 
Inventeur d’un procédé qui permet la téléportation, un scientifique (Jeff Goldblum) se téléporte lui-même, mais la présence d’une mouche dans le télépod provoque, tel un « bug » au sens littéral, la fusion de ses codes génétiques avec ceux de l’insecte. The Fly perpétue les thématiques chères à Cronenberg que sont l’hybridation des corps, la « nouvelle chair », l’horreur intérieure, etc. ici combinées à une histoire d’amour entre le savant et une journaliste (Geena Davis) qui l’accompagnera jusqu’au bout dans sa transformation progressive en une « chose » monstrueuse. Un corps mutant, dont les sens se trouvent exacerbés, faisant naître chez le héros des fantasmes inédits, tel celui d’un corps de plus en plus viril, surpuissant. Sauf qu’à vouloir être un corps toujours plus « augmenté », il ne fait que précipiter sa disparition. Quand il surprend dans le miroir l’image de son corps en train de se décomposer en restes humains, surgit l’angoisse. Comment faire avec un corps qui, selon Lacan, « fout le camp à tout instant  » ? L’amour d’une femme pourra-t-il le sauver ? Chez Cronenberg se pose toujours la question du non-rapport sexuel. Si la science-fiction rend possible la fusion entre un homme et une mouche, du côté de l’homme et de la femme, Lacan n’a eu de cesse de rappeler l’impossibilité de faire Un, autrement dit que l’amour fusion entre deux êtres complémentaires n’est qu’illusion. Nous verrons comment Cronenberg fait résonner cet axiome lacanien.


1 Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 66.
 


 
Projection de Gens de Dublin, le samedi 4 octobre à 14h00, au Patronage Laïque Jules Vallès, 72, Av. Felix Faure – Paris 15e. La discussion sera animée par Élisabeth Gurniki,  membre de l’ECF et du vecteur Psynéma .

GENS DE DUBLIN (titre original : THE DEAD), film de John Huston (1987), avec Anjelica Huston et Donal McCann. 
Avec le film Gens de Dublin, « Dubliners », John Huston couronne sa carrière de réalisateur-scénariste en adaptant une nouvelle de James Joyce The Dead, Le(s) mort(s), l’année même de son propre décès. Dans le huis-clos d’un bal annuel à la période de Noël, il donne vie aux personnages de J. Joyce avec une chaleur et une tendresse teintées d’humour. Il insuffle du désir aux Dubliners que Joyce avait décrit minutieusement en 1914 sur un mode naturaliste avec une touche d’ironie. Il fait résonner la poésie et la musique gaëliques avec des échos du conflit insulaire entre la culture britannique et la religion catholique. Pour clôturer le bal, il adopte le glissement de Joyce dans the stream of consciousness, le flux de conscience, à la fin de sa nouvelle : il éteint la chaleur de la fête dans les rues de la ville enneigée et la mélancolie de Gabriel au royaume des ombres dans un tourbillon de flocons.

Prochaine réunion par Zoom le 2 septembre à 21h00, consacrée à la Journée de L’Envers et de l’ACF en IdF. Discussion prévue sur le thème du corps et des fantasmes au cinéma.

 

Programmation 2025-2026, en partenariat avec le Patronage Laïque sur le site : https://www.patronagelaique.eu (entrée libre sur réservation dans la rubrique « ciné-débat »)
• 04/10/2025 à 14h : The Dead (Gens de Dublin) de John Huston (1987)
• 13/12/2025 à 14h : The Innocents de Jack Clayton (1961)
• 14/02/2026 à 14h : Blackmail d’Alfred Hitchcock (1929)
• 10/04/2026 à 19h : Christine de John Carpenter (1983)

 

Responsables du vecteur Psynéma : Marie Majour et Leila Touati.

Nous contacter à : vecteur.psynema@gmail.com

Vecteur Théâtre

Édito février 2025

Le vecteur Théâtre et psychanalyse organise une rencontre, le dimanche 19 octobre à 15h, avec Éric Feldman, l’auteur et interprète de sa pièce, On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie.  
Philippe Benichou sera notre invité pour débattre avec Éric Feldman à l’issue de la représentation.
Les places sont disponibles sur la billetterie du site du Théâtre de La Porte Saint- Martin, avec le code promo « ENVERSPETANQUE », qui vous permettra de bénéficier d’un tarif préférentiel de 23 euros au lieu de 30 euros.

 

 

 

Responsable du vecteur : Hélène de La Bouillerie
Contact : theatreetpsychanalyse@gmail.com 

 

Vecteur Clinique et addictions

Édito février 2025

Le vecteur Clinique & Addictions reprendra ses travaux dès le 15 octobre prochain, sous la houlette de ses deux nouvelles responsables, Mathilde Braun et Coralie Haslé. Le thème de l’année : « Créations ». Les conversations ont lieu les mercredis : 15 octobre, 12 novembre, 10 décembre, 14 janvier, 11 février, 11 mars, 15 avril, 21 mai et 17 juin.

Renseignements et inscriptions sur addicta.org/conversations.

REVUE HORIZON

Édito février 2025

Le dernier numéro de notre bulletin, Horizon 69 est disponible à la librairie de l’ECF.

 

Édito février 2025

Avec les membres du bureau de L’Envers de Paris, Olivier Miani, Chicca Loro et Stéphanie Lavigne, je souhaite, à toutes et tous, une très belle rentrée. Nous vous attendons nombreux aux événements de L’EdP et de L’ECF.

Cinzia Crosali,
directrice de L’Envers de Paris.

Chantal Thomas, la coupure d’un détail

Chantal Thomas, la coupure d’un détail

par Françoise Burlot

Lors d’une interview radiophonique, Chantal Thomas précise : « Quand je suis arrivée à New-York, […] c’est avec les lectures de poésies [et] les mots incarnés dans le chant [de Patti Smith], [que] j’ai écrit des textes brefs, des nouvelles qui sont devenues La vie réelle des petites filles [1] ». Butterfly est l’une des nouvelles de ce recueil qui est sa version de l’opéra de Puccini, Madame Butterfly, racontant l’histoire d’une jeune fille, geisha dans une maison de thé qui se marie avec un officier américain, Pinkerton, qui l’abandonne et qu’elle ne cesse d’attendre.

Dans cette nouvelle, C. Thomas met en scène le personnage d’une jeune geisha, Kimiko, qui est « aussi légère qu’un fantôme, aussi serviable qu’un automate [2] ». Un soir, Kimiko plait à un riche américain, Clayton Amberson. Elle a quinze ans et elle est vierge, ce qui, selon les valeurs traditionnelles japonaises, a une haute valeur. Amberson évalue cette valeur au prix d’un studio à Park Avenue. Il l’achète et l’affaire est conclue, il l’emmène à Cannes « dans une villa entourée d’eucalyptus et de mimosa [3] ». De par sa beauté et sa grâce, Kimiko, comme geisha, est parfaite. Son raffinement et son mystère relève du féminin japonais inaccessible. Mais, le corps de la jeune fille est-il pour autant un corps sans chair, vide de désir et d’amour ? On peut en douter car à son arrivée à la villa de Cannes, elle y est très vite ivre des parfums d’eucalyptus et de mimosa. C’est dans son lien à son partenaire amoureux, Amberson, que son corps s’absente. « Par déférence et par gratitude […], elle était prête à adorer Amberson. […] Très vite elle cessa de l’intéresser. Il s’était fixé de nouveaux défis qui lui paraissaient plus risqués que de répondre à l’amour d’une jeune fille [4] ». Pour Amberson, Kimino se révèle être le support éphémère du pari qu’il a fait avec lui-même en l’achetant. Alors, un après-midi, tandis qu’elle rentre seule à la villa « dont les vitres renvoyaient les reflets orangés du soleil couchant », Kimiko aperçoit « par hasard, au premier étage, une fenêtre qui s’effaçait. C’était la fenêtre d’une chambre inoccupée [5] ». Dès lors, elle prend l’habitude de passer ses journées dans cette chambre sans rien faire que de penser à son amant.

Lacan, dans son séminaire Le Désir et son interprétation, donne toute son importance à « la coupure créatrice [6] » qui, dans toute œuvre d’art littéraire, prend la place du « détail relevant [7] », du détail qui ne colle pas et qui attire l’attention. Dans sa nouvelle Butterfly, C. Thomas introduit cette coupure avec l’objet insolite de la fenêtre « éteinte, aux contours à peine perceptible [8] », une fenêtre qui s’efface. Par ce « détail pertinent [9] », elle introduit une dissonance dans le sens de son articulation symbolique qui est une coupure ouvrant sur un changement de registre du mode de jouissance de son personnage féminin, Kimiko. Ainsi, nous éclaire-t-elle sur ce que Lacan nous enseigne sur la fonction de la coupure de défaire le sens articulé sans proposer un autre sens. C. Thomas fait de la fenêtre un objet de fixation pour son personnage féminin. C’est une fenêtre qui fait coupure dans l’histoire symbolique de son personnage féminin pour l’ouvrir sur une satisfaction indicible et illimitée. La chute de sa nouvelle ouvre sur le réel d’une jouissance énigmatique qu’éprouve Kimiko mais qui échappe tout-à-fait à son partenaire Amberson. De retour de ses voyages, alors qu’il lui raconte ses conquêtes de nouveaux marchés financiers, il « ne remarquait pas, sur le visage et le corps de son amante, les progrès d’un gommage insidieux [10] ». En s’absentant du discours d’Amberson, elle introduit une césure dans la trame symbolique dans laquelle prend place, insidieusement, le réel d’une jouissance de corps énigmatique. « L’œuvre d’art écrite […] introduit dans sa structure même l’avènement de la coupure, pour autant que s’y manifeste le réel du sujet [11] ».



[1] Thomas C., « Il y a mille manières de vivre sa liberté », Affaires culturelles, France Culture, 4 janvier 2021.
[2] Thomas C., La vie réelle des petites filles, Paris, Gallimard, 1995, p. 165.
[3] Ibid., p. 166.
[4] Ibid.
[5] Ibid., p. 166-167.
[6] Lacan J., Le Séminaire, livre VI, Le Désir et son interprétation, texte établi par J.-A. Miller, Paris, La Martinière / le Champ freudien éd., coll. Champ Freudien, 2013, p. 463.
[7] Ibid., p. 472.
[8] Thomas C., La vie réelle des petites filles, op. cit., p. 167.
[9] Lacan J., Le Désir et son interprétation, op. cit., p. 472.
[10] Thomas , La vie réelle des petites filles, op. cit., p. 167.
[11] Lacan J., Le Désir et son interprétation, op. cit., p. 471.

L’Hôtel du Libre-Échange, usages possibles du langage

L’Hôtel du Libre-Échange, usages possibles du langage

par Bernadette Colombel

Dans L’Hôtel du Libre-Échange [2], Feydeau, s’amusant avec le langage, en révèle les ressorts du comique, mais aussi comment chacun en fait un usage personnel tout autant qu’il est joué par lui.

L’intrigue s’origine du désir de Pinglet de séduire Marcelle, l’épouse de Paillardin, son ami. En « chevalier français [3]», il justifie sa volonté de satisfaire ce désir par une morale qui est de « relever l’insulte [4] » que Paillardin aurait fait subir à son épouse, en la provocant de prendre un amant. Le duo, Pinglet et Marcelle, se rend alors à l’Hôtel du Libre-Échange pour y consommer l’acte sexuel qui, en fait, n’aura pas lieu en raison d’un malaise de Pinglet qui croit mourir [5]. La fanfaronnade de Pinglet lâche ; d’emblée, ça rate : pas de rapport sexuel !

Le texte délicieux, amusant, témoigne des contradictions de chacun, des fictions pour légitimer un point de vue, des remarques pour dénoncer la tromperie de l’autre. Ainsi, à Pinglet qui affirme que Marcelle est son épouse, Bastien, le garçon de l’hôtel, rétorque : « Non ! C’est monsieur qui porte les paquets [6] ». Il joue ainsi de l’équivoque grivoise, et pointe que la galanterie dont fait preuve son client, ne se pratique guère au sein d’un couple marié.

Le comique et l’agitation l’emportent à propos de ce qu’il faut cacher et qui ne cesse de se dévoiler, soit la rencontre illicite de Pinglet et de Marcelle. Mais le signifiant phallique, celui de leur incartade, ne cesse de circuler et agite les protagonistes. Il faut alors au couple, Pinglet-Marcelle, inventer toutes sortes d’arguments, peu crédibles, et faire n’importe quoi, pour masquer ce qui ne cesse d’être mis en scène. Par exemple, Pinglet glisse à l’oreille de Marcelle le lieu de leur rendez-vous, sans prendre garde qu’il est entendu par Mathieu, un ami [7]. Ce dernier qui cherche une chambre, se rendra au dit hôtel ! Alors que Marcelle s’ingénie à être discrète, elle est reconnue par Mathieu qui clame son nom, « Madame Paillardin [8] ». Cherchant à se dépêtrer de la présence de ce dernier, elle ira jusqu’à dire que L’Hôtel du Libre-Échange est « un pied-à-terre [9] » ! Ce même Mathieu s’enquiert auprès de Marcelle : « Et notre ami Pinglet, est-ce que vous le voyez souvent ? », Marcelle de riposter : « Oh ! Très peu ! Très peu ! », alors que Pinglet est prêt à entrer dans la chambre [10]. Celui-ci alléguera qu’il passait dans le quartier saluer Madame Paillardin.

Pendant que le couple Pinglet-Marcelle se jette à corps perdu dans les fabulations, sans rien n’en contrôler, et que les autres auxquels il faut camoufler la transgression semblent rester naïfs et surpris devant les fariboles et l’effervescence, le spectateur est le seul à savoir ce qui se passe et à pouvoir anticiper un certain déroulement. Par exemple, alors que Marcelle s’efforce de dissimuler les preuves trahissant la présence de Pinglet, elle tient la jaquette de son séducteur dans son dos face aux spectateurs [11], pour la protéger du regard de Mathieu : le spectateur a devant les yeux « l’objet » preuve du délit. À un autre moment, Pinglet, fier d’avoir effacé vis-à-vis de son épouse tout indice de ses frasques, ne s’aperçoit pas qu’il a la figure salie de suie noire de la cheminée, séquelle de sa présence à L’Hôtel du Libre-Échange [12]. Tel l’enfant qui a saisi que la disparition de l’objet du Fort-Da sera suivie de son retour, le spectateur est capté par l’effet jouissif de la répétition.

Tout au long de la pièce, c’est la duplicité du langage, son équivoque, qui mène la danse. Dans les deux premiers actes, il l’est, pour la plus grande satisfaction du spectateur, aux dépens des protagonistes qui veulent faire semblant de se conformer à la morale ; dans le dernier acte, la manipulation est d’une autre nature. Pinglet, pour masquer ses fredaines, calomnie sciemment sa femme de chambre, Victoria, en jouant sur les noms de famille : il l’accuse d’avoir usurpé le nom de son épouse pour cacher sa présence à L’Hôtel du Libre-Échange et la congédie [13]. Par cette canaillerie, en jouant sur les signifiants, Pinglet reporte sur autrui son infraction à la morale, et se dégage ainsi de tout soupçon.

L’Hôtel du Libre-Échange ne met en scène ni l’amour, ni le désir, mais des embrouilles. « Les corps sont traversés par le langage [14] » ; le langage habite et enfièvre les comparses jusqu’au vaudeville. Dans cette confusion burlesque, les semblants de la morale sont égratignés, mais l’ironie n’a pas suffi à les saper : paradoxalement, les « bonnes mœurs » sont sauves au prix du sacrifice de la bonne.

 


 


[1]L’Hôtel du Libre-Échange de Georges Feydeau et Maurice Desvallières fut créé en 1894 et reçut un grand succès. Du 6 mai au 13 juin 2025, il est joué au Théâtre de l’Odéon dans une mise en scène de Stanislas Nordey.
[2] Feydeau G., L’Hôtel du Libre-Échange, éd. de Jean-Claude Yon, Gallimard, Coll. Folio Théâtre, Paris, 2020.
[3] Ibid., Acte 1, scène 8.
[4] Ibid.
[5] Ibid., Acte 2, scène 6.
[6] Ibid., Acte 2, scène 5.
[7] Ibid., Acte 1, scène 16.
[8] Ibid., Acte 2, scène 8.
[9] Ibid.
[10] Ibid., Acte 2, scène 9.
[11] Ibid., Acte 2, scène 8.
[12] Ibid., Acte 3, scène 2.
[13] Ibid., Acte 3, scène 14.
[14] Bénédicte Jullien, lors de l’échange qui a eu lieu le 1er juin 2025 au théâtre de l’Odéon avec Hélène de la Bouillerie – psychanalystes, membre de l’École de la Cause freudienne –, après la représentation dans le cadre d’une rencontre proposée par L’Envers de Paris entre quatre acteurs : Cyril Bothorel, Raoul Fernandez, Anaïs Muller et Alexandra Blajovici.